Arch. S. J
3. En 1759 et 1760, les Jésuites furent chassés du Portugal, et ils se dispersèrent de côté et d'autre sans aucune ressource; beaucoup se rendirent en Italie, où le Général, dans l'impuissance de fournir à leur subsistance, fit appel aux supérieurs des provinces de la Compagnie. Les cinq provinciaux de l'assistance de France reçurent alors de sa paternité une lettre touchante, où on lit : « Il s'agit de trouver des ressources {pour ces expulsés) ; mais je n'ignore pas Véiat depénurie dans lequel sont presque toutes les provinces^ les dettes considé-
Une supplique fut adressée au Roi, par laquelle le commissaire demandait Tautorisation d'emprunter l.SOO,000 livres. Le duc de Choiseul répondit à la supplique. 11 savait à quoi s'en tenir sur l'état de pénurie où se trouvaient les maisons de la Société dans le royaume, puisqu'il écrivait, le 22 août 1767, à son ambassadeur à Rome, M. d' Aubeterre : « Les Jésuites depuis longtemps nont eu que du mal en France et n'y en ont point fait, ils n'y sont point à craindre et le seront tous les jours moins ; ils étaient pauvres dans le royaume \ » Cet aveu est précieux de la part d'un ennemi acharné des Jésuites ; il fait bonne justice de ces calomnies, qui s'étalaient sur toutes les feuilles et dans toutes les brochures du temps, et qui ne cessaient de repro- " cher à la Société ses trésors fantastiques, que jamais personne ne vit ni ne toucha.
Le Ministre, qui connaissait la situation difficile des Pères, saisit donc avec joie l'occasion qui lui était offerte, de les aider à se surcharger de dettes ^, « 11 leurpermitau nom du Roi d'emprunter non seulement la somme spécifiée dans leur supplique, mais jusqu'à la concurrence de trois millions, à condition cependant que cet emprunt se fît partout où ils voudraient chez l'étranger, et non dans le royaume ^. »
Cet excès de grâce n'était qu'un piège ; plus d'un Jésuite
râbles dont sont grevés la plupart des collèges, en un mot ce que les malheurs des temps viennent ajouter à la pauvreté générale... Que deviendront nos règles de vie commune, si, parce que nous sommes très pauvres, nous ne pouvons subvenir aux besoins de la vie, tels que nos usages les ont établis parmi nous ?... » Tel était Tétat de l'Ordre en 1760, et en particulier de la France en 1761 et 1762: la pénurie régnait dans presque toutes les résidences et dans les collèges. Beaucoup de collèges étaient grevés de dettes. La France comptait, en 1761, 160 maisons.