‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 46 sur 65 · II. — Dans la première interview, M. dcLoverdo ôi(M · texte numérisé non relu

II. — Dans la première interview, M. dcLoverdo ôi(M

i< Nous n'étions parents à rt^/rv//? //Vre». 81, ne connaissant ni la famille Zola, ni la famille deLoverdo, je ne pui& par un tableau g-énéalog-ique, établir leur deq-ré de<p rente, il m'est du moins possible d'affirmer cette paren Dans le discours que prononça M^ Labot, avocat à cour de cassation, sur la tombe de F. Zola, voici effet, ce que je vois :

François Zola est né à Venise le 8 août 1795 d'uE'

ancienne famille dont la noblesse italienne est devenue franraiseparla participation de plusieurs de ses membres aux grandes choses que la France, au commencement de ce siècle, a faites dans le monde et que le plus illustre de nos compatriotes a si bien décrites dans deux beaux livres. Ij père de François Zola était colonel du génie et inspecteur de> bâtiments militaires. Deux de ses oncles sont morts au service de la France, l'un colonel, Tautre cbef de bataillon. In de ses proches parents, M. le lieutenant général comte Loverdo, s'est placé au premier rang parmi les illustrations de notre armée.

III. — Dans la première interview, F. Zola est représenté comme ayant, dans la maison Loverdo « continué, durant quatre ou cinq mois, sa vie de pique-assiettey>.

Dans la deuxième interview, à cette question : « François Zola fut-il véritablement chez vous le piqueassiette qu'on nous représente ? » M. de Loverdo a fait cette réponse :

Il venait chez nous attiré surtout par M™® de S. M...

la femme dun officier d'ordonnance de mon père et tante d'un des généraux morts récemment, à laquelle il faisait la cour. Manière avait un salon fort brillant. La présence de cette dame explique les assiduités de Zola à la maison

Laquelle des deux interviews mérite confiance? Cette fois, M. de Loverdo va nous fixer lui-môme. Dans sa déposition devant le juge d'instruction, il dit :

« Je n'ai pas traité Zola père dépique-assiette. »

I' ..... -."^- . , Mais cela taisait bien, ii est- il pas vrai ? El on a été de avant...

IV. — Dans la première interview, il est dit : « En i8i4 (sic), Zola, élève de VEcole Militaire de Pavie, passa au service de l'An /riche sans trop se J'ai re prier. »

Je me reporte au discours de M« Labot :

« Elève distingué des universités de Pavie et de Modène, u François Zola, de 16'1:3 à ISI5, servit comme officier « dans l'artillerie à cheval, sous les ordres du prince (( Eugène Napoléon. »

V. — Sur les antécédents de François Zola, rien autre ! Il y avait pourtant qucdque chose à dire. Mais, ce quelque chose était gênant, on l'a omis ou travesti. C'est ainsi que M. Judet avait écrit : « .1// service de l'eniperear d'An friche, il puise les connaissances techni(jues c/ui lui permettront un jour de se déclarer ingénieur. » Un titre apparent, n'cst-il pas vrai? un faux titre, n'est-ce pas ?

Reprenons le discours de M^ Labot :

Apres le licenciement de l'armée d'Italie, Zola compléta ses études d'ingénieur à l'université de Padoue et il obtint le diplôme d'architecte-ingénieur.

Ce diplôme n'est-il qu'un simple diplôme, dont l'obtention ne g"arantit pas toujours un savoir sérieux ?

Employé, au sortir de l'université, sous les ordres de son frère, ingénieur en chef des ponts et chaussées, il publia, à peine âgé de vingt-trois ans, un Traité sur le nivellement topographique, qui lui valut le titre de membre de l'Académie impériale et royale des sciences et lettres de Padoue et une distinction flatteuse du roi des Pays-Bas.

L'ouvrage du jeime ingénieur lut adopté par la direction des ponts et chaussées do Milan et devint un livre usuel pour les ingénieurs italiens, auprès desquels il jouit d'une grande autorité.

Appelé en 1814 comme géomètre du cadastre dans la

ilaiile-Autriclie. Zola eut l'honneur d'être nommé ingénieiil en cher de Tun des premiers chemins do ier qui se soient construils en luirope. C'était en 182 i. A cette é|)0(|ue, la mapnilique industrie des chemins de fer était encore dans l'enfance et il fallait un esprit hardi, courageux, comme était celui de Zola, pour s'associer aux premiers pas d'une idée qui pouvait paraître aventureuse, un coup d'oeil perçant et sur, comme était le sien, pour deviner l'avenir de cette invention nouvelle.

