VIII. — Dans la première interview, on lit
J'ai toujours pensé que mon père avait eu la faiblesse de rembourser les 4.000 francs.
Voilà l'articulation précise, le coup de massue. Voyons pourtant la seconde interview :
Je n'ai jamais pu faire une pareille déclaration... Je ne puis, d'autre pai'l. assurer catégoriquement, comme voudrait encore me le faire dire le Petit Journal, que mon père ait remboursé la somme détournée. Je n'ai jamais reçu de lui aucune confidence à ce sujet.
Passons à la déposition devant le jug"e d'instruction, cest-à-dire à la partie de cette déposition relative à ce sujet :
Je ne puis rien affirmer à cet égard. Je n'avais que treize ans à cette époque, et ma famille ne me mettait pas au courant de ses affaires d'argent.
Gomment M. Belon a-t-il pu écrire les lignes ci-dessus? Mais que dire et comment s'étonner quand nous avons vu, dans la Libre Parole, M. Gaston Méry rapporter, à la suite d'une interview, les déclarations sensationnelles et flétrissantes de M'"^ l^risson mère contre son fils, bien qu'elle fût décédée depuis deux ans !
IX. — Rien n'échappe à la malveillance dans l'obstinée poursuite des moyens de dénisfrement. Je vous ai montré. Monsieur le Procureur, quels avaient été les travaux de F. Zola et ses recherches dans la question des fortifications, travaux et résultats si importants qu'un officier ^L^énéral a appelé leur auteur « le précurseur génial de la fortification actuelle ».
Et cependant, reportez-vous, si vous le voulez bien, à I première interview, et vous y verrez ces déclarations :
Pendant son séjour à Paris. Zola n'avait qu'une idée, f'élail (le re«f//e V.j au gouvernenient IVanrais un système de foilifiralion qu'il avail. disait-il, invent*'... Malheureusement pour lui, (les ofticiers qui fréquentaient chez ma mère n'eurent pas de peine à lui démontrer que sa prétendue inrention n'avait pas le sens commun...
Il nous est facile, ici, de mesurer la bonne foi d« telles déclarations. Les efforts de Zola père à ce point de vue .se sont produits en i83o et surtout en i84o, ainsi que le prouvent d'authentiques documents, imprimés à Paris par Blondeau, rue. Rameau, 7, place Richelieu, comme chacun peut s'en assurer à la Bibliothèque nationale. Or, en i83o, M. de Loverdo, l'interviewé, n'avait que onze ans ! Et, d'après la même interview, la famille de Loverdo aurait rompu avec Zola à partir de i832. Comment drs officiers auraient-ils pu décourag-er les eftbrts de F. Zola, dans le salon de M^"^ de Loverdo, s'il n'y allait plus?
X. — La première interview rapporte en effet ces paroles, mises en italiques pour mieux appeler l'attention du lecteur :
Mon père avait défendu qu'on prononçât le nom de cet homme devant lui. et si par hasard on y manquait, il prenait des colères terribles.
Le iC» septembre 1898, dans un article consacré à cette déclaration, j'ai pu en faire toucher du doig-t l'artifice, g-ràce à la communication d'un correspondant. Sur M. Judct, j'ai cet avantage que je montre les communications que je reçois, ce qui en permet le contrôle. Il s'ag-issait d'une lettre écrite de Veni.se à la date du 5 mai 18S6. Elle était adressée à François Zola, alors ing-énieur à Marseille, par un de ses parents : Lorenzo. Le papier porte, en filin;-rane, un portrait qu'encadrent ces mots : Ranieri, arcidaca e vice-re del regno lombardo.
Voici un passag-e de cette lettre :
J'ai lu avec un très grand plaisir dans le journal n° 300^ du 12 avril, daté de Marseille, que votre projet pour 1 construction d'un nouveau dock dans ce port a été accord très brillamment.
Marins et Josépriine vous ont déjà écrit au sujet <le I mort de votre bouiie mère. Je sais qu'on vous a adres.s encore récemment une lettre à l'adresse suivante : rue d; l'Arbre, 6. puisql'e loverdo avait mis au courant Dorixe dk ■■ VOTRE SÉJOUR A Marseille. fl
Il résulte de cette lettre, — dont, Monsieur le Procu reur, vous vérifierez rauthenticité, — que M. de Loverdo" loin de défendre de prononcer le nom de Zola, s'entretenait de lui et de ses travaux.
Et comme^ dans cette même lettre, nous voyons qu'il a lui-même donné à « Dorine » l'adresse de Zola à Marseille, c'est qu'apparemment il était en correspondance avec lui.
XI. Je pourrais prolonger la série des contradictions. Mais en voilà assez, je pense, et je ne veux plus, Monsieur le Procureur, qu'en signaler une seule à toute votre attention.
M. de Loverdo, dans la première interview^ acquiesce au récit de M. Judet. Que disait M. Judet? Il imputait à F. Zola des détournements commis en qualité d' « officier d'habillement ».
Dans cette même interview, M. de Loverdo déclare, au contraire, que Zola était « officier payeur )) à la légion étrangère.
Dans sa déclaration devant le juge d'instruction, il l'a représenté encore comme « l'officier payeur » de la légion étrangère.
Dans la prétendue lettre ïrézel, Zola eût été « officier d'habillement ».
De telles contradictions ne méritent-elles pas d'être relevées et retenues?
Elles le méritent d'autant plus que l'une et l'autre de
- affirmations est ollo-mt^me en contradiction avec la jiialité vraie de F. Zola, qui n'était ni « officier d'ha- >illonient » ni « officier payeur », comme je l'ai montré, nais tout simplement «officier de troupe», comme je ai éi>'alement prouvé par des documents authentiques, lont la vérification est facile.
Voici, par surabondance, une dernière observation, ^uand F. Zola a quitté la lé2fion étran^i'ère, il a été remplacé.
Son remplaçant a été nommé par ordonnance royale ]u 2 décend:)re i83?». (]'était M. Buttafoco. iJonnml mi li taire ofjîriel^ année 1882, n'^ 48.)
Quelle a été la qualité de cedernier? Officier de troupe l
Et quels étaient, alors, les officiers comptables?
Comme devant, nous trouvons : — M. Allaz, comme lieutenant-trésorier^ et M. Ridoux, comme lieutenant officier d'hatjillenient.
Comment donc F. Zola eût-il pu commettre des actes reprocliables en l'une ou l'autre cie ces deux qualités, s'il n'a jamais eu ni l'une ni l'autre ?