‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 28 sur 65 · XII. — Au conseil de g-uerre (10 janvier 1898), TaU · texte numérisé non relu

XII. — Au conseil de g-uerre (10 janvier 1898), TaU

iencc est publi(|iie, tant ({uc l^icquart est altacjué, afin ue tout le monde puisse connaître les attaijues dont il U l'objet, mais le huis clos est prononcé (ii janvier 8()8) pour les témoignages de M^ Leblois et du coloel Pic([uart, atin (jue nul ne puisse savoir ce qu'ils nt répondu. C'était prévu, cela! Sans se tarG;-uer d'une prescience inouïe », M. P. de Cassajni'nac avait écrit dans Autorité, a Le conseil de guerre, oig^anisée ainsi, n(; 'rait donc (\\iun siin/ifficrc. Pour peu ([u'on complète " si nu/ /acre en y ajoutant le huis clos, ce sera vrailent complet. »

XIII. — Le retentissant ./'accMse (i 3 janvier 1898) a endu nécessaire une poursuite, qu'on a réduite autant ue possible pour réduire au minimum la faculté de la reuve (18 janvier 1898). Picquart sera, de nécessite, Qtendu comme témoin. Il faut, contre lui, impresonner défavorablement le jurv. Le même jour, i3 mvier, on l'enferme au Mont-Valérien. 11 passe evant un conseil d'enquête (l'^i" février 1898). Le minise (M. Billot) dillere sa décision. Peut-être Picquart omprendra-t-il qu'il doit être discret. S'il le comprend, n lui en tiendra compte

En attendant, il faut l'amoindrir et le déprécier pour éprécier et amoindrir l'autorité de ses déclarations. C'est

rôle réservé à M. Gribelin, qui doit seconder Henry au [ijet de prétendues communications de pièces secrètes, et u commandant Lauth, qui doit préparer le g-rand assaut u même Henry, en racontant une histoire (qu'il plaçait 1 mal 189C)) au sujet du collag'e des morceaux qui constuaient le « petit bleu», et de la photographie du a petit eu », et du timbre de la poste ; — histoire dont Me Clelenceau a si finement démontré la matérielh^ impossil)ité par ses questions pressanteset décisives (T. I, p. 353.) — n ne saurait, non plus, avoir oul)llé ce dialog-ue entre ". Lauth et IM« Labori :

M« Labohi. — ]]sl-f'e que M. le commandant L;iuth n'est as resté a ci-: m<>mf..\t-la dans les ternies les [)liis amicaux vcc M. le colonel Pi('(jiiiirl ?

M. Lauth cherche à éviter une réponse directe :

M. Lauth. — J'étais dans les bureaux sous ses ordres, i j'y suis resté.

Me Labori n'est pas homme à se contenter de cette r( ponse. Il renouvelle sa question sous une autre forme :

Me Labori. — Est-ce que M. le commandant Lauth n'a p dîné chez M. le colonel Picquart en octobre 1896 ?

Cette fois, il faut répondre. La réponse fut épique :

M. Lauth. — Oui, je l'ai même invité. Je n'avais pas

LUI TOURNER LE DOS POLTl UN SIMPLE FAIT COMME CELUI-LA.

Mais, comme MM. Gribelin et Lauth ne sont que d auxiliaires et des comparses, comme la vraie lutte centre le colonel Picquart et Henry, — ainsi que l'a reconnu le g-énéral Zurlinden, — comme Tétat-major ven' la défaite du premier et le triomphe du second, avec qi il s'est compromis, on ne cesse d'encenser ce dernier, < t de vanter sa parole impeccable :

Je connais le colonel Henry, disait M. Gonse, j'enrépom COMME DE moi-même. (T. 1, p. 487.)

De même, M. de Pellieux, qui est allé jusqu'à faire cl'la parole d'Henry le critérium de la vérité : « Son honorabilité rend son téinoicfnage inattaquable », disaiiil. On ne pouvait être en contradiction avec Henry san^ mentir. Or, ajoute-t-il :

Picquart s'est souvent trouvé en contradiction avec des témoins dont on ne peut douter. A l'audience du conseil de guerre, il s'est trouvé en contradiction absolue AVEC LE COLONEL HENKY î...