Zola, bien joinio encore, il avait alors vingt-six ans. était donc ingénieur-directeur d'un chemin de fer entrepris dans les Etats de l'cmperenr d'Autriche^ lorsque ce souverain lui lit concession du chemin de fer rie Lintz à Gmunden.

Ce second cliemin de fer étudié^ tracé, commencé i)ar Zolfi, ftd achevé par d'autres. Il est aujourd'hui un des plus profiuctifs de l'Europe

On olvjectera, c'est probal)le, que les dernières paroles prononcées près d'une tombe ne doivent point être admises sans contrôle. Je ne sais quels documents M. Emile Zola peut avoir entre les mains. J'ai pourtant cette bonne fortune de pouvoir répondre à l'objection. Voici, en effet, l'article que la Nouvelle Presse Libre^ numéro 12028, a publié, /p i y février i8f)8, sous ce titre : « le père de zola en atttriche ».

Nous avons reçu aujourd'hui de Saslbourg par la poste une lettre accompagnée d'une vieille lithographie — un portrait dont le dessin est très imparfait et dont le détail trahit une main très inexpérimentée (1). Ce portrait représente un monsieur vêtu à la manière peu confortable de la vingtième année (2); il porte un habit manqué^ au col surélevé par derrière^ un gilet boutonné jusqu'en haut et une cravate raide serrant le cou jusqu'au menton. Le dessin de la tète seul est vivant — visage plein d'expression, rasé de près, non sans^ quelques favoris, avec une bouche au contour

el du

(2) Mot à mot : Un monsieur dans le vêtement peu seyant (1p la vin^dièmo année.

Textiiellement : Un portrait d'un dessin très imparfait ne exécution technique défectueuse.

(U'iirat, dos yeux peiN.ants, un nez hion fait. De la main droite notre homme tiont ini [lapier peu lisiWlc. qui dil rcci :

iii'cvet justificatif du privilège accordé à l'iiigénieur Iv.

lia pour la construction de la ligne de chemin de fer de I .inz à )) Le reste n'est plus lisihle .

Cette lithographie nous est adressée par M. rinspecleiii- Jean IJergauer. chef de gare à Salzhourg. Dans la lettre qui accompagne son envoi. ^I. Bcrgauer nous apprend qiio le portrait représente l'ingénieur Franrois Zola, le père du célèbre écrivain français vers qui se portent l'intérêt et la curiosité haletante de tout l'univers civilisé. Chacun sait que le père de Zola, un Italien de naissance, était ing(''iiieur ; il ilirigea en Provence la construction du canal d'Aix. qui porte son nom, et mourut dans cette ville en 18i7, alors que son fils n'avait encore que sept ans. Mais ce qu'on ignorait jusqu'ici, comme nous l'écrit M. Bergauer. c'est que François Zola eût travaillé à la construction d'une liijne de chemin de fer autrichienne, la jjreniif're (/id ait ('/r tracée sur /c continent européen, et qui n'est autre que la ligne de tram^vay établie jadis entre Linz et Budweis^ ligne que François-Antoine chevalier de Gerstner construisit de 1824 à 1829, et qui fut ensuite achevée par ringéiiieur Mathias Schœnerer, alors Agé de vingt et un ans à peine.

Cette construction, comme on vient de le voir, fut aussi l'œuvre de l'ingénieur François Zola, auquel était adjoint le père de l'inspecteur Bergauer. l'ingénieur François-Xavier Bergauer. A ce dernier revint l'honneur, après cinciuantetrois ans de service, de diriger la démolition de l'antique chemin de fer à chevaux et de donner le premier coup de pioche pour l'exécution de l'actuelle voie ferrée à locomotive qui est la ligne de Linz-(iaisbach Budweis. Parmi les papiers laissés par le père Bergauer, son fils trouva le portrait de François Zola et des lettres du chevalier deCerstner, où le nom de l'ingénieur Zola revient plusieurs fois. M. l'inspecteur Bergauer se rappelle avoir entendu dire et redire bien souvent par son père que l'ingénieur Zola était un Italien de la Vénétie et qu'il était allé dès l'âge de trente ans se fixer en France, où il continuait d'exercer sa profession. Le vieux Bergauer sut aussi que l'ingénieur François Zola était le père de l'écrivain français Emile Zola.

