CHAPITRE III
Faux témoignages et témoignages sur faits vérifiés faux.
Il y a eu, d'une part, des faux témoig-nag-es, intentionnellement faux, et, d'autre part, des témoignages qui, sans intention coupable, portaient sur des faits qui ont été ensuite reconnus faux.
Voici, pour préciser, quelques exemples :
Devant le conseil de g-uerre, que se passa-t-il ? Le huis clos est prononcé. Henry, qui représente l'état-major — quel représentant! — voit que l'accusation faiblit. Il la faut renforcer. Il s'arrang*e de manière à être rappelé
et, dans une seconde déposition, il dit que, d'une personne au-dessus de tout soupeon, il a appiiscju'd y avait un traître, que ce traître appartenait au deuxième bureau. puis(sanstransition, lamain étendue vers Dreyfus) il ajoute: k ...et le traître, le voilà », faisant croire ainsi, par l'artilice de sa phrase et de son g-este, que la personne au-dessus de tout soupçon, a dénoncé en même temps la trahison et le traître. Mensonge!
Sans aucun doute, nous sommes ici parvenus à un des points culminants de l'Affaire, sur un des sommets d'où il faut se placer pour en voir l'ensemble. Pourquoi, en effet, cet audacieux mensono-e ? Ouel intérêt, dès ce moment, poussait Henry, — débiteur d'Esterhazy ?
|II
Henry, Interpellé sur la question de savoir s'il avait conféré dans son cabinet avec M*' Leblois au sujet de la solution judiciaire à donner à une affaire d'espionnage (atf. Boulot), avait répondu par deux fois : « Je n'ai jamais conféré avec M^ Leblois. » (T. i, p. 227.)
C'était une déclara tion inexacte, ainsi qu'Henry a dû plus tard en faire l'aveu (i).
(1) Confrontation du 8 août 1898.
M. Leblois. — Je tiens à faire remarquer que le colonel Jlenry n'avait attaché aucune importance à la communication du dossier Boulot et qu'il n'a pas pensé qu'elle put être reprochée au colonel Picqaart. Il n'est pas question du fait dans la lettre du 31 mai 189'/...
(rétait une affaire très compliquée pour laquelle le colonel Henry s'était transporté à Nancy ; et, lorsqu'il s'est agi de voir si les conclusions du parquet de Nancy devaient être suivies, le colonel Picquart a voulu que cette affaire fiit traitée avec le colonel Henry, qui la connaissait mieux que lui. C'est ainsi que j'ai été amené à avoir avec lui une longue conférence... Et finalement le colonel Henry s'est trouvé d'accord avec moi.
]M. LE COLONEL Henhv. — .Ic D*ai rien à dire.— Je reconnais que j'étais en bons ternîtes avec ^I« Leblois, mais je me rappf^lle qu'il m'a, évité un jour que je le rencontrai, au mois de juiDj après là lettre que j'avais écrite au colonel Picquart.,-