SUR LA TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT PAR LE P. BOUHOURS, JÉSUITE
fillHkit de la « Suite des NoëUpour l'Avent de 1696 » [{)
Bouhours, puriste habile.
Vint lui-même au berceau Porter son Evangile D'Un français tout nouveau.
(1) En partie inédit. — Chans. Glairambault, t. VII, pp. 91-139, passim. Le compilateur dit en note : « Sur cet air récha u Été (l'ai r: Les Bourgeois de Chartres et de Montlhdri), on a fait, cette année, divers couplets à la cour et à la ville. » Inutile de faire observer que les couplets sur le N. T. du P. Bouhours sont de toutes mains : ces noôls allaient s'allongeant indéfiniment, au gré de la malignité des courtisans et des basochiens. — Sept seulement de ces couplets furent réunis et imprimés en une petite pièce in-12, aujourd'hui rarissime.
L'ouvrage méritait sous son nom de paraître ; Car sans lui saurait-on, don, don, Que le diable emporta, la, la, Jésus, notre bon maître?
Un pasteur grand et sage
En permit le débit ;
Mais louant peu Touvrage,
Au père il ût dépit.
Pourquoi vient-il donner, de Joseph et Marie^ D'un commerce soupçon, don, don.
Qui jamais n'exista, la, la,
Que dans sa fantaisie ?
Ce fier et sot émule Des traducteurs de Mons (2) • Méritait la férule.
Plutôt que des chansons.
Avant qu'ils eussent eu, dit-il, commerce ensemble^ La mère du poupon, don, don, Enceinte se trouva, la, la,
Messieurs, que vous en semble?
Mons avait osé dire :
Aimsz votre prochain.
Peut-on plus mal traduire Et d'un français moins fin?
(1) M. de Noailles, archevêque de Paris.
(2) Lemattre de Saci et autres MM. de Port-Royal, auteurs de la traducUoQ du Nouveau Testament dite Version de Mons (1667).
300 LE PÂBB BOUHOUBS.
Aimet ceux avee qui, dans la présente vie, Vmuaves liaison ^ don don ; Du délicat, voilà, la, la, En dépit de Tcnvie.
C*est un trait do prudence Du bon père Bouhours, Et dont la conséquence A paru de nos jours.
11 n'a jamais aimé son ennemi Ménage ; N*ayant point liaison, don^ don, Chrétiennement par là, la la^ Il pouvait faire rage.
Avecque TAllemagne
Je n*ai point liaison,
Et j'ai contre TEspagne
Une même raison; Rome, Lyon me sont connus comme Séville; Point de charité donc, don^ don, Avec tous ces gens-là, la, la,
L'excellent Evangile!
Avecque ce faux frère
le ne saurais lier,
C*est un traître, un faussaire,
Un coquin à noyer.
Suis-je obligé d'aimer cet homme abominable ? N*ayant point liaison, don, don.
Rien ne m'y contraindra, la, la,
morale admirable I
ConseiUer aux laïques
Le Nouveau Testament,
C était être hérétiques,
Dénoncés nommément; A présent que Bouhours vient de nous le traduire, Beurrière et marmiton, don, don, Impunément pourra, la, la,
A toute heure le lire.
Qui traduit de la sorte
Et s'érige en auteur,
Que le diable l'emporte.
Je le dis sans aigreur ; Car ce terme n'est plus dans le monde une injure ; Bouhours dit sans façon, don, don. Que le diable emporta, la, la.
L'auteur de la nature.
Hélas I le pauvre père,
Il ne devait jamais
Quitter son caractère.
Après de si beaux faits.
Son talent fut toujours pour la galanterie :
Une traduction, don, don.
De cette force là, la^ la,
Excédait son génie.
;i02 LE PÉUE BOL^HOURB.
CnANSON SUR LE MÊME SUJET. 1697 (i)
On dit que de Bouhours L'Evangile n'a point de cours, Ce n'est qu'une médisance.
On dît que sa Révérence A Tesprit un peu gâté Et devrait garder silence, C'est la pure vérité.
(1) Inédit. — Chans. Clairambault, t. VII, p. 242. Tiré (Vune suite de couplets de même facture.
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EPITAPUE DE BOUUOURS
Cy gît le célèbre Bouhours,
Dont la plume élégante et pure Fit parler le bon sens et la simple nature, Et servit de modèle aux auteurs de nos jours. Il n'eût point dû mourir, si la Parque traîtresse Epargnait la vertu^ Tesprit, la politesse.
Le savoir, la douceur, la sincère amitié ; Mais l'aveugle qu'elle est ravit tout sans pitié. Il faut subir ses lois, quelque chose qu'on fasse ;
Et de cette immortalité
Qu'on nous vante tant au Parnasse
Connaître enfin la vanité.
Bouhours nous laisse des ouvrages,
Dont la lecture a des appas Qui se feront sentir jusques aux derniers âges ;
Mais hélas ! faibles avantages, Vous n'avez pu sauver que son nom du trépas !
(1 ) Les Mémoires de Trévoux, en insérant cette épitaphe à la suite de l'éloge du P. Bouhours, la donnent comme l'œuvre d*un de ses amis a homme d'esprit qui n'avait pas encore fait de vers. » Nous apprenons, par l'article nécrologique des Nouvelles de la République des lettres, que cet ami avait nom Artaud.