LES CONTRADICTIONS DE M. DE LOVERDO
Quelles sont les observations que comportent les déclarations de M. de Lovcrdo?
Les faits et documents qui précèdent pourraient m'autorisera néi»li2;'er les déclarations de M. de Lovcrdo.
Ce faisant, je pourrais, Monsieur le Procureur, m'autoriser de l'exemple de celui de vos substituts qui a été chargé du réquisitoire définitif. Car il a laissé complètement de côté M. de Lovcrdo et ses dires.
Mais je veux ne rien omettre, car je tiens à mettre mon entière bonne foi à l'abri de toute suspicion.
Examinons donc les déclarations du g-énéral de Lovcrdo.
Il a lui-même déclaré dans l'instruction qu'il avait « quatre-ving-ts ans » et que, en 1882, il n'avait que K treize ans ».
J'ajoute que la famille de Loverdo est restée fidèle et très attachée aux idées royalistes et conservatrices. (Camille Rousset, La conquête d'Alger^ p. 69 et 70.)
La portée de cette observation ne vous échappe pas, Monsieur le Procureur de la République, et elle ne saurait échapper à personne.
La souscription ouverte par la Libre Parole avait le qrand avantag-e de montrer, par le nom même des sous-
criptours, le but de ceux-ci. En opposant, au mépriî même de l'idée de Patrie, l'Armée à la République, ilî ont espéré, ils espèrent que l'Armée détruira la Répu^ blique et leur livrera le g-ouvernement de la France.
Ne sont-elles pas justes, ces lignes que je trouve dans le Journal de Genève ?
Celui en l'honneur de qui s'est faite cette grande manifestation, appuyée par les plus grands noms de France, n'a d'autre titre à cet enthousiasme généreux que d'avoir fait un (?) faux qu'il a dû avouer, non de son plein gré, mais pressé par un interrogatoire un peu serré. Que ferait-on de plus pour les veuves d'officiers qui n'en ont point commis, qui n'ont envoyé aucun innocent à Cayenne, et qui se sont contentés de remplir tous les devoirs d'un homme d'honneur et d'un brave soldat ?
vSi l'on voulait une preuve décisive de l'étai morbide qui préside à la croisade antirevisionniste et antisémilique. on ne pourrait en choisir une meilleure que cette souscription et son scandaleux succès. (Numéro du 27 décembre 1898.)
Considérez en outre. Monsieur le Procureur, que certains officiers en activité de service, contre lesquels il a bien fallu sévir, se sont laissés aller à cette manifestation scandaleuse.
Considérez que certains se sont laissé entraîner à des manifestations d'un caractère plus g-rave encore peutêtre. Je n'en veux citer qu'un exemple. C'est une lettre adressée aux membres d'une municipalité qui s'étaient permis de déplorer les poursuites contre le colonel Picquart :
Monsieur X , à Saint-Ilippolyte-du-Port.
Le lieutenant Evan de Lapeyrière^ instructeur de l'Iuolt militaire de Saint-llippolyte-du-Port, considérant la liste de protestation de \ Aurore, dans laquelle figure votre nom comme blessante pour les officiers, n'échangera plus nvec vous le salut de politesse. — 17 décembre 1898,
Ces diverses circonslanees, que je ne sie;-nale ici que
une main discrète et sans appuyer, vont sans doute
jious donner la clef des variations du ;2;"énéral de Lo-
rerdo, très irrité, d'après ce que dit M. Belon, dr /'i/ii-
iative de M. Zola.
Il a parlé trois fois. Nous avons, en effet, de lui :
i^ Une interview, publiée par M. Belon, dans le Polit Journal du 25 mai 1898 ;
20 Une interview, publiée par M. Marc Lafarg-ue dans [' Aurore à\x 3 juin 1898. — M. Marc Lafargue — je dois l'avouer — est un intellectuel, un poète, qui diriLii^e à Toulouse la revue V EJJ'ort et le journal le Midi Fédéral.
Z^ Sa déposition du 19 août 1898.
Vous allez pouvoir vérifier. Monsieur le Procureur, les inexactitudes certaines et les contradictions ince.ssantés qu'on trouve à chaque ligne de ses successives déclarations.
I. — En premier lieu et avant tout, je signale une contradiction formelle entre M. de Loverdo et M. Judet.
D'après M. Judet, la a première lettre du colonel « Combes » aurait, comme nous l'avons vu, été écrite par le colonel au premier général de Loverdo.
D'après le général de Loverdo, « non père aurait été informé de l'affaire Zola par une lettre du roui mandant d'Algérie ».
Comment J\L de Loverdo, « informé par le commandant dWlfférie » (duc de Rovigo), aurait-il répondu au colonel Combe?
Vainement on chercherait à concilier les deux dépositions. Car toute tentative en ce sens se trouverait arrêtée par la date certaine de l'arrivée du colonel Combe à Alcrer. Cette observation est tellement évidente qu'il me suffit de l'énoncer.
Je n'arrive pas à m'cxpliquer que M. Flory n'ait pas, de son côté, cherché à creuser le secret de cette contradiction.