‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 33 sur 65 · OUI A REMIS COPIE DES LETTRES COMBES A M. JUDET · texte numérisé non relu

OUI A REMIS COPIE DES LETTRES COMBES A M. JUDET

Voici les explications qu'il a fournies dans le cabinet de M. Flory, aux termes de son interrogatoire du 12 août 1898 :

« D. — Vous avez, depuis moins de dix ans, dans le département de la Seine, fait usage sciemment de lettres portant la fausse signature Combe."?, lettres publiées dans le numéro du Petit Journal du 18 juillet 1898?

(1) Par exemple, on peut encore citer la lettre anonyme à M. Weil, la lettre anonyme à M""' de Boulancy, la lettre anonyme ù M^ Latras^e. avocat de cette dernière.

U. — Comme piiblicistc, je reçois, à chaque instant,

nombreuses conmiunications anonymes ou si^-nées,

(|ui sont relatives aux atl'aires auxquelles s'intéresse

[tinion publique. C'est dans ces conditions que, dans

i ourant de mai i8fj<^, je trouvais dans mon courrier

rx COPIES DE LETTRES accoinpagnées de commen-

ires, et que mon correspondant anonyme me disait in-

i( resser TAflaire Zola. Après les avoir parcourues, je me

rendis compte qu'elles étaient d'un intérêt puissant. En

I iVet, ces deux lettres m était dites émanées du colonel

inbe5, ancien chef du corps où le père d'Emile Zola

lit servi en qualité de lieutenant à la Légion étran-

re. »

(Test donc, déclare M. Judet, un correspondait anonyme qui aurait envoyé les deux lettres Combe.v.

Un anonvme !

Dans r « Affaire », ce n'est pas la première fois que nous rencontrons des «anonymes ».

Anonyme, la damo voilée ! — aussi voilée dans les lettres où elle donnait à W. Esterhazy de nocturnes rendez-vous, que dans les communications que ces rendez-vous lui permettaient de faire.

Quelques détails empruntés à cette affaire doivent être rappelés ici parce qu'ils vont nous fournir le moyen d'un utile rapprochement.

L'instruction, par rapport à cette dame, comportait trois points :

!*• Qu'était cette dame?

20 Comment donnait-elle ses rendez-vous à Esterhazy?

30 Quelles étaient les communications qu'elle lui faisait, et comment avait-elle en mains des documents, notamment le « document libérateur» ?

La dernière question présentait un terrain danj^'cre à cause précisément des découvertes qu'on y pouvait faire; aussi, comme nous l'avons vu plus haut, a-t-on pris grand soin de ne point s'y aventurer.

Mais, sur les deux autres points, le f!;"énéral de Pellieux se montra plus dé( idé. A ce sujet, voici, en résumé, son instruction.

D'une part, et sur la dame :

— Quelle était cette dame?

— Je ne la connais pas. Il est même à croire que, si elle se voilait, c'est qu'elle voulait cpie je ne connusse pas su personnalité. Ma délicatesse de gentilhomme ne me [jormettait pas de percer son anonymat.

D'autre part, et sur les conditions des rendez- vous :

— Comment vous faisait-elle savoir qu'elle avait des communications à vous faire?

— Elle me fixait des rendez-vous.

— Comment vous donnait-elle ces rendez-vous?

— Par dos lettres qu'elle m'écrivait.

— Où sont les lettres?

— Chez moi.

— Vous aurez à me les apporter.

— Bien! mon général.

Sur quoi, ainsi qu'on le sait aujourd'hui, Esterliazy, qui n'avait pas prévu cette curiosité, rentra chez lui, fit faire des lettres de rendez-vous, lettres très anonymes, cela va de soi, et il les apporta au ^-énéral de Pellieux.

Après avoir vérifié qu'elles étaient effectivement anonymes, le g-énéivil de Pellieux les mit dans son dossier où M. Ravary et, après lui, le conseil de g-uerre les ont pu voir.

Après son acquittement, Esterhazy n'eut rien de plus pressé que de réclamer les lettres de « la dame voilée ^\ lesquelles lui furent aussitôt rendues.

Cette réclamation précipitée et cette restitution immédiate ne sont pas sans comporter quelque enseig-nement.

Ne scmblo-t-il pas que cos pièces eussent été néccs-

;aires à ^Etat-^^ajor pour faire une enquùte, si

)n avait voulu en faire une?

Plus tard, dans l'inslruetion sur les faux u Blanchr >> t « Spera/iz(fiù. linvenlion de la a dame voilée » revint levant M. Bertulus, dont l'incrédulité professionnelle aoussa plus loin la curiosité. Si, plus lieureux que le oublie, vous connaissez, Monsieur le Procureur de la [République, Tinterrog-atoire qui doit être, à ce sujet, lout à fait intéressant, nous connaissons, du moins, l'ordonnance du juge d'instruction.

