‹ Le père de la zoologie françaiseChapitre 8 sur 13 · Op. cit.^ lib. XIV, c. XXXIIT · texte numérisé non relu

Op. cit.^ lib. XIV, c. XXXIIT

5. « Pétri Gyllii liber summarius de Gallicis & Latinis nominibus piscium massiliensium.» (0/7. cit., pp. 549-699.)

PIERRE GILLES D’ALBL

listes polyglottes, tout en attestant l’étendue des enquêtes instituées par le naturaliste -voyageur

Ce chapitre particulier est dédié à Jacques Colin, abbé de Saint-Ambroise de Bourges : Lïtterarum ac hiimani ojficii péri:tîssimo Domino Jacoho Colino^ Divî Amhrosii Ahhati, Lecteur, secrétaire & grand aumônier du Roi, Jacques Colin avait pris une part active à l’institution du Collège de France, 8c Gilles suppliait ce personnage influent, qui avait bien voulu s’intéresser à son travail, d’intercéder aussi en faveur de Marseille, auprès de François 1®*“ : Ut pro dignitate urhis veterem sedem studiorum reponat^ antîquum Musarum domicilium res-^ tituaU.

Mais c’est au Roi lui-même qu’il fait hommage de son volume à l’instigation de Georges d’Armagnac, derrière lequel il s’abrite humblement, au commencement de la longue préface qui ouvre le gros livre façonné par lui dans les aspérités des roches du Rouergue^ — în asperïtatibus saxetorum Rute-nensium.

Si les moyens d’action du savant homme égalaient sa bonne volonté, ce n’est pas seulement en Gaule, mais jusqu’aux extrémités des terres qu’il voudrait poursuivre ses études. S’il pouvait vivre avec sécurité « au milieu des ennemis de notre Religion », il aurait déjà visité toutes les nations grecques pour voir par lui-même les poissons dont les noms lui ont été donnés par des pêcheurs, caboteurs ou pirates, à Venise, à Gênes, à Marseille. Si quelque sûr commerce pouvait être entretenu avec la « si perfide Barbarie », il aurait par terre ou par eau parcouru « la cruelle Afrique ».

1. Gilles a bien soin d’ailleurs de nous prévenir que c’est à Venise, à Gênes & à Marseille qu’il interrogeait ces informateurs exotiques : « Ab iisdem Græcis, sive piscatoriam, sive naviciilariam, sive pyraticam facientibus Venetiis, Januæ & Massiliæ curiosè percunctatus essem. » (^Préface, p. 6.)

2. Cf. A. Lefranc, Histoire du Collège de France depuis son origine jusqu'à la fin du premier Empire. Paris, 1892, pass» — Voir la lettre de Gilles à Colin. (.Op. cit.^ p. 547.)

3. « Gallorum Régi Francisco, non modo nomine primo Francorum Regum, sed humanitate cæterisque regiis virtutibus longe omnium gentium memoriæ nostræ principi. Petrus Gyllius S.»(0^. c/L, pp. 3-i6.)

l8 LE PÈRE DE LA ZOOLOGIE FRANÇAISE.

Mais l^effort qu'un simple particulier ne saurait entreprendre, un grand roi peut le soutenir, comme fit jadis Alexandre, ordonnant qu'on recueillît partout pour Aristote les matériaux d'étude les plus variés. '

Et Gilles propose au Roi d'organiser une vaste enquête sur l'histoire naturelle tout entière : Te projecto è regîa dîgnîtate non præstantus quicquam effcere posse^ quam si quihusdam neque indoctîs neque segnîbus id dederis negotiî^ cum ut totius naturalis historiæ novam periclïtationem^ tum vel maxime hestiarum Galliæ^ aquatilium^terrenarum^ volatilium^nomina^ mores^ 6* figuras scriptis persequantur ^ neque amplius tam valdé peregrina animalia ex novo orbe deportata admiramur^ ut nostrorum vim contemnemus, Enimvero quot ^gregii pisces in littorïbus tuis errant^ non in vulgus solum ignotiy sed ne scriptoris quidem ulla notatione animadversi? Quot item aves^ quorum nomina in summa omnium ignoratione versantur^ in conspectu nostro lapsus exercent? Quot etiam terrestres bestiœy quarum spissè ac vix domesticarum nomina tenemus?.^.

Les biographes de Pierre Gilles ont admis que cette épître au Roi, si remarquable à certains égards, avait contribué à faire donner plus tard au naturaliste-voyageur la mission qui le conduisit en Orient. Mais c’est seulement en 1544, ainsi qu’on le constatera plus loin, que Gilles fut envoyé à Constantinople par ordi'e de François & il est assez probable que l'éprtre de i535 devait être bien oubliée quand cet ordre de départ fut transmis, neuf ans plus tard, à Georges d’Armagnac.

