III
Gomment, maintenant, a-t-on procédé pour M. Zola?
Il s'était spontanément et glorieusement jeté dans la mêlée. Dans les batailles, il faut s'attendre à recevoir plaies et horions.
Que M. Zola ait été injurié, diffamé, calomnié ;
Une, pour lui fermer la bouche, on ait retenu quelques li^-nes seulement d'un article de plusieurs colonnes, dont toutes les parties étaient connexes et solidaires ;
Que, contre Zola, on ait violé, pendant les longues audiences de la Cour d'assises, les règ-les les plus élémentaires, comme il résulte des débats qui ont précédé l'arrêt de la cour de cassation (2 avril 1898);
Que, contre Zola, on ait fouillé tout « le maquis de la procédure », sauf ensuite à M. le Procureur général à s'indigner contre celui dont il se plaisait naguère à serrer la main dans la maison d'un ami commun, parce que
M. Zola avait recours aux règ-les protectrices de la prc cédure ;
Qu'où ait meué une campag-ne venimeuse pour h arracher la croix de la Léi^non d'honneur (28 juillet iSqS),! dans le même temps où on laissait le (( sig-ne officiel » del l'honneur sur la poitrine de W. Esterhazy ;
Tout cela, Monsieur le Procureur de la République,' était, en définitive, plus ou moins dans les prévisions dej la lutte et du comljat acharné auquel, de part et d'autre,, on s'est livré.
Le dévouement serait sans g-loire, s'il était sans péril.
Mais ce qui, malg-ré tout, ne pouvait être prévu, ce qui a été inouï, ce qui était contre toute possibilité etj contre toute vraisemblance, ce qui dépasse et déconcerte l'imag-ination, ce qui a soulevé le cœur, c'est ce qu'on a fait contre Zola père, mort depuis plus de cinquante ans, contre la mémoire de Zola père, pour tenter de jeter sur son fils, sur l'auteur de a J'accuse», une héréditaire déconsidération.
Ur, Monsieur le Procureur de la llépublique, je vous ai fait le loyal aveu que j'étais de ceux qui, sans con-i naître Zola et sa famille, avaient vu là, d'instinct, ai priori, une simple mais épouvantable manœuvre.
Pourquoi, avec tant d'autres, j'ai eu cette idée, je viens de vous l'exposer long^uement. Si j'ai été long-, la faute n'en est pas à moi, mais à ceux à qui remonte la responsabilité de tous les faits, de toutes les circonstances dont j'ai dû faire un inventaire qui n'est d'ailleurs que sommaire et très incomplet.
Voulez-vous me permettre de résumer en quelques mots tout ce qui précède?
Mon idée première s'est faite et s'est confirmée au fur et à mesure des événements, parce que j'ai vu, comme vous avez pu le voir, un ensemble ininterrompu, depuis que
ette Atïairc est née, de clociiments faux ou allérés et e fausses nouvelles.
Mon idée première s'est faite et s'est canfirmée au fur t à mesure des événements, parce que j'ai vu, comme ous avez pu le voir, une accumulation prodigieuse de luxtémoig-nag-es ou de lémoig-nages portant sur des i.iits faux.
Mon idée première s'est faite et s'est confirmée au fur t à mesure des événements, parce que j'ai vu, comme eus avez pu le voir vous-même, une succession de malœuvres pour sauver le coupal)Ie, écraser rinnocent, •endant que, d'autre part, on cherchait à déconsidérer eux qui, luttant pour la justice et la vérité, dans un no- »le effort de conscience, de probité et d'honneur, flélrisaient le crime avéré et ses coupables protecteurs (i).
(1) On se souvient des calomnies lancées sur M. Sciieuher- Cestner, vice-président du Sénat, coupalîle d'avoir exprimé 3s inquiétudes de sa conscience. — Voila, à coup sur, un brave t honnête homme!
Ai-je besoin de rapjDeler la campagne qu'ont menée contre il. J. Keixach ses adversaires acharnés, notamment M. Kocheort, condamn(' en février 1898, et M. Drumont? N'élait-ellepas igné, sa conduite, courageuse et J)rave, plus belle et plus liolorabie, je pense, que l'attitude sans pudeur du directeur du hiulois, M. Arthur Meyer, dont le même M. Drumont, dont e déteste les détestables idées, mais qui a du style, a tracé un nelVaçable portrait dans la France Juive i Et quelle mesquine dée que celle de le déférer à un conseil d'enquête en sa qualié 'ofticier de réserve et de le mettre en réforme (24 juin 1898), arce que, à l'appui des idées qu'il défendait, il avait traduit et ilé l'article d'un journal anglais qui n'avait pas eu l'heur do laire... à M. Billot!