Attendu que Christian Ebterhnzy a déclaré qu'il était [lersoniiellement Tauteur des lettres de rendez-vous que Walsiii- Ksterhazy attribuait à la dame voilée; que, sur ce point, Walsin-Esterhazy a bien essavé de le cootredire, mais que cette contradiction n'est pas sérieuse; qu'il a dit tanlôl avoir conservé deux lettres, tantôt une lettre et un télégramme pneumatique; «pie déjà cela est étranire; qu'il y a lieu aussi de s'étonner que Walsin-Esterhazy ayant eu, prétend-il, cinq lettres de rendez-vous de la dame voilée, n'en ait conservé que deux alors que ces lettres lui étaient si utiles; que, mis en demeure de nous produire ces lettres, il n'a jamais pu le faire, et qu'il nous a été impossible de les avoir malgré nos demandes réitérées, soit à lui, soit à ceux qu'il nous disait les détenir; que, si ces lettres avaient été portées à la procédure, elles auraient pu confondre Christian Esterhazy, alors que leur non-i)roduction semble, au contraire, lui donner particulièrement raison.

Dira-t-on que cette ordonnance a été infirmée? Je renvoie, en ce cas, au rapport de M. Bard, où pag-e 74, je lis :

Plus loin, le juge d'instruction établit, par un ensemble de témoignages et de faits concordants, quel était le fabricateur des billets de la dame voilée versés au dossier du conseil de guerre. — Toutes ces constatations si documentées du juge diustriiction subsistent ajirès l'arrêt de non-lieu qui a réformé son ordonnance, car la chandjre des mises en

accusation de la Cour d'appel de Paris n'a approfondi même abordé l'histoire mystérieuse de la dame voilée et remise du document.

Qu'est-ce que je veux tirer de là?

Cette conclusion, Monsieur le Procureur de la Rép blique, que l'effort vers la lumière se mesure ici à l'insiî tance apportée sur les fausses lettres attribuées à la dame voilée.

Cette conclusion est-elle exacte?

Vérifions.

M. Berfulus — qui, ayant une instruction à faire, Vi faite — n'a pas manqué d'approfondir la question de fausses lettres. Si Esterhazy, comprenant qu'il avait^ à faire à un jug-e d'instruction perspicace et pénétrant,1 s'est bien ^^'ardé de les lui montrer, du moins ccbiî-ci a-f-il tout /"ait pour les avoir.

On a ridiculisé, non sans motifs, l'instruction à laquelle a procédé le Grénéral de Pellieux (indig-nementj trompé d'ailleurs parles faux d'Henryj ; mais, en défini-' tive, s'il n'a pas cherché comment le a document libérateur » était sorti du ministère de la guerre pour |)asser dans les mains de la « dame voilée », il a, du moins, de-j mandé la production et la remise entre ses mains de cette correspondance anonyme.

Quant à la chambre des mises en accusation, elle nevoulait rien savoir, ni qu'on sût rien. Dans une intention manifeste et dans un but visible, elle a même, contre tout droit, au mépris de la loi, rendu un arrêt, cassé, d'ailleurs, comme il convenait. Aussi, dans de telles dispositions, s'est-elle abstenue d'aborder seulement les questions que soulevaient ces lettres tout à la fois anonymes et fausses.

Eh bien ! qu'a fait le juj^e d'instruction vis-à-vis de M. Judet? A quel deg-ré est-il de cette échelle?

Il s'ag-issait d'un correspondant anonvme. A-t-il de-.

mandé si, maigre cvl anonymat, inquiétant par luimême, M. Judet connaissait ou devinait ce correspondant, ou s'il avait quelques données pour le retrouver? Non !

La lettre contenait des u commentaires » sur les deux lettres Combei'. Elle pouvait, par la nature même des (( commentaires », fournir une piste sérieuse. — A-t-il deinandé la production et la remise de cette lettre? Non !

Cette lettre et la copie des deux lettres Combe.s étaient contenues dans une enveloppe. Le timbre de la poste, en indiquant le lieu de départ, pouvait fournir un renseignement utile. — A-t-il demandé la production et la remise de cette enveloppe ? Xon !

Loin d'approfondir la question de cet anonymat, bien qu'elle en valût la peine, M. le jug-e d'ini#i'uction ne l'a pas même abordée.

Si vous voulez bien vous reporter à l'intcrrog-atoire de M. Judet, vous verrez. Monsieur le Procureur de la République, que M. le jn^-e d'instruction n'a pas posé une seule question; je dis bien : pas une seule!

Il me faut bien sig'naler cette discrétion, et je crois ne pas sortir des convenances en ajoutant que cette réserve, qui n'est pas dans la mission des juges d'instruction, a quelque chose de surprenant dans ce cas particulier. Car, dans une note (qui est au dossier) de M. Zola, le plaignant, vous pourrez lire, notamment, ceci :

(( M. Emile Zola demande la production des originaux qu'aurait vus M. Judet, et aussi des copies

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