Ce dernier était alors depuis longtemps déjà* en Italie. Il avait succédé à Georges de Selve, évêque de Lavaur, comme ambassadeur à Venise au commencement dé iSSy*, &, trois ans plus tard, était passé à Rome avec les mêmes fonctions. Gilles avait suivi son maître, nous le trouvons s’attardant

I. On connaît une lettre de Rabelais à Geoffroy d’Estissac, datée du 28 janvier i536 (v. st.), qui contient ce passage : « J’ai entendu que M. de Lavaur, qui estoit ambassadeur pour le Roy à Venise, a eu son congié & s’en retourne en France. En son lieu va M. de Rhodez & jà tient à Lyon son train prest quand le Roy lui aura baillé ses advertissemens. » ; •

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quelque peu à Venise vers la fin de 1540', dans une des lagunes peut-être, où l’attiraient des animaux inconnus '.

Les grands voyages de Pierre Gilles en Orient, qui ont sauvé de l’oubli sa mémoire, commencent avec l’année 1544. Cette date précise repose, tout à la fois, sur le texte de l’inscription funéraire de Saint-Marcel, reproduit au commencement de ce travail, sur une lettre de Georges d’Armagnac, dont je donne plus loin la teneur. D’ure part, en effet, la* onzième ligne de l’épitaphe de Gilles, rédigée en i555, mentionne ses longues pérégrinations de on-^e années plus ou moins :

POST LONGAS ANNORVM PM XI PEREGRINATIONES^

1. Guillaume Pellicier, qui vient de succéder à d’Armagnac à Venise, écrit à celui-ci le 28 novembre 1540, à propos de Gilles : « Monsieur' quand est de M, Gillius, il y a environ ung mois ou six semaines-qu’il se partit d’icy, sans se déclairer à homme que ie scaiche la part où il alloit; & depuys de luy n’ay eu aulcunes nouvelles. Si je le veois premier que vous, ou sçay où il est résident, je ne fauldrai luy faire entendre le contenu de ce que m’en escripvez. (Tausserat-Radel, Correspondance politique de Guillaume Pellicier^ ambassadeur de France a Venise^ 1540-1542, publiée sous les auspices de la Commission des Archives diplomatiques. Paris, 1899, in-8®, p. 179.)

2. C’est probablement au cours de ce dernier voyage à Venise qu’il a fait la connaissance de Conrad Gesner, alors âgé de vingt-quatre ans.

« Pétri Gillii, optimi sane & doctissimi viri, cujus ego olim humanitatem Venetiis sum expertus », écrit le naturaliste de Zurich, dans la préface de son Elien.

3. Dans la copie de i56i, souvent réimprimée (voir plus haut, p, 7), on lisait à cette place :

POST LONGAS ANNORVM PLUS XL PEREGRINATIONES.

(« Pétri Gyllii de Topographia Constantinopoleos & de illius antiquitatibus libri quatuor. Ad. Keverendiss, & Illustriss. D. Georgium Cardinalem Armaignacum. » Lugduni. Apud Gulielmum Rovillium. Sub Scuto Veneto, MDLXl, in‘4®.) Et c’est ce qui a autorisé de Thou à-parler des quarante années de voyages, si invraisemblables qu’elles 4)ussent être.

vPlus n’est besoin de réfuter cette thèse, qui ne repose que sur une erreur de transcription commise, six ans à peine après l’inhumatioa de

dont elle fait par conséquent remonter le début à 1544. D’autre part, on peut lire dans le recueil de Ribier' cette lettre de Georges d’Armagnac, assignant approximativement la même époque au départ de Gilles en Orient.

Au Roy.

Sire,

Il y a environ trois ans qu’il pleut au feu lloy de sainte mémoire envoyer un des miens à Constantinople & autres lieux de Grèce, chercher & amasser des livres anciens pour l’accomplissement de sa librai- .rie; il y a mis si bonne diligence, qu’il en a arresté un grand nombre & l’eust envoyé par delà, si les deniers que ledit Seigneur avoit ordonné, lui eussent été délivrez. Parce, Sire, que ce seroit dommage de perdre si grand trésor à faute de si petite somme, i’ en ay bien voulu donner cet advertissement à vostre Maiesté, pour en entendre son bon plaisir, & suivre entièrement son Saint Vouloir. M. de Mascon* qui est auprès de vous, a conduit cet affaire; il vous en pourra donner plus certain advis, & à moy déclaration de vos commandemens, lesquels attendant, ie vais continuer mes prières à Dieu pour vostre santé & prospérité. De Rome ii Janv. 1547.

Le cardinal d’Armagnac.

Trois ans après son départ pour l’Orient, & François étant mort depuis quelques semaines (i5 mars 1547), Gilles avait avec succès accompli la mission dont il était chargé. Mais les frais n’étaient pas couverts & l’argent, promis au nom du Roi, n’avait pas été remis au pauvre voyageur^. Pas d’argent, pas de livres!

Gilles, & reproduite indéfiniment depuis lors. Il y a bien sur la tombe P(lus) M(inus) XI; M. l’abbé Dufresne a bien voulu s’assurer de l’exactitude de cette lecture de Vincenzo Forcella. (Voir plus haut, p. 6.)

