CORRESPONDANCE DE BOUHOURS
Si Ton en juge par l'étendue et la qualité de ses relations, Bouhours dut échanger avec des contemporains marquants un assez grand nombre de lettres. De celles qui nous sont parvenues , sa correspondance avec Bussy- Rabutin constitue sans contredit la plus grande part, et la plus intéressante. Cette correspondance va de 1673 à 1693 ; elle comprend,dans Texcellente édition de la Correspondance de Roger de Edbviin^ que nous [devons aux soins de M. Lud. Lalanne, 24 lettres de Bouhours à Bussy (beaucoup d'autres sont perdues), 66 de Bussy à Bouhours, plus une douzaine de lettres ou apostilles de Louise de Rabutin (marquise de Goligny puis comtesse de Dalet) au même. Je renvoie, pour le tout, aux six volumes de M. Lalanne, en faisant observer que ^0 lettres de Bussy lui ont échappé, dont on trouve la mention et ranalyse dans le catalogue des autographes de la collection Parison (1856) (1).
(1) On peut se référer au catalogue pour le détail. Voici du moins la suite chronologique de ces lettres, datées de Chaseu ou de Bussy, et dont la plupart appartiennent aux dernières années de Roger de Rabutin :
[1674], 22 juin. — 1675j 2o mai (avec un billet de Louise de Rabutin).— 1689, 1®" janvier. — 1691, 16 janvier (avec un billet de Louise, devenue comtesse de Dalet). — 1691, 25 juin. — 1692,
Quant au reste de la correspondance du célèbre jésuite, on trouvera ci-après tout ce qu'il a été possible d'en recueillir. Plusieurs de ces menus documents se trouvent répandus en divers volumes anciens ou modornes, mais dont la plupart ne tombent pas tous les jours sous la main; j*ai eu pour d'autres, — comme dit avec quelque fatuité notre petite érudition moderne, — la bonne fortune de rinédit, ou plutôt de rencontrer des collectionneurs obligeants, singulièrement MM. Charavay, qui ont bien voulu me donner part à leurs richesses. Inédites ou non, j*ai pensé que ces lettres pouvant aider en quelque manière à la connaissance de BouhourS; il y avait avantage à les rassembler ici (1).
Mais, après tout, je ne voudrais pas donner dans le travers, particulier à ce temps-ci, de surfaire à outrance le plus mince document et de s'échaufier extraordinairement pour des misères. Si plusieurs des morceaux qui suivent ne sont pas dénués d'agrément littéraire (2), je conviens sans peine que tel autre, hormis les informations qu'il nous donne sur les amitiés ou les fréquentations de Bouhours, n'a rien que d'insignifiant.
25 mai. — 1692, 22 décembre. — 1693, 15 février. — 1693, 3 mars. — ... 3 juin.
La lettre du 25 mai 1692 a été publiée intégralement dans le Bulletin du Bibliophile de 1876, p. 253.
Le catdogue Parison mentionne, en outre, 7 intéressantes lettres inédites de Louise de Rabutin à Bouhours (1675-1692) .
(1) J'omets seulement la prétendue lettre de Bouhours à Patru, laquelle figure dans le Recueil de Richelet, intitulé : les plus belles Lettres des meilleurs Auteurs français, 1680, et n'est autre chose que l'Épître liminaire des Remarques nouvelles sur la Langue française ; et une longue lettre du P. Ferrier, jésuite, à Bouhours (27 février 1663), qui se lit au tome ÏII des Mémoires du P. Rapin, p. 223. Celle-ci ne roule que sur des matières théologiques : on y a fait allusion dans les premières pages de ce livre (Part. I, chap. i, p. 1 8).
(2) Notamment les lettres de Boileau et à Boileau ; les deux lettres de Racine ; quelques billets à M"« de Scudéry et à M""® de Sablé.
Reste à définir son mérite épistolaire. 11 n'est point commun, bien que nous ayons de Bouhours trop peu de choses et de trop courtes en ce genre, pour lui donner place entre nos principaux écrivains épistolaires. Bouhours écrivait par billets plutôt que par lettres. Quelquesuns de ces billets (lisez surtout sa correspondance avec Bussy) sont bien jolis, tout pleins de sel, et d'une langue exquise ; au reste, peu de chaleur, nul abandon, rien de cette verve primesautière qui est le génie même de la lettre, qui fait le charme divin d'une marquise de Sévigné et perce de temps en temps sous le bel esprit plus travaillé de Bussy. Le malheur est que Bouhours, qui savait très bien son métier d'écrire, ignora constamment ce je ne sais quoi d'une plume qui se laisse aller et ne se pique de rien : mais cela ne s'apprend point. Il est auteur en tout ce qu'il écrit, presque jamais homme. S'il eût passé son temps à composer des lettres, peut-être qu'il nous donnerait l'idée d'une manière de Voiture allégé et assoupli, moins phrasier, moins guindé, quelque chose, si Ton veut, dHntermédiaire entre Voiture et Bussy; un grand écrivain épistolaire? non pas, mais un très agréable épistolier.
11 convient d'ajouter un mot sur la méthode que j'ai suivie dans la transcription des lettres suivantes. Toutes les fois que j'ai eu sous les yeux l'autographe ou une copie authentique de l'autographe, je m'y suis conformé strictement pour les particularités orthographiques, sauf en ce qui concerne la ponctuation, l'accentuation, et aussi la confusion, jadis habituelle, entre les u et les v,\es i et les j'y de pousser plus loin le scrupule, c'eût été, il me semble, puérilité pure et vaine fatigue pour le lecteur.
LETTRES ADRESSÉES A BODHOORS (i) .