‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 21 sur 65 · VI · texte numérisé non relu

VI

Malgré cet avis de la juridiction supérieure, dont l'au- ;orité eût du inspirer ([uelques salutaires réflexions, la

f rotection a continué à s'étendre sur du Patj de Glai

En ert'et, l'ordonnance de M. Bertulus, en date 28 juillet 1898, portait ceci : -

Déclarons : Que nous sonnnes incompétent poiu* in] truire sur la plainte de M. Georges Picquart, partie civil< contre le lieutenant-colonel Du Paty de Clam en tai qu'AUTEUR UNIQUE clu télégramme, faussement signé Blanchi en date du 10 novembre 1897.

Pour le faux «Blanche », du Paty relevait donc de la juridiction militaire.

Quelles dilig-ences a-t-elle faites contre du Paty de Clam, pour instruire cette affaire et punir le crime de faux commis par cet officier?

Aucune! — que nous sachions.

Le rapport de M. Bard (p. 72) s'exprime ainsi :

« La lumière n'a. pu être faite complètement sur ce point, la justice civile s'étant déclarée incompétente, et la justice militaire n'ayant, que nous sachionSy ouvert aucune instruction. »

Voilà, n'est-il pas vrai"? voilà, de la part de la justice militaire, une abstention singulièrement protectrice.

Si avantag-euse qu'elle soit pour lui, cette protection est, dit-on, fort lourde au protég-é. Il paraît, Monsieur le Procureur, que, devant le conseil d'enquête qui a eu à donner son avis sur Esterhazy, M. du Paty de Clam aurait expliqué comment, sur tel point et sur tel autre, pour ceci et pour cela, Esterhazy et lui avaient marché «par ordre».... en « service commandé». Or, elles auraient déplu en haut lieu, ces explications, à la suite desquelles le conseil d'enquête, qui a dit « oui » sur la troisième question, a répondu « non » sur les deux premières. On lui a fait comprendre que, si la parole est d'arg-ent, le silence est d'or, et que la crainte du conseil de g-uerre devait être pour lui le commencement de la sagesse.

( )serai-je dire ici, Monsieur le Procureur, que la justice

1(3 peut et doit s'inspirer de considérations autres?

lai-je dire qu'elle a une tache à remplir, sans se

(ccuper de ce que fait ou ne fait pas la justice niili-

1 1 re ?

'(> me reporte aux arrêts de la chambre des mises en isation.

l'^n voici le dispositif:

\yi\ qii en l'état de l'information il n'existe pas contre lix des charges suffisantes de culpabilité ;

Dit, en conséquence, qu'il n'y a lieu, quant à présent ^ à uivre contre eux.

Est-ce que la justice civile n'aurait point entendu parer de certaines charcfes nouvelles, dont la révélation eût éterminé depuis longtemps la réouverture de l'instruclon, s'il s'agissait de tout autre que de du Paty de Clam - ce cousin, toujours en liberté, de M. Gavaig-nac?

I VIII

Enfin, — j'ai voulu finir par là les exemples de proction — il y a les conditions dans lesquelles Esterhazy

pu se mouvoir et circuler, sans aucune gène, pendant ue s'instruisait contre lui une affaire de trahison.

Il n'est point arrêté !

Il n'y a pas de perquisition chez lui !

11 fait dans le Jour et dans la Libre Parole des ommunications au public ébahi.

Il se concerte librement avec son avocat ! Pas de secret >our lui !

Il n'est même soumis à aucune surveillance.

Apprend-on qu'il v a, chez une tierce personne (M^nc de Boiilancv), des lettres susceptibles d'éclairer d'une vive lumière la personne morale {\) de incruaé W. Esterhasv?

Il faut acculer le g-énéral de Pellieux (qui n'avait pourtant pas hésité à faire une perquisition chez le colonel Picquart, téiuoin) àl'oljlig-ation de s'en saisir. Et on sait comment fut traitée M"'e de Boulancj qui, pour ne pas laisser subsister des suspicions feintes et de commande, dut saisir la justice.

Entend-on un témoin dont la déposition détonne dans l'ensemble arrantjé?

On ne tarde pas à faire savoir à ce g-êneur qu'il n'est qu'un... g-éneur. Tel fut, notamment, le cas de M. Weil. Tel fut encore le cas de M. Autant, à propos du probant incident de résiliation de bail, au moment où W. Esterhazy song-ea à se suicider.

M. LE Président (à M. Autant père). — Vous avez entendu la déposition de M™e }>ays qui conteste la vôtre de la façon la plus forinclle. Maintenez-vous la vôtre.

M. Autant PÈRE. — Je la maintiens absolument. Miii"^ Pays m'a parlé de son mo])ilier qu'elle avait peur de perdre: elle m'a dit: Si le commnndant se suicide, comme le local est au nom du commandant, ia famille prendra le mobilier et je le perdrai.

M™e Pays. — Mais je ne connaissais rien de cette histoire que j'ai apprise par les journaux.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Est-CC qUC M. Es-

terhazy payait régulièrement ses termes?

M. Autant. — Régulièrement.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — VoUS n'dviez paS

d'animosité contre lui?

M. Autant. — Je ne l'ai vu que deux fois pour le bail et pour la résiliation. Je n'ai eu aucun rapport avec lui.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — VoUS NE MH PARAISSEZ PAS TRÈS BIENVEILLANT. ( HumeUrS . )

M. Autant. — Est-ce n'être pas bienveillant que de dire Id vérité?...

M. LE coM.MissAiRE DU GOUVERNEMENT. — ... Je île Comprends pas pour(/uoi vous déposez ainsi. (!!)

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