Tous ces détails nous ont été confirmés, sur notre demande, par l'administrateur en chef du chemin de fer du Nord, M. Germain Strach. qui, dans le grand ouvrage commémo-

ratif sur l'histoire des chemins de fer austro-hongrois, a écrit la partie relative aux orij^ines de leur construction jusqu'à l'année 1867. M. Strachnous apprend que. plus d'une fois, au cours de son labeur de documentation pour les premiers chapitres de cette histoire consacrés aux travaux de Gerstner. — travaux qui firent époque — plus d'une fois, disons-nous, il rencontra le nom de lingénieur François Zola. Mais un dét;iil plus intéressant encore nous est donné par M. Slrach, à la page 100 de l'ouvrage en ([uestion. où il est dit : « qu'un ingénieur nommé François Zola avait obtenu un privilège pour une voie ferrée à établir entre Linz et Gmunden, mais qu'il en fit l'abandon, étant données les expériences peu encourageantes faites sur la ligne de Budweis. » Cette ligne de Liuz à (imunden est celle qui. après l'achèvement de la ligne Linz-Budweis, avait été reconnue nécessaire pour le transport du sel^ mais qui ne vit le jour que beaucoup plus lîird et fut l'œuvre de l'association Starnetz-Geymuller-Rothschild. C'est ce privilège, du 16 juin 1823. que François Zola tient à la main dans notre vieille lithographie, qui est sans doute un témoignage d'admiration et de sympathie offert par des amis.

M. rinspecteur Bcrgauer nous exprime dans sa lettre un désir auquel nous nous empressons de donner satisfaction. 11 demande qu'en son nom le portrait du père soit envoyé à ce fils devenu une des gloires de notre temps. Cet envoi, nous dit-il, lui sera sans doute précieux comme gage d'un très vivant souvenir de notre part et aussi parce qu'il ignore peut-être quelle part son père prit à la construction de la première ligne autrichienne.

Enfin M. l'inspecteur Bergauer nous a communiqué quelques extraits des lettres de Gerstner à son père; ce sont les passages de ces lettres où il est question de l'ingénieur François Zola.

Le 25 octobre 1826, le chevalier de Gerstner écrivait à M. l'ingénieur Bergauer, ce qui suit :

u 11 devient de plus en plus probable, grâce à de certaines circonstances, (pie je vous emmènerai avec moi, vous et M. Zola, dans mou voyage à Londres et à Paris. Toutefois je ne puis en aucune façon entreprendre ce voyage avant ({u'on ait exécuté le plan de la ligne de la Haute-Autriche et qu'on ait arrêté tous les devis et croquis nécessaires. C'est pourquoi je vous engage encore une fois à consacrer, nuit et jour, tout votre temps à cela jusqu'au 8 novembre.

tout n'était pas au point -i cette dale^ je vous léflare que us auriez à comi»fei' sur un absolu niroonlenfenient de El part. Si vous terminez, vous aurez lieu d'être satisfait tout point, et vous ferez roule avec moi, à moins qu'il j ait un empêchement. Dans ce cas, vous m'accompagneriez sans aucun doute au voyage suivant. En alteudant. )ortez-vous bien.

« Gerstxer. )^

Dans les instructions qu'il adresse de Kaplilz à MM. Zola it Doleschal, à la date du 10 janvier 4825, (ierstner parle des livraisons de bois à faire pour la construclion de la li^aie de Budwcis, entreprise ([ui fut le l'ail du baron Bucpioi. H indique les points où devront s'efYectuer les déchargements, règle tous les détails de la chose et décide que M. Zola devra établir son logement à Brenendorf, afin d'inspecter ces déchargements à la tuilerie de Strodenitz et à Plawitz- Koly.

Au paragraphe 7 de ses instructions, Gerstner assigne à M. Zola, outre la surveillance des déchargements, celle des veilleS;, qu'il veut par-dessus tout strictes et rigoureusement contrôlées. Il écrit textuellement : « Je désire donc que chaque semaine, deux ou plusieurs fois, les veilleurs soient surpris à l'improviste, pendant la nuit, afin qu'on ait la preuve de leur vigilance. » Le paragraphe 10 des instructions pour Zola est ainsi conçu : u Chaque mois, je vous enverrai vos appointements de 33 florins 20 kreutzers, ainsi que le montant de tous vos débours, établi d'après des comptes bien en règle. »

iN'ous remarquons encore plusieurs originaux de lettres fort longues et des copies de différentes instructions du chevalier de Gerstner^ parmi lesquelles nous relevons les dates suivantes : Strasbourg, le 24 décend)re 182(5: Londres, 10 mars 1827; A'ienne, le 28 avril 1827. Toutes ces pièces ont pour objet des recommandations d'ordre technique et toutes portent la signature de l'ingénieur Zola, pour indiquer qu'il en a pris connaissance.

