DES LETTRES COMBES
Quelques dates doivent être ici rappelées.
L'arrêt rendu par la cour d'assises, le 23 février 1898, ■>()us la présidence de M. Dele^orgue, avait été cassé 11" :* avril 1898.
L'otVaire, autrement reprise, était revenue une première fois, le 23 mai 1898, à Versailles.
C'est dans le Petit Journal du même jour (23 mai 1898) que M. Judet avait fait paraître son article, {ilein de violence, intitulé : « Zola père et fils. »
Ce n'était pas, j'imag-ine, une simple coïncidence.
A Versailles, M. Zola avait soulevé un incident d'incompétence qui n'avait point été accueilli. Le pourvoi en cassation Je M. Zola fut rejeté le 10 juin 1898.
Le 18 JUILLET 1898, l'alfairc revenait donc devant la cour d'assises de Versailles.
Les têtes étaient très montées, et, dit Bataille a pendant les suspensions, on s'est fortement houspillé dans la salle ».
C'est, précisément, ce jour-là (18 juillet 1898) que, dès le matin, avaient été publiées les lettres Combe.v.
Que dit le Petit Journal du lendemain 19 juillet?
Naturellement, le public était venu, hier, très nombreux. Les portes de la salle daudienee avaient été ouvertes dès dix heures et les tribunes immédiatement envahies. Les daines étaient en majorité. On voyait aux mains de beaucoup de j^ersonnes le numéro du Petit Journal du ?natin. L'article de notre collaborateur Krnest Judet, consacré A l'accusé Zola et a son père, avait soulevé une véritable émotion et aux abords de la Cour d'assises, comme d'ailleurs DANS TOUTES LES RUES DE VERSAILLES, ON s'ÉTAIT LITTÉ- RALEMENT arraché LES EXEMPLAIRES DU Petit Journal .
Est-il excessif de dire que ce n'est pas sans raison qui cette publication a été faite ce jour-là et non point ui autre /
Dans les luttes électorales, il y a souvent, le matii du scrutin, une sensationnelle publication destinée frapper l'esprit des électeurs, en déconsidérant ui concurrent redouté.
La publication fit g^rand bruit.
Les adversaires de Zola — déjà très ardents — trouvèrent là une arme de choix.
Rien d'étonnant par suite si, dans la salle des assises,} on s'est, pendant les suspensions, fortement houspillé.!
La publication avait donc été opportunément faite.
M. Judct avait, certes, le droit de choisir son heure.1
Je constate seulement qu'il l'a choisie opportuné-l ment.
Or, j'ai eu l'honneur, Monsieur le Procureur de la Ré publique, de vous sig-naler ce que j'ai appelé un systé^ matique opportunisme de révélations sensationnelles.
L'expression n'est point exagérée, je pense, pour ce qui est de l'opportunisme.
Que cet opportunisme soit systématique, cela n'est que trop bien établi par tous les exemples concordants que j'ai cités dans la deuxième partie.
Notamment, et d'un mot, je me permets de vous rappeler comment, en 1894, est arrivée à point nommé lai fausse lettre de l'empereur d'AUemaçne; comment, d( même, en 1896, à Fheurc de l'interpellation Gastelin, Henry déclara qu'il venait de recevoir — très opportunément ! — d'un habile agent, trois lettres échangées entre M. de Schwartzkoppen et M. Panizzardi.
Pour avoir dit que cette correspondance était faussej vous savez ce qui est advenu au malheureux coloneF Picquart.
Ce n'était pourtant qu'un faux grossier.
Et quelques semaines après la publication des lettres] Combe.s, le 3o août 1898, à minuit, l'agence Havas] publiait les aveux d'Henry et son arrestation.
Cette publication était suivie : i^ du suicide d'Henry [l\\ août 1898); 2° de la démission du g-énéial de Bois- MtdlTe(3i août 1898), qui, après le général de Pellicux, N'était solennellement porté caution à la cour d'assises (le l'authenticité des lettres fausses; 3'^ delà démission (le M. Cavaignac (3 septembre 1898), qui avait fait de même, à la tribune de la Chambre des députés.
Veuillez considérer, Monsieur le Procureur de la République, que, si les lettres Combe.s", par leur publication, [trocédent du même opportunisme, elles n'ont pas eu le [iriviléîîe de témoignages aussi éclatants d'authenticité.
Veuillez considérer aussi que, pour les faux commis par du Paty de Clam, soit seul (le faux Blanche), soit de . omplicité'avec Esterhazy et Mme Pays, nous rencontions le même opportunisme.
Et, alors, en prenant simplement la date de la publit ation des lettres Combe.s, je demande si cetie publicalion, par l'opportunisme même de sa date, ne mérite jias d'appeler l'attention sur l'authenticité morale et matérielle de ces documents.