IX
Si t^TOs que soit tout cela, tout cela — (ju'on savait jpuis longtemps — n'est rien ou presque rien, eu véiilr,
comparaison de ce qu'on a su plus tard.
V^us avez vu, Monsieur le Procureur, et vous avez sûrement partagé la commune émotion, l'universelle stupéfaction quand on a fini par savoir [ei on ne connaît pas tout) comment, sur le fond même des choses, on avait procédé, comment, l'accusé était de compte à demi avec ceux-là mêmes qui avaient à remplir, à raison de leurs liantes fonctions dans l'Etat, un devoir de justice, et, vis-à-vis de la Patrie, un devoir de sincérité.
Voyez, en effet, quelles correspondances Esterhazy entretenait.
Voici une de ses lettres :
Que dois-je faire tout a l'hrure. puisiiiie les experts
SE REFIRENT A CONCLURE COMME VOUS L ESPÉRIEZ ? Dois-je
demander, comme Tézenas le voulait, comme c'est mon droit, une expertise avec l'écriture Dreyfus et reparler du décalque ? Belliomme est un idiot : il n'y a qu'à le regarder. Dois-je exifjcer la coiilre-exijcrtise Bertillon 1 Tous ces genslà vont m'assassiner. Ne peiil-on. ce|>endant. démontrer à- Ravarv et aux experts «pie je n'ai pu écrire les termes de la grande lettre Boulancv? SI LES EXPERTS CONCLUENT UUE LE BOUDEKALI EST DE MOI, il m'est inqjossible pour ma défense de ne pas m'eft'orcer de démontrer que c'est Dreyfus ({iii est l'auteur du bordereau. (Comprenez donc bien que « si vous êtes véritablement les maîtres de l'instruction et (les experts, je ne puis que m'en rapporter absolument à vous, mais que, si cela vous échappe, comme je le crains, je suis dans VobVujation absolue de démontrer que le bordereau, est cal<iué par Drei/fus avec mon écriture " (1).
(1) Le passage mis ici ontro gaillemcts est pareillement guillemeté dans la pièce même.
Autre lettre d'Esterhazy à un autre correspondanj
Que dois-je faire" demaix. puisque les experts ne veulei PAS coxcLURE COMME VOLS LE PENSIEZ ? Dois-je demande comme Tézenas le voulait tout d'abord, l'expertise av( l'écriture Dreyfus et reparler du décalque? Comment Chararay, ni Varinaj^d n'ont-ils 2)as conclu poin^ mi dans la lettre H...? Ce Belhomme est complètemen gâteux, c'est visible (1). — Dois-je exiger la contre-expertis liertillon? Que faire? Tous ces gens m'assassinent. VEUT-ON (1) pas démontrer à Ravary et aux experts que j] n'ai pas pu écrire les termes de la grande lettre à Boulancj]
Quand vous avez lu ces lettres, Monsieur le Procureui quand je les ai lues, vous, moi, tous, nous nous somme demandé si nous n'étions pas le jouet de nos sens !
Etait-ce possible ?
Mais comment expliquer de telles choses?
Tout finit par se savoir....
Et il me faut ici vous rappeler le télégramme W. Esterhazj à INI^ Tézenas, ce télégramme dont 1( révélations accusatrices nous ont dénoncé la partie lii avec de hauts personnages !!
Paris, 21 août, 5 h. 45 du soir.
Tézenas, La Tliierraze-La Bazoche-Gonnet (Eure et L\
Votre abandon me perd, votre présence est le salu\ Conseil a sursis à demain :
(1) Les experts concluaient que le bordereau était d'Esterhazyainsi que les lettres à M"'= de Boulancy. Pourquoi, dans ces (leux lettres, Esterliazy s'en prend-il particulièrement à ]M Belhomme? Je puis ici fournir des renseignements très sûr>. En fait, ce fut M. Belhomme qui eut le principal rôle dans ces expertises. Il défendait avec énergie ses conclusions. Esterhazy menaçait de faire un scandale et de se suicider. Il y eut alors diverses conférences entre M. Belhomme et M. de Pellieux. Or, on sait avec quel élan celui-ci défend ses idées. Il a lini par faire prévaloir l'hypothèse du décalque pour Ir bordereau. Cette intervention, qui n'avait rien de correct, n'étai( pas faite pour assurer la nécessaire indépendance des experts. C'est ainsi que, ayant d'abord conclu que le bordereau était d'Esterhazy (c'est lui-même qui le déclare), ils furent amenés à défendre la solution d'un décalque.
— POIR VOUS INTEXDRE CONFiaMER ^rES AFFIRMATIONS SUR RAPPORTS QUE VOUS SAVEZ.
