C E C IL E
Je vous ai dit , mon père , que je ferois en tout votre volonté.
Ne me parlez donc jamais de couvent.
Cécile.
Mais j’ose espérer que vous ne contreindrez pas votre fille à changer d’état , et que du moins il lui sera permis de passer des jours tranquilles et libres â côté de vous.
d’ Orbesson.
Si je ne considérois que moi , je pourrois approuver ce parti. Mais je dois vous ouvrir les yeux sur un temsoù je ne serai plus.. Cé' ile , la nature a ses vues ; et si vous regardez bien , vous verrez sa vengeance sur tous ceux qui les ont trompées : les hommes punis du célibat par le vice , les femmes par le mépris et par l’ennui. . Que cela soit ou non , l’âge avance , les charmes passent , les hommes s’éloignent , la mauvaise humeur prend ; on perd ses parens , ses connoissances , ses amis. Une fille âgée n’a plus autour d’elle que des indifférens qui la négligent, ou des âmes intéressées qui comptent ses jours. Elle vit sans qu’on la console , et meurt sans qu’on la pleure.
Cecile.
Cela est vrai. Mais est-il un état san£ peine ; et le mariage n'a-t-il pas les siennes ?
n’ Orbesson.
Qui le sait mieux que moi , vous me l’apprenez tous les jours. Mais c’est un état que la nature impose. C’est la vocation de tout ce qui respire... Si le mariage expose à des peines cruelles t c’est aussi la source des plaisirs les plus doux. Qu’est-ce que l’homine de bien préfère à sa femme ? Qu’y a-t-il au monde qu’un père aime plus que son enfant ? O lien sacré des époux , si je pense à vous , mon ame s’échauffe et s’élève. . . .O noms tendres de fils et de fille î je ne vous prononçai jamais sans tressaillir, sans en être touché, Cécile, rappeliez - vous la yie
de votre mère : en est-il une plus douce que celle d'une femme qui a employé sa journée à remplir les devoirs d’épouse attentive , de mère tendre , de maîtresse compatissante ?. . . . Quel sujet de réflexions délicieuses elle emporte en son côeur le soir quand elle se retire !
Cécile.
Oui , mon père. Mais où sont les femme comme elle , et les époux comme vous. d’Orbesson.
Il en est, mon enfant; et il ne tiendroit qu’à toi d’avoir le sort qu’elle eut. Ceci le.
S’il suffisoit d’écouter sa raison et son cœur...
d’Orbes *s. o n .
Cécile , vous baissez les yeux. Vous tremblez. Vous craignez de parler... Mon enfant laisse-moi lire dans ton ame. Tu ne peux avoir de secret pour ton père ; et si j’avois perdu ta confiance, c’est en moi que j’en chercherois la raison...
Votre bonté m’afflige. Si vous pouviez me traiter plus sévèrement. d’Orbesson.
L’auriez-vous mérité ? votre cœur vous feroit-il un reproche? Cécile.
Non mon père. d’Orbesso^.
Qu’avez- vous donc ?
Cecile.
Rien.
if O r b e s s o n.
Vous me trompez ma fille.
Cecile.
Je suis accablée de votre tendresse. . . Je voudrois y répondre.
Cécile , auriez Vous distingué quelqu’un ? aimeriez-vous ? Cecile.
Que je serois à plaindre !
;rf O R b e s s o n.
D ites. Dis mon enfant. Comment vous blamerois-je? Un sentiment que je fis naître dans le cœur de votre mère ? Oh! vous qui tenez sa place dans ma maison, et qui me la représentez , imltez-là dans la franchise qu’elle eut avec celui qui lui avoit donné la vie . et qui voulut son bonheur et le mien... Cécile Vous ne me répondez rien. C e c i l e.
Le sort de mon frère me fait trembler.
n' O R BESSON.
Votre frère est un fou.
Cecile.
Peut-être ne me trouveriez vous pas plus raisonnable que lui.'
Je ne crains pas ce chagrin de Cécile. Sa prudence m’est v connue , et je n’attends que l’aveu de son choix pour le confirmer.
Cécile se tait . D'orhesson attend un moment ; ^z/z\r ilconti zzz/e r/hzzz ton sérieux et même un peu chagrin.
Il m’eût été doux d'apprendre vos sentimens de vous-même; mais que ce soit par la bouche de votre oncle , de votre frère > ou de Germeuil, il n’importe. . . Germeuil est notre ami commun. C’est un homme sage et discret. . . Il a ma confiance. . .. Il ne me paroit pas indigne de la vôtre.
Cecile.
C’est ainsi que j’en pense.
d’Orb e s SON.
Je lui dois beaucoup. Il est tems que je m’acquitte avec lui. Ceci le.
’Vos enfans ne mettront jamais de bornes nia votre autorité , nia votre reconnoissance. Jusqu’à présent il vous a honoré comme un père , et yous l avez traité comme un de vos enfans.
d’Or BESSO N.
Ne sauriez-Vous point ce que je pourrois faire pour lui ? Ceci le.
Je crois qu’il faut le consulter lui -meme Peut-être a-t-il des
idées.... Peut être... Quel conseil pourrois-je vous donner ?
d’ Orbe sson.
Mon frère m’a dit un mot.
G e c île, avec vivacité .
J’ignore ce que c’est ; mais vous connoissez mon oncle* Àh ! mon père , n’en croyez rien.
d’Orbesson.
Je quitterai donc la vie sans avoir vu le bonheur d'aucun de mes enfans...,
wi i-iTHiini trin iinriri .** Tmin'in miw— wy»