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POUROT'OI LA COPIE DES PRETENDUES LETTRES COMBE.Çi A-T-ELLE ÉTÉ PUBLIÉE SANS DATE ?
Veuillez vous reporter, Monsieur le Proeureur de Républi({ue, au uuméro du Petit Journal du i8 ji let 1898.
Les prétendues lettres Combes n'ont aucune date !
Que, dans le courant de la vie, certaines personne négligent de dater leurs lettres, cela n'a rien de surprenant.
Mais des lettres officielles, des lettres de service soni toujours et nécessairement datées.
Cependant, je le répète, dans la copie qui en a été publiée, il n'y a aucune date pour les lettres Combes.
Cette omission tire l'œil et sollicite l'attention.
Pourquoi cette omission ?
C'est un mode de raisonnement admis et scientifiquement employé que de tenir, par hypothèse , un fait pour certain et de vérifier ensuite l'hypothèse par les circonstances antérieures ou postérieures que ce fait explique dans le passé et commande dans l'avenir.
C'est ainsi que procède le mari qui, pris de soupçons sur la fidélité de son épouse, prétexte un voyag-e, revient, au moment où on le croyait loin, pince les amoureux, constate .son infortune et vérifie ainsi son... hypothèse.
Eh bien ! tenons, dès à présent, comme des faux Illettrés Combes, comme des faux certains, avérés, au.v avérés et aussi certains que les faux de Henry.
Comment a procédé le faussaire ?
Son l)ul ost de iléshoiioi'cr Zola lils pai- Zola p;''ro.
Ou'était Zola père ?
II a appartenu à l'arniro ! — Bien !
II a quitte l'armée en iS^^:> ! — Très Men !
Après i832, qu'est-il devenu ?
Kn citoven utile, dont l'oMiyre importante a laissé un -raud souvenir, tellement qu'un des boulevards d'une i^rande cité porte son nom. — Ça, c'est gênant.
Pourtant, il faut passer outre ; si on se préoccupait de i(tus les obstacles, on ne ferait jamais rien.
Il s'ag-it donc de jeter l'opprobre sur Zola père en rattachant son départ de l'armée à des causes déshonolantes, de nature telle, cependant, qu'elles ne puissent rendre impossible la situation où on le verra ensuite.
Le problème ne se présentait donc pas dans des conditions bien difficiles, compoi'tant une grande richesse d'imag-ination. D'ailleurs, l'imagination ne manque pas, ' omme l'atteste la série des faux que j'ai rappelés.
Pourtant, qu'allait-on inventer?
Un crime sur une personne? — Non, cela laisse trop de traces, et la preuve contraire serait trop facile.
Une histoire de mœurs révoltantes? — Excellent prétexte (Ml soi, mais qu'il fallait écartef pour ne pas ressusciter, dans les polémiques inévitables, le souvenir de certaines a 11 aires -
L'affaire du capitaine Bouïs, par exen^ple, resté capitaine de cavalerie de réserve, et chevalier de la Lég-ion Alioniteur (!), à propos duquel une commission du Sénat avait pourtant dit : (( En cherchant, comme on l'a fait, à étouffer de telles affaires pour sauver r honneur de l'armée, on couvre en vain le débat de l'ombre d'^//?^y//,s7/V'^ spéciale ; on sacrifie à d'étranges préjug-és de caste et de fausse solidarité. En maintenant les Bouïs dans les rangs de notre armée, on en ferait la concentration de ce qu'il y a de plus criminel dans le pays. »
Ou bien encore l'aff'aire des clients de Marianne Laborde, le lieutenant-colonel Chatcl et le conmiandan
Apte, qui est resté officier delà Lésion à'itonneiir, et desquels feu Rochefort avait dit : a Nous ne saurions tro] inviter les messieurs qui auraient formé le dessein d'er, lever, pour les violer, les enfants du lit de leurs parent endormis, à se faire préalablement octroyer un haiii g-rade dans l'armée. Ces moyens sont souverains poui sortir absous des mains du jury... Nous avions, soul'Empire, les g-aietés du sabre. Nous en avons malmenai les abominations. Du temps de Napoléon III, quand w fantassin ivre frappait ou entrelardait un bourgeoi paisible, le soldat n'était pas acquitté, car il n'était p.i poursuivi. Actuellement, ce ne sont pas des bourg-eois qu'on frappe ; ce sont des enfants qu'on pourrit et qu'on détériore, et les auteurs de ces crimes ne sont pas dsimples soldats : ce sont des officiers supérieurs. Il c vrai qu'ils sont poursuivis; mais, ce qui est encore plu vrai, c'est qu'on met toute la France en branle pour qu'ilsoient acquittés. »
Restait donc une histoire de détournements. — Prétexli excellent aussi, d'ailleurs plein d'avantag-es, car on pom rait se livrer à des inventions faciles, sans avoir craindre, à soixante-six ans de distance, aucune possibilité de contrôle matériel, et il suffirait de forger des di cuments généraux, c'est-à-dire les plus dang-ereux.
Voilà donc l'idée arrêtée dans ses g-randes lignes. Il faut maintenant organiser les détails de l'histoire en vu • des documents qui la doivent constater.
Pour que. Monsieur le Procureur, vous puissiez bien saisir l'origine des erreurs du faussaire, je vais d'abord préciser quelques faits.
En i83o, Michel Combe, qui s'était exilé après Waterloo, rentra dans notre armée.
Il fut nommé lieutenant-colonel le 24 décembre i83o, au 24^ régiment d'infanterie et promu, le i4 décembre i83i, colonel du G6<^ de ligne. C'est comme colonel du 66e de ligne qu'il fit le hardi coup de main qui amena la prise d'Ancône, le 22 février 1882, — et qui, en raison
me interpellation, lui valut ensuite, semblc-t-il, une
uràee. ,
l'ar ordonnance royale du i*-*'" avril 1882, il fut appelé
commandement de la légion étrang-ère.
il quitta Aucune le i4 avril 1882, ainsi qu'il résulte :
I • D'une correspondance publiée dans la Gazette de rnce du 28 avril i83:>, quatrième pag"c ; 1'^ D'une correspondance publiée dans le Courrier ançais du 29 avril 1882.
Le t8 octobre 1882, il quitta la lécfion étrane^ère pour iidre le commandement du 47*" tle lij^ne, à la tête du- 1 il participa à l'assaut de Gonstantine, où il mourut, le surlendemain, de ses blessures.
Au cours de l'année 1882, il y a eu à la tête de la léij'-ion étrang"ère quatre colonels :
1° Le colonel Stoffel, du 4 niai 1881 au i^^" avril 1882.
20 Le colonel Combe, du i^^ avril 1882 au 18 octobre
8*^ Le lieutenant-colonel Bernelle, du lo^ lég'er, intérimaire, jusqu'à l'arrivée du colonel de Mollembeck.
4*^ Enfin, le colonel de Mollembeck.
Comment dès lors a-t-on fait pour fabriquer les lettres Combe.s' ?
On s'est reporté simplement à l'Annuaire militaire.
En ce temps-là — détail à retenir — l'Annuaire militaire était fait et pulilié entre le 20 juin et le 10 juillet.
Or, le lieutenant Zola avait été attaché à la lég-ion étrani*-ére par ordonnance royale du 20 juillet 188 1 et le colonel Combe (sans s) avait reçu le commandement de la léi^ion étrani»ère le ler avril 1882.
Donc, l'annuaire de 1882, publié le 80 juin 1882, portait :
(^unime colonel, le colonel Combe, avec, en face de son nom, cette date : i4 décembre 1881.