‹ Le père BouhoursChapitre 36 sur 53 · PIÈCES SATIRIQUES CONTRE BOUHOURS · texte numérisé non relu

PIÈCES SATIRIQUES CONTRE BOUHOURS

ÉPIGRAMMES SUR LES PENSÉES INGÉNIEUSES DES ANCIENS ET DES MODERNES. 1690 (1).

Père Bouhours, dans vos Pensées (2), , La plupart fort embarrassées, A moi vous n'avez point pensé Dans cette liste triomphante De célèbres auteurs que votre livre chante, Je ne vois pas mon nom placé.

Mais aussi dans le même rôle Vous avez oublié Pascal,

(t) Bibl. nat. Mss. Chansonnier Clairambault, t. V, pp. 129, 130; et aussi Chansonnier Maurepas, t. VI, pp. 521-523.

Le titre manuscrit est libellé d'une façon très inexacte: il donne à croire que les épi grammes suivantes ont trait partie aux Pensées ingénieuses, partie à la Manière de bien penser dans les Ouvrages d'esprit. Mais, sans parler de la date de 1690 qui ne convient qu'aux Pensées ingénieuses j le texte même des épigrammes exclut nettement toute allusion à l'autre livre ; notamment la première pièce, où Ton reproche à Bouhours d'avoir « oublié Pascal » dans la « liste triomphante » des auteurs qu'il célèbre : or Pascal, omis effectivement dans les Pensées ingénieuses ^ est cité par trois fois dans la Manière de bien penser ^ et son nom s'y lit en toutes lettres à la table des matières.

(2) Les deux premières pièces, sous une forme un peu abrégée, et intitulées mal à propos : Siir VArt de bien penser, figurent généralement dans les œuvres de M"' des Houlières^ depuis le première édition complète des poésies de cette dame (1747^ Paris,

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Qui pourtant ne pensait pas mal ; Un tel compagnon me console.

L'antipode d'un janséniste (1)^ De divers bons auteurs assez mauvais copiste, Fait voir, par le recueil qu'il vient de mettre au jour, Qu*il lit et prose et vers de folie et d'amour : Cest un plaisir plus doux que de prendre la peine

De débrouiller saint Augustin, Le dur TertuUien et l'obscur Origène, Le bon Père sans doute y perdrait son latin.

11 vaut mieux commenter Ovide et La Fontaine, Et les plus beaux endroits de Bussy-Rabutin,

Bans ce beau recueil de pensées Que votre main a ramassées, Vous en usez modérément.

Vous citez les livres des autres. Sans avoir rien tiré des vôtres :

Que vous montrez de jugement !

David, 2 vol. in-12). — Cette attribution est erronée : M™« des Houlières, très complaisamment citée dans les Pensées ingénieuses, ne pouvait ni railler la frivolité du recueil, ni surtout se plaindre de « n'y pas voir son nom placé. » Quant au véritable auteur des épigrammes, un passage du Menagiana (1729, 1. 1) nous le fait 8afiq[>oser : « M. du Perrier, dit Ménage, est dans une grande oolôrç, de n*ètre pas parmi un si grand nombre d'illustres que le Père a cités. Il s*en est plaint lui-même au P. Bouhours, en le rencontrant dans les rues... Je tâcherai de les raccommoder. » Or» ce du Perrier élait un poète amateur, lié avec M"® des Houlières dont les œuvres contiennent des ballades signées de lui : les ôpigrammes «ur Boukours, en réalité de du Perrier, se seront trouvées dans les papiers de son amie : ce qui explique la méprise de l'éditeur. (1) Voy. la note ci-dessus.

296 liB PÈBB BOUHOUBS.

DIALOGUE ENTRE LE P. BOUHOURS ET UN PRÉTENDU JANSÉNISTE SUR LE PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE. 1690(1).

Tout le commencement de cette longue chanson, faite en triolets, n'est que la paraphrase ironique de la première Lettre publiée par Bouhours sous le tilre : Sentiments des Jésuites touchant le Péché philosophique.

Voici les trois derniers couplets :

Ah I mon bon Père, croyez-moi, Rentrez dans la galanterie :

C'est là votre plus bel emploi, Ah ! mon bon Père, croyez-moi^ Et laissez-là de bonne foi Ce fatras de philosophie.

Aussi bien n'entendez-vous pas Ces subtilités scolastiques. Vous n'en fîtes jamais grand cas.

Aussi bien n'entendez-vous pas.

Vous aimez bien mieux faire amas De ces fleurettes poétiques.

Qu'Arnault lise saint Augustin, Que mille fois il le commente, Il vous faut Bussy-Rabutin.

Qu'Arnault lise saint Augustin; Trouve- t-on dans ce vieux latin Cette politesse charmante?

(0 Inédit. — Chans. Maurepas, t. XXVI, pp. 157-163

AU R. P. BOUHOURS ET AUX JÉSUlfKS SUR LA MORT DE M. ARNAULD [4694] (1).

Incomparable auteur, toi qui dans les ruelles De tes doctes écrits as puisé les modèles, Et de qui les billets, si tendrement écrits, Pont nargue hautement aux plus galans esprits, Enfin Arnaud n'est plus, et ce vieux hérétique (2), Que tu faisais Tobjet de la haine publique, Vient en rendant Tesprit, tout percé de tes traits, Par son heureux trépas de fixer tes souhaits. Et vous, savants auteurs d*un nouvel Evangile, Docteurs accommodants à qui tout est facile, Vous que les coups fourrés que portait ce docteur Ont souvent fait trembler jusques au fond du cœur,

Triomphez I Qu'à présent les nouvelles doctrines Par le trépas d'Arnaud sortent de leurs ruines ! Prêchez-nous désormais tout ce qu'il vous plaira! Arnaud vient de mourir. Un chacun se taira.

(1) Inédit. — Chans. ClairambauU, t. VI, pp. 332, 333. Je transcris en grande partie cette diatribe, pauvrement versifiée, mais où ne manque pas une certaine chaJeur acre. Ne serait-elle pas d'un M. Machuel auteur d'une autre pièce adressée à Boileau et commençant par ce vers :

Oui, ranime, il est temps, ta satirique audace!

Ce Machuel était un cuistre de collège, grand ennemi des jésuites.

(2) Vieux hérétique est l'expression même dont s'était servi) en parlant d*AmauId, l'auteur de rAvei'tissement de la nouvelle édition de la Lettre à un Seiqnçur 4ç ^« Cçur (1690),

2!J8 LE PÊEE BOUHOUBS.

Et toi, docte Bouhours, tu peux en assurance Répandre sur ce mort toute ta médisance ; Tu peux par tes écrits le noircir en tout lieu, En faire Un ennemi de la Grâce et de Dieu.

Déjà nous avons tu dedans plus d'un volume Quel venin sur Arnaud peut répandre ta plume. Attache à tes côtés Daniel et Le Tellier, Et répands à loisir ton fiel sur le papier !

Que l'intérêt du ciel n'arrête point ton zèle ; Qui déplatt à ton corps est pis qu'un infidèle. Mais, pour couvrir Arnaud d'un opprobre éternel, Fais taire le public et son ami Quesnel.

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