‹ Le père de familleChapitre 4 sur 39 · M. D ’ O R B E S S O N, U N INCONNU · texte numérisé non relu

M. D ’ O R B E S S O N, U N INCONNU

E?itre un inconnu vêtu comme un homme du peuple les bras cachés sous sa redingotte et le chapeau rabattu , il sJ avance à pas lents ; il par oit plongé dans la peine etlarêverie .

Qd’Orbesso n ,/j attend, lJ arrêtepar le bras et lui dit* vx êtes vous ? Oû allez-vous ? {L' inconnu point de réponse)* Quiètes vous? Oû allez-vous ? {L'inconnu point de réponse ). x>’0 r besson relève lentement le chapeau de L'inconnu , reconnoît son fils et s'écrie :

Ciel !... C’est lui. . . C’est lui. . . mes funestes pressentimens , les voila donc accomplis. . . . Ah ! . . V

Je veux lui parler. . . Je tremble de l’entendre. . . . Que Vais-je savoir. J’ai trop vécu. J’ai trop vécu

Saint-albin , s' éloignant , et soupirant de douleur .

Ah ! d’O r besson le suivant .

Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Aurois-je eu le malheur. . .

Saint-Albin, s'éloignant ençore*

Je suis désespéré.

d’Orbesson.

Grand Dieu ! Que faut-il que j’apprenne ?

Saint-Albin revenant et sy adressant a son père :

Elle pleure. Elle soupire. Elle songe à s’éloigner ; et si ello s’éloigne je suis perdu. d’O r besson.

Qui ? elle ? Saint-Albin.

Sophie. . • Non, Sophie, non. . . Je périrai plutôt. . . d’ Or besson.

Qui est cette Sophie ?

Sain t-A l b i n.

Elle est pauvre , elle est ignorée, elle habite un réduit obscur. J’y voudrois vivre et mourir, dussai - je être méconnu , méprisé du reste de la terre. Je croyois avoir aimé. Je me trom* pois... C’est à présent que j’aime. . . Oui. J’aime pour la première fois. d’O R B ESSO N.

Yous vous jouez de mon indulgence et de ma peiïie. Malheureux , laissez-là vos extravagances. Regardez-vous , et répondez-moi. Qu’est-ce que cet indigne travestissement ? Que m’annonce-t-il ? Saint-Albin.

Ah ! mon père c’est à cet habit que je dois mon bonheur , ma Sophie , ma vie. d’Orbesson.

Comment ? Parlez. Sa int-Albin.

Il a fallu me rapprocher de son état* il a fallu lui dérober mon rang , devenir son égal.

d’Orbesson.

Qu entends-je ? quel égarement !

Saint-Albin.

Mon père vous me voyez à vos pieds ; votre fils n’est pa» indigne de vous, mais il va périr, il va perdre celle qu’il chérit audelà de la vie ; vous seul pouvez la lui conserver. Ecoutez-moi. A côté de ce réduit. . . il y en avoit un autre.

d’Okbesson.

Achevez. S ai n t-A l bi n.

Je le loue, j’y fais porter les meubles qui conviennent à un indigent , je m’y loge et je deviens son voisin sous le nom de Sergi, et sous cet habit. . .

d’Orbesso n »

Ah! je respire! . . Grâces à Dieu, du moins je ne vois plus en lui qu’un insensé. Revenez à vous , et songez à mériter, par une entière confiance , le pardon de votre conduite. Sa int-Albin.

Mon père, vous saurez tout. Hélas ! je n’ai que ce moyen pour vous fléchir. . . La première fois que je la vis, ce fut à l’Eglise. Elle étoit a genoux aux pieds des Autels, auprès d’une femme âgée , que je pris d'abord pour sa mère. Elle attaclioit tous les regards. . . quelle modestie ! quels charmes ! Non je ne puis vous rendre l’impression qu’elle fit sur moi. Depuis cet instant, je ne pensai, je ne rêvai qu’à elle. J’en perdis la gaiété , la santé , le repos. J’alloîs par-tout où j’espérois de la revoir. Je languissois , je périssois , vous le savez , lorsque jo

découvris que cette femme âgée qui l’accompagnoit se nom* moi t Madame Hébert , et que réleguées toutes deux à un quatrième étage, elles y vivoient d’une vie misérable. . . Vous avouerai-je les espérances que je conçus alors ? Que j’eus lieu cl’en rougir , lorsque le Ciel m’eût inspiré de m’établir à côté d’elle! . . . Ah ! mon père, il faut que tout ce qui l’approche devienne honnête , où s’en éloigne. . . . Vous ignorez ce que je dois à Sophie , vous l’ignorez.... Elle m’a changé. Je ne suis plus ce que j’étoîs. . . Dès les premiers instans , les désirs honteux sortirent de mon aine, je devins timide ; de jour en jour, je le devins davantage, et bientôt il ne ine fut pas plus libre dûittenter à sa vertu qu’à sa vie.

d’Or b e s s ON.