Le colonel Picquart avait bien vu le marché qu'on lui offrait. Et il le dit, avec cette mesure qui est la caractéristique de son lang-aGi^e. C'était dans la sixième audience (i2 février 1898).

Pendant des mois, dit-il. je suis resté dans la situation la plus horrible pour un oMcier ; car je me trouvais attaqué

ins mon honneur, sans pouvoir me défendre ! Demain eut-rtre je serai chassé de cette armée que j'aime et à iqiielle J'ai donné vingt-cinq ans de ma rie. Cela ne l'a pas arrêté lorsque j'ai pensé que je devais recherher la vérité et la justice. Je l'ai fait et j'ai ern rendre en ;la un pins grand service à mon pays et à rarmée ! C'est insi que j'ai crii qu'il fallait faire mon devoir «riionnèlc omnie ! (T. 1. p. li(53.)

Au moment où il parle ainsi, le g-énéral Gonse esta ses otés, défendant Henry, et, avec Henry, lui-même et

I état-major. Tout n'est pas encore perdu. INIais tout épend du colonel Picquart. Il faut l'amadouer et lui

îalrc sa part dans un g*énéral « sauve-qui-peut ».

C'est un officier qui avait très bien fait son service jusquo- 1 el qui est susceptible de le très bien faire dans l'avenir, .IL LE VEUT. (T. 1. p. 307 el liGS.)

(( SJl le veut » ! — C'est l'invite, l'invite très claire à 'officier dont la carrière est menacée, condamnée déjà, et [ui peut, s'il le veuf., la sauver encore en sauvant l'honleur de ceux que ses révélations peuvent définitivement Derdre.

Paul-Louis Courrier a écrit : « Laissez dire, laissez- )Ous blâmer y condamner, emprisonner, laissez-vous oendrc, niais publiez votre pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir, obliffation étroite de quiconc/ue 2 une pensée, de la produire et mettre au Jour...

C'est beau, cela, très beau ! Mais tout le monde n'est Ipas de taille à suivre de si fermes conseils. — Que va faire le colonel Picquart?

Sans irritation, avec un calme superbe, qu'il g'ardera même sous l'outrag-e du faussaire Henry (12 février 1898), comme il le conservera plus tard lors de l'ag-ression du traître Esterhazy, il ne dévie pas d'une semelle du chemin qu'il s'est tracé.

Quand je vois clairement le chemin du devoir,

J'y marche, et par delà je ne veux plus rien voir.

Et quand (onzième audience) arrive le moment où. pour l'état-major compromis et perdu, le g-énéral de Pel lieux va, au moyen des faux Henrv, jouer la dernièri carte et accomplir un suprême effort, î'état-major rencontre encore devant lui le colonel Picquart :

Cette pif'ce. dit-il, il y a lieu de la considérer comme un {aur. (T. 2., p. 141 .)

(Quelle pièce ? Il ne faut pas qu'il }' ait d'incertitude.

M° Lâbori. — Kst-ce que la pièce dont parle M. le coloneq Picquart est celle dont on a parlé hier ?

M. LE COLONEL PicQUART, — G'cst cellc dont a parlé M. \v général de Pellieux ; s'il n'en avait pas parlé hier, je n'en aurais pas parlé aujourd'hui. C'est un faux !

Alors revient le général de Pellieux qui, à ce momentlà, dans l'universel désarroi, a oublié le respect qu'il s( devait à lui-môme en insultant un inférieur qui ne pouvait lui répondre.

J'ai un mot à ajouter en présence du colonel Picquart. J'ai dit à une audience précédente que tout était étrange dans cette affaire : mais ce que je trouve encore plus étrange, et je le lui dis en face, c'est l'attitude d'un MONSIKL'H gn

PORTE EXCORE l'uNU'ORME DE l'aRMÉE FRANÇAISE, et qUl CSl

venu ici à la barre accuser trois officiers généraux d'avoir

fait un faux ou de s'en être servi.