Ai-je besoin de rappeler la campagne, vraiment sotte, dirigée outre M. de Phessensé au sujet de sa décoration, après qu'il lit déclaré ne plus vouloir la porter?
Ai-je besoin de rappeler la poursuite dirigée contre M. Urbaix jroiiiEK, en raison de deux passages de son livre L Armée onive la Nation, passages où il répétait exactement ce [u'avaient dit, avant lui, tant d'autres, et notamment M. Barès, M. Drumont, ^1. Lockroy et M. do Freyciuet lui-même? i-)»' quel ton et avec qiu.'Ue hauteur de vues M.. Jaurès eût défendu M. U. Goliier, on le devine. Aussi, M. le Président des Assises i-t-il été invité à refuser la parole à M. Jaurès.
Et je me suis dit : La campag-ne n'a pris son défini" tif essor que par Zola ; c'est lui qui a surexcité les cou ra^es par son exemple; c'est lui qui, après les premieis combats, a définitivement déclaré la guerre.
Et c'est pour cela qu'on a voulu l'atteindre et le déconsidérer, coûte que coûte ; c'est pour cela qu'on a inventn et foriï-é l'arme empoisonnée dont les mortelles blessui devaient — on l'espérait du moins — jeter le trouble < i l'incertitude dans les esprits.
Je serai modéré en ma conclusion.
Je ne dis pas que, des faits que j'ai cités, il résulte un | nécessaire préjugé.
Je dis simplement que, dans ces faits, il y avait un légitime point de départ pour une étude attentive et réflé- j
Et pour 'SI. Tkarieux, ne sait-on pas de quelle manière on essayé de Tamoindrir'? C'était M™* de Martel — familière ' l'Elysée! — qui sétait chargée de cette besogne. Elle imputait à ]\[. Trarieux d'avoir abjuré pour faire un riche mariage. Pures inventions: invention, l'abjuration; invention, le mariage riche. Le 4 janvier 1899, la première chambre du tribunal civil de la Seine, sur les conclusions conformes de M. le substitut, a condamm'' M"'" de Martel à 5,0U0 francs de dommages-intérêts et à des insertions.
Quel décliaînement de fureurs contre M, Yves Guyk contre M. G. Clemenceau, contre M. Jaurès, contre M. Ranc, à raison de leur admirable et valeureuse campagne vers la justice par la vérité!
Quelles fureurs aussi, et quelles injures enragées contre .MM. Brissox et Sarrien, et contre les magistrats, fidèles à leur devoir, soucieux de vraie justice, contre M. Bertulus d'abord, ])uis contre M. Manau, contre M. Lœw, contre M. Ghamjjareaud, contre M. Bard, contre M. Atthalin, contre M. Dumas I M. Gornély s'était fait prophète à bon compte : « Je comprends parfaitement, avait-il dit, que M. le premier prête sident ]\Iazeau ait décidé qu'il présiderait lui-même les « débats. Celui-là. cependant, son sort est réglé. Demain. « il sera certainement un voleur, un faussaire d'origine juive. » On est en droit de penser que, si M. Mazeau s'est montré plus empressé à compromettre 'sa cour qu'à la défendre, comme c'était son devoir, c'est par crainte des injures. La peur est mauvaise conseillère. Dans certaines situations, le droit au respect, la première grandeur, c'est le courage. M. Mazeau CQ a manqué; il est plus qu'amoindri. (V. note p. IIG)
lie des prétendues lettres Combes et de leur publicalon.
Je dis encore que, dans ces faits, dans tous ces faits, I y avait, il y a de précieux éléments de contrôle et de ipj)i'ochement.
L'identité de crimes semblables, commis dans un
M-me temps, par les mêmes moyens, dans le même but,
issant les mêmes traces, ne révèle-t-elle pas aux ma^^-is-
its la main d'un même criminel ou d'une même bande
le criminels ?