LETTRE
à M. le Procureur de la République
Monsieur le Procureur de la République,
Je ne connais pas ^^. Emile Zola, h qui je ii"ai jamais parlé, jamais écrit, qui ne m'a jamais écrit, que je n'ai jamais vu.
Si je me suis intéressé d'une façon particulière à la (juestion traullienticité que soulèvent les prétendues lettres « Combe,y )) publiées par M. Judel, c'est de mon propre mouvement et à cause de l'inquiétude où ma mis cette singulière publication.
Si je ne connais pas Emile Zola, non plus que M"""' Zola, je dois déclarer que celle-ci m'a appelé poui' me remercier de mes efforts et de mes recliercbes.
« La désertion officielle de certains amis, la « facile indifférence de certains autres, relèvent (( encore, m"a-l-elle dit, le généreux mérite (( de ceux qui, sans aucunement connaître mon (( mari, lui ont apporté et lui apportent leur pré
H cieiix concours, dans le seul but de faire appa- « raître aux yeux les plus prévenus la vérité, (( toute la vérité.
« Une chose curieuse, a-t-elle ajouté, c'est (jue « le père de mon maria aussi été mêlé en Algérie (( à une g-rosse affaire dinnocents condamnés par « un Conseil ne guerre. Mes souvenirs sont bien « vagues; je me ra])pelle, du moins, très nette- <( ment avoir entendu parler, à plusieurs (' reprises, de cette affaire. Le père de mon mari, « avec plusieurs de ses camarades, avait fait des (( démarches pour une grâce qui fut, d'ailleurs, « refusée : les malheureux furent exécutés. Mais (( les détails sont tout à fait sortis de ma mémoire. (( sinon qu'il v eut un épouvantable massacre. »
Je ne connais pas davantage M.Ernest Judet, que je n'avais jamais vu avant le 14 décembre 1898, à Faudience de la 9' chambre correctionnelle. Si nous sommes profondément et radicalement divisés par les opinions, il est bien certain qu'il n'y a point entre nous d'animosité personnelle.
Si donc je me suis mis spontanément à l'étude , des questions soulevées par la publication des lettres « Combe.9 » ; si, à force de recherches et de démarches, soit à Paris, dans les bibliothèques, soit en Algérie, je suis arrivé à des élémenta 'le démonstration positive, c'est dans le seul intérêt de la vérité.
Le résultat de mes efforts personnels vous • montrera, ce semble, Monsieur le Procureur de la Répnblicpie, à quels résultats arriverait la justice avec ses moyens souverains d'investigation, — à la seule condition qu'elle s'en veuilb' servir.
A la date du 23 décembre, j'ai en riioniieur de vous annoncer la prochaine remise dun travail documenlé, d'une d«'non('iafi()n explirile, accompaiinée des preuves déjà recueillies jus(ju'à ce
Cette lettre était ainsi conçue :
Monsieur le Procureur,
Sans connaître personnellement M. Zola, que je n'ai jamais vu et à l'égard duquel je me trouve dans une indépendance absolue, je me suis intéressé d'une façon très particulière à la question de l'authenticité des documents publiés par M. Judet dans le Petit Journal.
J'ai recueilli, tant dans les bibliothèques de Paris qu'en Algérie, où je me suis rendu moi-même, les indications les plus importantes et les preuves les plus positives.
Après un tel travail, poursuivi avec une absolue sincérité, j'ai pu dire avec certitude que les pièces qu'un « anonyme » avait remises à M. Judet présentaient tous les caractères moraux d'un faux.
Que M. Judet les ait tenues pour bonnes, soit ! Ce n'est pas à lui que je m'attaque. C'est à ses allégations et aux pièces qu'il a produites. La question, d'ailleurs, n'est pas là. Elle est plus haute et plus grave.
11 s'agit de savoir si les pièces publiées par M. Judet sont vraies ou fausses.
Si j'avais été appelé à l'instruction par M. Flory, je lui aurais apporté toutes les pièces et preuves que j'ai réunies.
Je n'ai point été appelé ! . . .
Il n'est pas possible, pourtant, que toutes les pièces que j'ai rassemblées ne soient pas soumises à la justice.
(^omme simple citoyen, sans autre mandat que celui qu'a tout citoyen ilappeler Tattention du procureur delà Républifjue sur un fait grave, un crime, un délit, quel qu'il soit, je considère comme un devoir de conscience de vous dénoncer les faits à ma connaissance. J'ai, d'ailleurs^ un intérêt plus direct k ce que la vérité soit connue, puisque je suis
inoi-mtMiie poursuivi par M. Judei à raison des démons- Irations (pie jai déjà laites.
Mais je nenlends pas me borner à de vagues déclarations, ce qui. en l'état des choses, serait manquer de respect à la justice.
J'ai, en conséquence, l'honneur de vous faire connnilro que, d'ici à quelques jours, je vous remettrai un travail documenté, d'où ressortira à vos yeux, j'en suis sur, la preuve dont je me suis fait une tâche personnelle.
Veuillez, etc.
Signé : Jacques Dhur.
C'est, Monsieur le Procureur, le travail que je vous avais annoncé par cette letti-e que je vous apporte aujourd'hui .