On sait maintenant à ([uoi s'en tenir !

Mais il est une chose qui ne sera jamais pardonnée à M. de Pellieux, trompé lui-même, une chose qu'il ne se pardonnera jamais, c'est d'avoir cru qu'il pouvait y avoii quelque mérite à outrager, en face, un homme que son grade inférieur réduisait au silence.

A partir de ce moment, le soi*t du colonel Picquail était d'ailleurs réglé.

Et le ministre, qui n'avait plus rien à attendre de ce soldat opiniâtre et résolu, chassa de l'armée son plus jeune colonel (28 février 1898).

XIV. — Mais, s'il est chassé de Tarmée, le colonel Pu-quart n'en est (lésunnais ([lie plus lihre, et on redoute il'aulant plus riiulé[)(Mi(lanc(' de sa parole.

Ouclie chance, si un licureux coup d'épée pouvait lui Icrnicr à jamais la houche! (]'est alors que, du G mars au lii avril, les journaux sont remplis des provocations de \V. Esterhazy et des incidents relatifs à ces provocations.

Et que nous dit ce même Esterhazy, à la page 02 des /)<'ss<)iis (le IWffriire Dreyfus'}

11 parle des ordres que lui donnaient les chefs.

Et il ajoute :

J'étais leur homme à ce point que, je l'affirme ici et suis prêt à le prouver, quand j'ai provoqué Picquart de préférence à tel ou tel autre de mes insulteurs, c'est parce qu'ox me lavait désigné, de même que Ton s'était préoccupé de me trouver des témoins qui devaient lui porter mon cartel.

Et il ajoute encore cette phrase mystérieuse r Je ne veux pas en dire davantage sur ce sujet (??)

XV. — Du moins Picquart est libre. Si on l'enfermait?... Alors circule à petit bruit et finalement éclate

' cette nouvelle infamie : Picquart, dit-on, est un traître, car 11 profite de sa liberté pour se livrer à des conciliabules avec M. de Schwartzkoppen.

Qui dit cela ?

Le Jom\ dans son numéro du ?>5 avril 1898.

Le Gaulois^ dans son numéro du .So avril.

Le Jour encore, dans son numéro du 2 mai.

On a la preuve. Quelle preuve? Une photographie où on les voit ensemble ! La photographie ne ment pas, comme on sait. — Dès lors, quel crédit faire à la parole de cet officier?

Lisez, Monsieur le Procureur, relisez, je vous en prie, cette effroyable invention :

En ce qui concerne le principal témoin de la famille Dreyfus, rex-Heutenant-colonel lMc([uart, l'état-major aura d'autant moins de peine à établir le triste rôle joué par cet

sindividii, qu'on pouvait le voir encore la semaine dernière le promenant bras dessus bras dessous à Carlsruhe avec M. de Schwartzkoppen. lancien attaché militaire allemand à Paris.

Le 5 avril. M. Picquart quittait Paris et était le lendemain en grande conférence à Carlsruhe avec un mandataire de la banque Schreider; il voyait M. de Schwartzkoppen deux jours après, et ces messieurs ne se quittaient que vers le 20 ou le 21 .

Pourquoi toutes ces entrevues et dans quel but ?

La question est évidemment naïve, et nous savons ce qu'il faut en penser. Nous avons là une photographie à l'appui, démonstration évidente de l'entente qui règne entre la famille Dreyfus, M. Zola et les ennemis de la France, preuve manifeste du rôle odieux joué par M. Georges Picquart.

Le colonel Picquart déposa une plainte dont leParquci ne parut pas s'émouvoir, car on ne fit rien pour saisir cette photographie. Si cette calomnie monstrueuse tomba à son tour, elle avait montré, du moins, comment on' voulait, par tous les moyens, fermer la bouche de ce témoin reclouté.

XVL — Voici maintenant (7 juillet 1898) le fameux discours de Cavaignac, dont tout l'édifice repose sur deux pièces datées de 1894 (V. p. 26) et les lettres de MM. de Schwartzkoppen et Panizzardi. Picquart, qui sait Terreur du ministre, écrit (9 juillet 1898) au président du conseil la lettre la plus modérée, la plus correcte, et sr met à sa disposition pour lui montrer que ces lettres ne peuvent être que des faux !