— Kt vous entendre confirmer DKriLARATIONS A VOUS FAITKSSUR PARTI !■: U .K KT DKVANÏ ËTUK GAGN .E OU PERDUK KNSRMHLE
Importance aipUdle. Mon saliif est dans vos mains. On (lit que vous me lâchez.
J'ai également promis production PIECE confiée a Boi-
SANDRÉ ET A MeNARD, OU ATTESTATION FORMELLE SON EXISTENCE
ET SON CONTENU SUR LES HAUTS PERSONNAGES ayant
CONNAISSANCE RELATIONS QU'eLLE CERTIFIE.
Venez à tout prir. Si refusez renir, envoyez par votre cousin ou féléffraphiquement DÉPOSITION ATTESTANT FoliMELLEMENT PROPOS A VOUS TENUS SUR PARTIE LIEE ET ATTESTATION FORMELLE PIi.GE ATT INSTANT RELA- TIONS ET QU'AGISSAIS SUR INDICATIONS PRECISES.
Me perdrez par rotre absence que personne comprendra. OU EST LA PIlCE? Donnez indications. Allez être cause de ma perte. Si venez, triompherai. Aurions gagné si étiez là. Venez n'importe comment.
Signé : Esterhazy.
OuoI coup de lumiôro sur le passé !
On comprend que, après son acquittement, Esterhazj ait été porté en triomphe (ii janvier 1897).
On comprend aussi cette lettre qu'il écrivait le lendemain :
Paris, le 12 Janvier 1898,
Mon général (??),
Je venais de vous écrire pour vous exprimer bien mal — car je ne trouve pas de mots pour dire ce que j'éprouve — toute la profonde gratitude, toute l'inQnie reconnaissance que j'ai au cœur pour vous ; si je n'ai pas succombé dans cette monstrueuse campaii^ne, c'est à vous et à vous seul que je le dois, lorsque je trouve votre lettre
Quel était ce g*énéral à qui Esterhazy devait tant de reconnaissance? Ou'a-t-il fait? Ce mystère sera sans doute éclairci un jour.
Toujours est-ii que, bientôt après, le g-énéral de Pellieux, dans une lettre rendue publique, donnait des
conseils à Esterhazy, en l'appelant « mon cher coi
MANDANT )) ! (l)
Voilà, je crois, des exemples de protection décidée,
(1; Il ne faut pas oublier que, non content d'avoir fait ui instruction qui eût satisfait les plus passionnés amateurs d singulier et du bizarre, M. de Pellieux eut encore cette idt bizarre et sincrulière. pendant le conseil de guerre, de se subst tuer au général de Luxer, président, sous prétexte qu'il y repri sentait le gouverneur.
Comme on peut le voir dans le compte rendu du procès Zolî la cinquième audience (du 11 février 1898) a fourni de piquant détails sur le rôle de M. de Pellieux et sa manière de coir prendre l'indépendance d'un tribunal. . . quand le huis clos es prononcé .
« M« Labori. — M. le général de Pellieux n'a-t-il pas assist à la seconde séance du conseil de guerre, tenue le mardi 11 jai vierl898?
« M. LE GÉNÉRAL DE Pellieux. — J'ai assisté à toutes \e\ séances du conseil de guerre, comme délégué du gouverneur.
« M« Labori. — Le générai n'était-il pas en civil ?
« M. LE général de Pellieux, — Parfaitement.
« M" Labori. — N'était-il pas assis derrière M. le généraL Luxer, président ?
« M. le GÉNÉRAL DE Pellieux. — Parfaitement.
« M« Labori. — N'est-il pas intervenu à diverses reprises cours de la déposition de M. Leblois?
« M. LE GÉNÉRAL DE Pellielx. — J'ai demandé au présideii| au ministère public et à la défense, Tautorisation de poser de questions à M. Leblois. Cette autorisation m'a été accordée. J
CHOIS QUE j'en AVAIS LE DROIT COMME MAGISTRAT (!!!).»
Voit-on bien ce spectacle d'un commissaire de police, officie de police judiciaire, intervenant aux assises dans les débai d'une affaire et posant des questions, sous prétexte qu'il a fai une instruction préliminaire ?
Il n'eût été, semhle-t-iL que de stricte convenance que, pour représenter le gouverneur de la place de Paris, M. de Pellieux passât la main à un autre, après l'instruction qu'il avait faite, oîi il avait assez manifesté ses opinions personnelles. Mais il était de toute invraisemblance que, après cela, s'il tenait à étn présent aux séances du conseil de guerre, il se permît d'y jouer un rôle actif.
« M« Labori. — M. Leblois n'availil pas posé une question qui était de nature à nécessiter un supplément d'information!
« M. LE GÉNÉRAL DE Pellieux. — Je nc répondrai pas, il y avait huis clos. {Bruit.)
« M« Clemenceau. — J'ai dit et je maintiens que le