‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 6 sur 65 · I IV · texte numérisé non relu

I IV

Deux ans ne s'étaient pas écoulés que, à propos de la prétendue évasion de Dreyfus, dont le bruit s'était répandu, une vive émotion s'empara des consciences. Le i4 septembre 1896, M. de Cassag-nac, dans un article intitulé a Le Doute », disait :

Par eela même que le cliAlinient encouru esl plus etVroyable, plus mérilé et n'entraîne aucune compassion, il ne faudrait pas que. par la poltronnerie insigne du gouverneinent à l'endroit de l'Allemagne, on eût permis qu'un doute sid)sistàt, doiile horrible, épouvantable, et qui auto-

(1) Ici était indiqué le nom d'une forteresse.

(2) Dans son fameux discours (7 juillet 1893), M. Gavaignac s'est appuyé sur cette fausse date.

(îî) A ce moment, on disait que le bordereau élait d'avril 1K94. et c'est d'après ceitu date que se développe tout l'interrogatoire d'I^^sterhazy au conseil de guerre. — Maintenant, et d'ajjrès M. Zurliniien, c'est vers le ^O septembre 1894 (jue le bordereau serait arrivé au ministère de la guerre. — Que signifient ces dates ditlV'rentes?

rise à so demander parfois. Jivec Icrroiir. si réellement, si eireclivement. et malgré toutes les précautions dont on s'est entouré, malgré l'honneur et le patriotisme des juges, il n'y a pas là-bas. à lile du Diable, quelqu'un qui agonise dans vni supplice moral surhumain et qui serait innocent! (le doute, à lui seul, est une chose effravante.

A ce moment, les résultats donnés par l'enquête du <olonel Picnuart avaient ouvert les veux aussi bien au ministère qu a 1 etat-major.

Alors apparaît (4 septembre 189G) un nouveau /h?/ j^au sujet duquel, dans sa lettre adressée à M. Sarrien, ministre de la justice, le i4 septembre 1898, le colonel Pic(|uart a donné les détails suivants :

Ce faux consistait dans une lettre adressée à Dreyfus^ qui, comme toute la correspondance du condamné, passf au ministère des colonies où elle fut arrêtée. Je l'ai vue, la] signature était d'un nommé V/eyler. Il racontait à Dreyfus (pi'il mariait sa fille. Cette lettre était écrite en caractères étranges, semblables à un dessin et faits pour tirer l'œil ; moi qui, depuis plus d'un an, lisais toute la correspondance adressée à Dreyfus, je n'avais jamais vu ni cette écriture, ni cette signature ; mais ce qu'il y avait de grave, c'est que dans les interlignes étaient écrits ces mots avec une encre sympathique assez visible pour qu'on puisse presque tout lire: « Nous ne comprenons rien à votre communication : dites où sont les armoires contenant les.,.. )>. Cette lettre, qui constitue un faux grossier, avait pour but de faire croire à un complot ourdi parmi les amis de Dreyfus [lour lui substituer un homme de paille; je la vis entre les mains de M. Bertillon. qui était en train den faire faire im fac-similé d'une exactitude étonnante. Comme je regardais |)ar transparence, j'aperçus (jue le filigrane du papier était identique à celui de Toriginal. M. Bertillon me répondit en souriaiil : « jVous avons penséà fout. )> Le fac-similé devait être envoyé à l'île du Diable, on verrait ce que Dreyfus ferai! en le recevant.,.. Je ne tardai pas à me rendre compte du caractère de ce document et je pensai que c'est du Paty de Clam qui en était l'inspirateur, puisqu'il avait intérêt à ce moment ii rendre mon œuvre vaine.

Mais, pendant que le eolonel PicquaiL taisait et continuait ses recherches, il suscitait, autour de lui, les terribles appréhensions d'Henrv et de du Paty deC'lam.

Il fallait frapper un grand coup dans l'opinion publique.

On communiqua au journal l'Eclair une fausse copie de la lettre : « ce canaille de D... », en substituant à ces derniers mots, ceux-ci : a cette canaille de Drei/fus ».

Dans ce journal, parut, le 1 4 septembre i89G(sousla date du i5), un article sensationnel : a LE TRAITRE. —

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