« ... Je considère comme un devoir de vous faire coîi- « naître que je suis en état d'établir, devant toute juridi( - « tion compétente, que les deux pièces qui portent la date (( de 489i ne sauraient s'ajjplitpier à Dreyfus et que celle « qui porte la date de 489G a tous les caractères d'un « faux... »

Mais, si ce sont des faux, et si Picquart en fait la preuve, que devient le prestig"e de M. Cavaig-nac ? Il va être écrasé sous le ridicule. « C'est la chute, le discrédit

invinédiable là où il avait entrevu les g-lorieux triomphes d'ambition ». M. Cavaig-nac reg-imbe donc, a Comment, dit-il, un monsieur qui n'a pas vu les orig-inaux de ces lettres peut-il les déclarer fausses? »

Mais cette fière objection lui vaut, de M. Anatole France, une leçon de critique historique, chef-d'œuvre de verve railleuse et d'ironie méprisante. Il faut donc trouver autre chose. De là, la plainte contre Picquart et Leblois (12 juillet 1898), et, sur cette plainte, l'instruction de M. Fabre. Picquart est arrêté préventivement (i 3 juillet 1898).

C'est au cours de cette instruction qu'on fit venir Savig'naud, l'ancien ordonnance à Sousse du colonel Picquart. Le malheureux, circonvenu par deux personnes, dont il eût été facile de retrouver les noms, avait déclaré que, étant à Sousse, le colonel correspondait avec M. Scheurer-Kestner (i). Témoig'nag^e obtenu dans des conditions qui ne seront jamais éclaircies... naturellement. Toujours est-il que Savignaud s'est aperçu bientôt du péril. Et il a désavoué ce qu'on lui avait fait dire (2).

Par contre, certains témoins, dont le colonel Picquart avait demandé l'audition^ ne furent pas entendus (3).

(1) Confrontation du 20 juillet 1898 :

Picquart. — Est-ce que le témoin n'aurait pas fait des déclarations devant des officiers et à quelle époque ?

.S.V.VIGNA.UD. — J'ai fait, eu effet, la di''claration à deux officiers qui me l'ont demandée, et à qui je n'ai pas cru devoir la refuser, au commencement do ce mois, chez moi, à Mirebeau (Vienne). Je ne connaissais pas ces ofticiers, qui devaient appartenir à la garnison de Paris. Ces ofiiciers étaient en civil et ils m'ont simplement demandé ce que je savais dans l'affaire.

(2) o août 1838. — « Il m'est possible de craindre, at-il dit, t qu'il y ait un peu d'exagération dans mes renseignements. »

(3) Devant le général de Pellieux, Picquart n'avait pas été plus heureux. — « Dans Tenquète du grurral de Pellieux, j'ai été pris à partie sur divers points... J'avais demandé qu'on me confrontAt avec certains témoins, j'avais demandé qu'on citât certaines personnes, qui pouvaient donner du poids à mes expbcations, cela n'a pas été fait, y) (T. I., p. 295.)

Arrive enfin le jour de l'audience (21 septembre i8g^ On redoute un acquittement ! Mais on apprend que tribunal est décidé à surseoir jusqu'à la nn de la pi cédure de revision, et que, en attendant, Picquart être mis en li])erté.

XVII. — Le colonel Picquart en liberté ! Mais aloi Picquart pourrait se présenter et témoig-ner devant Cour de cassation ! C'est impossible, cela. 11 faut l'enfei mer ! Mieux : il faut que, le jour où l'appellera la Cour cassation, il soit condamné et flétri. Après cela, que vaudi son témoig-nage ? Le ministre Zurlinden décide donc de poursuivre devant la juridiction militaire. Le conseil de ministres proteste, comme il avait déjà protesté contre funambulesque idée de M. Cavaignac de saisir la Haut^ Cour. Mais survient la démission du g-énéral Zurlinden] qui redevient g^ouverneur de Paris, avec fonction de prc cureur général. Le premier acte de son successeur ministère de la g-uerre, c'est de sig-ner — les yeux fermés dit-on — l'ordre contre Picquart des poursuites tant voul lues, poursuites que le conseil des ministres apprend pal les journaux. En conséquence de quoi, le g-énéral Cnaî noine envoie une lettre de réprimande — non publiée au général Zurlinden qui s'en moque.. . On arrive temps ! Et au moment même où la justice civile veutrenj dre Picquart à la liberté, la justice militaire s'empai de lui (22 septembre 1898).