Puis le même journal, ayant reçu de nouveaux renseig"nements, les consigne dans un second article :

Le chef du comité de rédaction de l'histoire des chemins de fer de la monarchie austro- hongroise, M. l'administra-

leur Germain Strach, nous écrit ce qui suit : « Pour coi [tléter ma réponse criiior à vos questions, j'ai le plaisir pouvoir vous adresser un nouveau et curieux détail sur II rôle de l'ingénieur François Zola dans l'œuvre de la construction de la première voie ferrée tracée en Autriche. Ainsi que l'avait déjà démontré le conseiller de la Cour Ignace Kouta dans la douzième année — parue en IHîjî) — de ses excellentes annales du cliemin de ter. l'ingénieur François Zola vendit, le 4 septembre 1830, à Marie Treitt et Emmanuel Kirschbaum, le privilège lui conférant pour cinquante ans, à partir du IG juin 1829, la direction du tramwa}' de Linz à Gmunden. D'autre part, la concession faite à Zola se trouve également mentionnée dans le livre de Kupka : Les Chemins de fer austro- hongrois de 1822 à 1862, ouvrage paru en 1888, et une des sources autorisées auxquelles j'ai surtout puisé pour mon travail.

Comme nous voilà loin, encore une fois, de « l'individu » que nous avaient représenté MM. Judet et Belon, d'après, disaient-ils, les propres déclarations de M. de Loverclo ? Et comment se fait-il que celui-ci n'ait pas dit un mot de ce passé qui honorait sing-ulièrement l'homme dont il parlait ?

Réponclra-t-il que, trop jeune encore, il n'en a pas connaissance ?

Dans la deuxième interview, il a dit :

Je dois tout d'abord vous prévenir que mes souvenirs sont très confus. J'étais potache à l'époque où remontent les

faits dont je parle. Je voyais très souvent François Zola

Mais, je le répète, mes souvenirs ne sont guère précis.

Très bien ! Mais comment, alors, a-t-il pu, avec des (( souvenirs très confus de potache », se prêter à des déclarations qui caractérisent une manifeste intention d'a^-ression ? Au surplus, c'est son affaire. Je me borne à relever ses contradictions.

VI. — Gomment se peut-il que, dans la première interview^, on lise : ■

11 parvint dans le génie de l'armée austro-sarde au grade de lieutenant; c'est à ce moment que se place sa première

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■tenture. Je l'ai entendu la raconter de diverses façons: il T[Yoiiait liii-nième avoir été compromis dans une atTaire de conu-el)an«le <{ifil niellait, bien entendu, sur le dos d'iin de ses camarades. Il s'agissait de deidelles passées en fraude sous un dolinan. En réalité, Zola fut révoqué pom- ce fait...

La cunliadiction n'est-elle pas manifeste avec les faits rapportés par Ja XoiinCllc J*resse Libre^ à une date où on ne sonî^-eait point à répondre à de telles calomnies, puisqu'elles n'avaient point encore été publiées?

D'ailleurs, dans la deuxième interview, on lit :

1). Quelle est exactement, demandons-nous, la vérilé sur celte histoire des dentelles passées en contrebande, histoire après laquelle, selon le Fetit Journal, Zola aurait dû ((uitler l'armée autrichienne?

H. C'est unesinï[)le [)laisanterie (sic). Zola, loin d'en faire mystère, la racoidait souvent chez nous. Pour rendre service à un ami (sic), qui passait la frontière avec lui, il avait franchi la douane, portant quelques mètres de dentelles enroulées sous son veston. Je me rappelle encore, avec la netteté qui s'attache à certains souvenirs d'enfance, une scène qui se rapporte à celte affaire: un jour qu'on lui demandait comment il avait pu s'y prendre, Zola passa dans un cabinet voisin et reparut avec, sous son veston boutonné, des dentelles que lui avait prêtées ma mère. Nous en avons tous beaucoup ri (sic).

Et c'est avec des faits de cette sorte que de perfides narrations ont tenté de déshonorer la mémoire d'un homme mort depuis bientôt cinquante-deux ans !

VII. — Dans la première interview, il est dit que, après ces faits, — tournés en crimes, — M. de Loverdo '^p serait cependant encore employé en faveur de F. Zola.

Mon père consentit encore une fois à soccuper de lui; il le fit entrer avec son grade à la légion étrangère.

On oublie de dire que F, Zola n'est entré comme lieutenant dans la lég-ion étrang-ère qu'à titre provisoire, et que, si Zola est devenu lieutenant à titre définitif et avec effet rétroactif, c'est à cause de sa conduite même.

Reportons-nous, d'ailleurs, à la deuxième interview.

I). Comment M. de Loverdo, votre père, aurait-il appuv Zola pour le faire entrer à la légion étrangère, s'il avait eu des doutes sur son honnêteté?

R. Il n'en avait aucun (sic).

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