Et que font ces femmes ? quelles sont leurs ressources ?

Sa int-Albin.

Ah ! si vous commissiez la vie de ces infortunées! imaginez que leur travail commence avant le jour , et que souvent elles y passent les nuits. La bonne file au rouet. Une toile dure et grossière est entre les doigts tendres et délicats de Sophie , et les blesse. Ses yeux, les plus beaux yeux du monde, s’usent à la lumière d’une lampe. Elle vit sous un toit , entre quatre murs tous dépouillés. O Ciel / quand tu la formas, étoit-ce là le sort que tu lui destinois ?

d’Or besson.

Et comment eûtes-vous accès ? Soyez vrai.

Sa int-Albin.

Il est inoui tout ce qui s’opposoit , tout ce que je fis. Etabli auprès d’elles, je ne cherchai point d’abord à les voir ; mais quand je les rencontrois en descendant , en montant , je les saluois avec respect. Le soir quand je rentrois (car le jour on me croyoit à mon travail) j’allois doucement frapper a leur porte , et je leur demandois les petits services qu’on se rend entre voisins. Peu à j>eu elles se firent à moi. Elles prirent de la confiance. Je m'offris à les servir dans des bagatelles. Par exemple , elles n’aimoieru pas à sortir la nuit , j’allois et je venois pour elles.

d’Orbesson.

Que de mouvemens et de soins ! et à quelles fins ? Ah ! si les gens de bien.... Continuez.

Saint-Albin.

Un jour j’entends frapper à ma poite ; c’étoit la bonne : j’ouvre ; elle entre sans parler , s’assied , et se met à pleurer ; je lui demande ce qu’elle a : Sergi , me dit-elle , ce n’est pas sur moi que je pleure. Née dans la misère , j’y suis faite , mais cet enfant me désole... Qu’a-t elle ? que vous est-il arrivé?... Hélas! répond la bonne , depuis huit jours nous rfavons plus d’ouvrage et nous sommes sur le point de manquer de tout; Ciel ! m’écriai-je , tenez , allez, courez ! après cela... Je me renfermai , et Tonne me vit plus.

d’Orbesson.

J entends. Voilà le fruit des sentimens qu’on leur inspire lis ne servent qu’a les rendre plus dangereux.

, Saint-Albin.

On s apperçut de ma retraite , et je m’y attendois. La bonne madame Hébert m en fit des reproches. Je m’enhardis. Je l’interrogeai sur leur situation^. Je peignis la mienne comme il me plut. Je proposai d associer notre indigence , et de l’alléger en Vivant en commun. On fit des difficultés. J’insistai , et l’on consentit à la fin. Jugez de ma joie ! Hélas ! elle a bien peu duré : et qui sait combien ma peine durera ! Hier j’arrivai à mon ordinaire. Sophie etoit seule. Elle avoit les coudes appuyés sur sa table, et la tete penchée sur sa main. Son ouvrage étoit tombe a ses pieds. J entrai sans quelle m’entendit. Elle soupiroit Des larmes s echappoient de ses yeux. Je me jettai à ses genoux » Sophie , lui dis-je, vous pleurez! Qu’avez-vous P Ne me celez pas votre peine. Parlez-moi , de grâce! Pauvre Sergi ! malheureuse Sophie ! c est tout ce quelle put dire. Cependant j’avois baisse mon visage sur ses genoux, et je les mouillois de mes larmes. Alors la bonne rentra. Je me lève. Je cours à elle. Je l’interroge. Je reviens a Sophie. Je marche dans là chambre sans sa\ou ce que je fais. Je m ecrie douloureusement, c’est fait de moi. Sophie , vous voulez nous quitter ; c’est fait de moi. A ces mots, ses pleurs redoublent , elle retombe sur sa table , comme je l avois trouvée. Cette scène de douleur a duré routé la nui't. A heure que le travail est censé m’appeiier , je suis sorti , et je me retirois ici accablé de ma peine.

. d’Orbesson.

1 u ne pensois pas a la mienne.

, Sain t - Albin.

Mon pere. d’ Orbes so n.

Que voulez-vous P Qu’espérez-vous ?

Que tous meures le comble à tout ce que vous avez fait pour

parlerT” *" ’’ ""V .T «opltto ; que vouf lui

parierez... d Or besson.

Jeune insensé !... Et savez-vous qui elle est ?

Saint-Albin.

C est-la son secret Mais ses mœurs , ses sentimens , ses discours , nont rien de conforme à sa condition présente. Si vous voyez son ingénuité , sa douceur, sa modestie.'. Vous vous souvenez bien de ma mère... Vous soupirez. Eh bien ’ c est elle. Mo,, per, voyez-» ; et ai votre fila voua a dit 1 4n0t-— „ D O B B £ S S O M.

Et cette femme chez qui elle est , ne vous a rien appris ?

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