Le voilà donc au Cherche-Midi, et voilà que commence cette instruction mystérieuse pendant laquelle Pi( quart, à la différence des pires malfaiteurs (justice civile), à la différence de Walsin Esterhazy (justice militaire), m peut même entrevoir son avocat !!! (i)

(1) Il n'est pas possible de montrer le m'-ant de l'accusatioL mif'iix que ne Ta fait 'Si . (Uemcnccau. dans un article du 27 novembre 1898.

c L'accusation repose sur ce fait que l'adresse du « petit bleu » est f^rattée et c[ue le nom du destinataire a été effacé poui y inscrire celui d'Esterhazy. Le colonel Picquart est. accusé d'avoir fait ce faux pour détourner sur Esterliazy des soup^

XVIII. — Enfin arrive l'iieure j)()iii Picquail d'ctre eniciulii par la Cour de cassation. C'est l'hourc, par suite, (le j)asser en conseil de g-iierr(\ Et, maljw-ré les protestalions de Topinion piil)li((ue indii^née, le conseil allait statuer sur son sort quand la cour suprême, saisie d'une l'-quète au règ"lenienl de ju^es, rendit son arrêt de fioit fitnniiuniqué, et ordonna de surseoir...

N'oilà comment on a traité Picquart pour l'empêcher .le parler et de faire son devoir.

çons qui se sont troucés vrais. On sait déjà que la pliotoifrapliie du petit bleu, au moment de la réception, démontre qu'alors il n'y avait pas de grattage. On sait aussi que les experts di''clarent que l'écriture n'est pas do Picquart, et que le nom d'Esterhazy a été écrit sur un grattage sous lequel reparaît le nom d'Esterhazy.

« Picquart n'a eu connaissance du petit bleu qu'après la reconstitution faite par L^utii, et, comme on ne pouvait pas faire le grattage avant la reconstitution d'une pièce en soixante fragments, il faut bien que le grattage soit postérieur. Or,

Îuel nom a vu sur l'adresse, avant le grattage, le commandant ^autli, qui. le premi(^r, a réuni les morceaux du petit bleu ? Le nom d'Esterhazy lui-même, tel que les experts le retrouvent sous le grattage. Et d'ailleurs, s'il y avait un grattage, comment ne l'aurait-il pas va? Et comm^ent aurait-il pu dire au procès Zola qu'il n'avait pas de preuves"? Il est bien forcé d'en convenir.

« Alors, que veut-on ? Picquart n'a pas pu gratter le petit bleu avant la reconstitution, puisque, s'il avait fabriqué celte j)ièce. il n'aurait pas eu besoin de la gratter du tout, et que, d'ailleurs, le commandant Lauth aurait, en rapprocliant attentivement les soixante petits morceaux, facilement reconnu l'opération pratiquée. Picquart n'a pas pu le faire après, parce qu'il ne pouvait avoir aucune raison convenable de gratter le nom d'Esterhazy pour écrire le nom d'Esterhazy sur le grattage.

