Sous le règne de Louis XVI, dans un mémoire adressé à ce
Le Parlement avait préparé lentement, mais aveo un soin minutieux, l'attaque et la destruction méthodique de la Compagnie. L'heure était venue de Texécuter. N'ayaat plus à craindre l'opposition du Conseil, assuré de l'appui de ses principaux ministres * et de la marquise de Pompa dnur, fort de la faiblesse du Roi, il entra en campagne le 17 avril
Un arrêt, daté de ce jour, ordonna aux supérieurs des maisons de Paris de déposer, dans trois jours, au greffe de la Cour, un exemplaire de l'institut, imprimé à Prague en 1757. Voici à quelle occasion. Les Jésuites avaient fait appel des sentences consulaires de Paris et de Marseille, en prétendant que les maisons de l'ordre n'étaient pus responsables des fautes commises par la Mission de la Martinique, que le P. La Valette avait fait le commerce ii Tiïisu
prince, le duc de Choiseul sentit le besoin de se justifier (Tavmr été r instigateur de la perte de la Société, Mais ses actes parlaient plus haut que ses déclarations intéressées et sans preuves. — Aueaii iTistorien honnête et indépendant ne s'est laissé prendre à sa jiiiîUflcation un peu tardive, pas même le protestant Sismondi, d^n^ son Histoire des Français (t. XXIX, p. 233).
1. Le duc de Choiseul et son cousin, de Choiseul Prasl in, furent assurément les deux plus fermes appuis du Parlement dans sa luUe contre les Jésuites : Dans les Mémoires du règne de Louis A'\7, Sovtla vie cite ce jugement du roi sur le duc le Choiseul dans un Mémniri; écrit de sa propre main en 1777 : « Le gouvernement français nviul toujours accord^ une protection particulière à cette célèbre Sociélé (de Jésus), qui élevait la jeunesse dans Tobéissance aux lois, dans la connaissance des arts, des sciences et des belles-lettres. Choiseul seul livre cette Société aux persécutions des parlements, stis ennemis, et la jeunesse aux systèmes de la philosophie ou à riniluence des opinions les plus dangereuses des parlements. » — Un complice deChoiseulet son collègue dans le ministère, dit le P. de Riivifïnan {Clément XII et Clément XIV, t. II, p. 21), le duc de Praslin, \ ii-nl corroborer cettfe attestation de Louis XVI, tout en paraissant la contredire; il déclare que « lui et son cousin Choiseul ont pria une part active el efficace à la destruction des Jésuites en France. »
Le P. Ant. Lavalette à la Martinique. j i
de ses supérieurs, qu'il n'avait pu engager et que de fait il n'avait engagé que la maison de Saint-Pierre, dépendant de sa juridiction. Le Parlement, sous prétexte de vérifier les motifs allégués dans les sentences consulaires, d'examiner particulièrement si le système de non-solidarité reposait sur le régime de la Société et la forme de son administration, demanda conmiunication de Tlnstitut. C'était le but apparent de l'arrêt du 17 avril; le but réel était tout autre. Le Parlement avait résolu de confirmer les décisions des consulats, mais en même temps, pour mettre son impartialité à l'abri, il imagina de faire croire au public qu'il n'avait condamné les Jésuites que preuves en main, après examen le plus réfléchi et le plus consciencieux de leurs constitutions. Cette comédie ne fut connue que plus tard.
Sans défiance et persuadés que l'Institut n'avait rien à redouter de l'examen le plus rigoureux, les Jésuites se laissèrent prendre au piège. L'arrêt leur fut signifié le soir du 17. Le lendemain, de grand matin, par ordre du P. Claude Frey, et sur le conseil, pensa-t-on, de son frère le P. de Neuville, le P. de Montigny se rendit au palais, et, au nom de ses supérieurs, il remit l'exemplaire demandé entre les mains du greffier. Un délai de trois jours avait cependant été donné.
Cette hâte à'obéir aux injonctions du Parlement étonna d'autant plus et les Pères et leurs amis que le Provincial, absent de Paris, s'était annoncé pour ce jour-là ; on n'attendit pas son retour. Tout se fit sans consulter, sans réfléchir K
1. P. Bieganski au général Ricci, 1" juin 1761 : « Accedit illa plane singularis et inopinata procedendi ratio, qua nostri usi sunt et ajubente P. Frey, et ut putatur, exconsilioP. de Neuville, cum institutum societatis, praeproperè et nemine consulte ad judices delatum
Le chancelier était à Versailles. Il n'apprit Tarrêt que lorsqu'il était déjà rendu. Il en informa aussitôt et les confesseurs de la Cour et le Dauphin, et le Dauphin se transporte chez le Roi pour lui rendre compte de ce qui se passait. « Dès le lendemain, le premier président et le procureur {général furent mandés à Versailles. Le Roi leur dit qu'il était fort mécontent du nouvel éclat que venait de faire le Parlement, qu'il ne voulait pas absolument que cette affaire fut suivie, et qu'il allait faire expédier une lettre de cachet pour défendre aux Jésuites d'obtempérer à l'arrêt. Le premier président répondit que les Jésuites s'y étaient déjà conformés et que leur Institut était déposé au greffe. Cette réponse inattendue déconcerta Sa Majesté... Elle en témoigna son étonnement au P. Desmaretz d'un ton qui annonçait sonméconienieïnent. ^empressement des Jésuites^ répondit le confesseur, doit prouver à Votre Majesté jusqu'à quel point ils respectent votre autorité dans les personnes qui en sont dépositaires, — Encore une fois, reprit le Roi, le P. de Montigny s est bien pressé ; il m'a lié les mains ^. »
fuerit, licet trium dierum spatium nobis concessum fuerit, et Ris P. Provincialis altero ab lata sententià die Parisios venturus erat » (Arch. S. J.).
P. de la Croix au même, Paris, 31 avril 1761 : « Ejusmodi est negotium P. Antonii Lavalette, ut illius publica disceptatio me coegerit Parisios, interrupta Provinciœ visitatione, quam celerrime reverti. Eo-adveni die 18* hujusce mensis. Pridie autem habitas fuerat universae Curiœ Parisiensis concessus, ubi decretum fuerat ut ad publicum foreuse tabulariuni deferretur institutum nostrum, Pragse non ita pridem editum... Denunciatum est statim illud decretum superioribus domorum nostrarum parisiensium, atque unum instituti exemplar ad prœdictum forense tabularium delatum est eo ipso die que Parisios adveni. Qua de re nonnuUi e nostris certiores fecere et excellentissimum sedis apostolicae nuntiumet illustrissimum ecclesiae parisiensis praesulem » (Arch. S. J.).
Voir les Précis historiques, 1862, p. 389.