« Mais, s'il n'avait aucune raison de faire cela, certains personnages avaient un motif évident de fabriifuer ce i-.vrx, c'est ceux qui disaient : « Nous le croyons l'auteur du petit bleu, mais nous n'avons pas les preuves ». Quand il n'y avait pas de preuves. Henry en faisait. Du Paty de Clam se faisait fabricateur de faux avec Esterhazy contre Picquart, pour sauver le Uhlan. Y aurait-il un troisième faussaire i

« En tout cas, de l'aveu de tout le monde, il v a eu u\ nouveau FAi;x. Et comme il ne s'est pas fait tout seul, et que non seulement Picquart na pas pu le faire, mais qu'il a été mani-

Mais, avant que la justice militaire (?) ne mît la maii sur lui, il avait jeté ces paroles cjui ont provoqué une ém( tion retentissante : « Je coucherai ce soir au Gheji cite-Midi. C'est la dernière fois sans doute que je pui parler en purlic avant une instruction qu'on va faii

A HUIS CLOS. Eh bien ! JE TIENS A LE DIRE : SI JE TROUl DANS MA CELLULE LE LACET DE LeMERCIER-PiCARD OU

RASOIR DE Henry, je ne m'en servirai pas. Je n'ai pas

l'intention de me SUICIDER. Ge SERA UN ASSASSINAT. Jj

festement fait contre Picquart. il faut qu'il ait été fait par| Henry, par du Paty de Clam ou par Lauth, qui avaient la disposition du dossier, et ne se gênaient pas pour le mettre à k disposition d'Esterhazy, comme le prouve l'histoire delà dara( voilée avec son document libérateur.

« Ainsi, la scène change, et d'accusé Picquart devient accu-l sateur. Un faux a été fait contre Picquart. Par qui ? Oii est loi faussaire. On cherchera, on trouvera. Qui sait si déjà l'on n'j pas trouvé ? Pour perdre son ennemi, le faussaire s'est dénonce lui-même. »

Depuis la date de ce lumineux article, d'autres faits se sont produits, spécialement l'aveu par Esterhazy de ses rapports avec] M. de Schwartzkoppen, et de noml)reux documents ont été réunis. Esterhazy ajoute, il est vrai, qu'il agissait sur l'ordre de M. Sand^ herr et pour amorcer l'attaché militaire allemand. Mais cette explication a été aussitôt contredite par MM. Mercier, de Bois-' detrre et par Vlntratisigeant lui-même. Qu'il crie à la perfidie de ses anciens amis, c'est son affaire. Leur d(''négation est d'ail-| leurs appuyée par un fait brutal et d'une invincible évidence si, en effet, cette explication avait pour elle la moindre parcelle de vérité, le colonel Picquart, successeur du colonel Sandj herr, eût connu cette situation, et, en tout cas, quand il s'esf trouvé sur la piste d'Esterhazy. le général de Boisdefifrc et le général Gonse l'eussent aussitôt averti de son erreur. Piestej donc l'aveu pur et simple. Dès lors, voici, au gré de M. Dupuy,' un dilemme, au sujet du <' petit bleu », qui sert de base à Taccusation contre le colonel Picquart. Ou bien Picquart ignorait les rapports criminels d'Esterhazy avec M. de Schwartzkoppen, et alors comment expliquer ce hasard que « Picquart, cherchant une victime, soit justement tombé sur le seul homme! auquel son faux (!) pouvait s'appliquer » i Ou bien il savait| ces rapports, et alors « comment admet-on qu'il ait eu l'inconcevable idée de les établir par un faux, quand il lui était si facile] d'en fournir une preuve authentique ». (Le Siècle, numéro di 21 janvier 1899.)

SUIS PRÊT A RÉPONDRE LE FRONT HAUT A TOUTES LES ACCU- SATIONS. Je n'en CRAINS AUCUNE )).

Paroles solennelles qui furent entendues dans le monde entier.

(Jui ne se souvient des articles autorisés (ce mot étant employé dans ses deux sens) qu'a publiés, en Russie, le premier jurisconsulte de l'empire du tsar, M. Ig-nace Zakrewski?

Il vient de faire paraître un nouvel article dans le Journal de droit de Saint-Pétersbourg .

Veuillez, Monsieur le Procureur, en lire ces lig-nes :

Bien que les persécuteurs du colonel Picquart paraissent se soucier très peu de l'estinte des hommes qui composent l'élite de leur propre pays, ils

DEVRAIENT RECONNAITRE Ou'iLS ONT BESOIN DE COMPTER AVEC l'opinion DU MONDE CIVILISÉ, OUI LES JUGE ET OUI SAIT COMMENT LES CONDAMNER.

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