1. G. Ribier, Lettres & Mémoires d'Estat des Roys^ Princes, Ambassadeurs & autres Ministres sur les régnes de François Henri II & François II. Paris, 1661, in-f°, t. II, p. 99.

2. Pierre Duchâtel, successeur de Jacques Colin, évêque de Tulle» puis de Mâcon.

3. Le témoignage du cardinal se double de celui de Gilles lui-même. En tête de la lettre déjà citée, écrite d’Alep en avril 1749, il particulièrement affirmatif. « Postquam Franciscus Rex me prius reliquit, quam ad ullos eius nummos pervenissem, quorum spe veneram in Græciam ad codices antiquos investigandos, ac etiam obiter cognitioneni

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Duchâtel ne paya point, Sc voilà comment les manuscrits de Gilles nont jamais été déposés à la bibliothèque de Fontainebleau !

Quelques-uns sont cependant venus à Rome, avec d’autres objets envoyés au cardinal j on connaît par exemple un manuscrit du Demetrîos^ publié à la suite de l’édition posthume d’Elien, de i562, 8c qui est de la main de Christophe Awer, le copiste du cardinal d'Armagnac ' .

Constantinople est le centre principal des opérations de l’entreprenant voyageur^. Tout l’attire, dans cette capitale qui fournit les éléments les plus variés à sa curiosité; ce sont des monuments antiques à explorer Sc à décrire, des mœurs curieuses à observer, des animaux étranges, éléphant"^, hippo-

historiæ naturalis. » Je pourrais encore citer, entre autres passages, celui qui termine la Topographie de Constantinople dont il sera question plus loin.

Que peuvent valoir les assertions contraires d’André Thevet, en présence d’affirmations aussi nettes ? Ce dernier a prétendu, à diverses reprises (cf. Cosmographie universelle , Paris, 1875, in-f®, t. I, f® 625, t. II, f° 261, &c.), que Gilles avait reçu 600 livres du roi pour ses frais de mission. Cette somme a pu être promise, il est certain qu’elle n’a jamais été versée !

1. Ce volume est le seul qui rappelle les voyages de Gilles dans les manuscrits du roi. (Boivin, ap. L. Delisle, op . cit,^ t. I, p. 160. — Cf. H. Omont, Inventaire sommaire des manuscrits grecs de la Bibl» Nat, Introd., p, XXXVII. Paris, 1898, in- 8®.)

2. Le peu que nous savons du voyage de Gilles en Turquie & en Grèce se trouve consigné dans son Bosphore & sa Topographie de Constantinople. (Pétri Gyllii, de Bosporo Thracico, lib. III. Lugduni, apud Gulielmum Rovillium, sub Scuto Veneto, i56i, in-4" de 263 pages. — Id. « De Topographia Constantinopoleos & de iliius Antiquitatibiis, libri IV. Ad Reverendiss. & Illustriss. D. Georgium Cardinalem Armaignacum. » Lugduni, apud Guillelmum Rovillium, sub Scuto Veneto, in-4® de 245 pages. — Le privilège de ces deux ouvrages est du 28 décembre i558.)

3. Il y prend ses quartiers d’hiver... « Semel... & iterum vidi Bosporum Sinum nominatum Cornu, ab ostiis fluminum ad Galatam coi*,glaciatum, non quidem glacie quæ sustineret homines, sed tamen tanta, ut scaphæ^ ultro citroque commeare non possent, nisi remis ante glacies frangeretur. » (^De Bosporo^ lib. I, c. iv.)

4. Cf. « Æliani de historia animalium libri XVII, quos ex integro ac

potame', 8c surtout une mer d’une surabondante richesse*. Les pelamides qu’on y pêche suffisent à toute la Grèce, & les écailles des huîtres savoureuses forment à certains moments des tas énormes dans les rues de la ville.

Gilles visite en détail les rives du Bosphore, qu’il mesure Sc qu’il décrit. Il parcourut non sans danger la Thessalie Sc la Grèce, la Médie, la Mysie, la Cilicie, 5cc., Scc. Un jourj les gens de Coryce le jettent en prison comme espion; un autre jour, les Turcs l’expulsent brutalement du Parthénon ou il s’était glissé.

Thevet l’accompagne souvent durant ces trois années («544i547) Sc il nous a notamment conservé le récit d’une exploration qu’ils firent tous deux aux ruines de Chalcédoine.

« Petrus Gillius, homme excellent de grand sçavoir, lequel pour la seule occasion de remarquer les choses les plus rares de ce même païs avoit esté envoyé avec bonne pension^ par ce grand Roy François premier du nom, 8c pour faire amas entre ce peuple de quelques vieux livres grecs antiques 8c autres 5 cest homme, dis-je, amateur de toute vertu, me voyant convoiteux des choses dignes d’estre veües, me mena 8c associa le premier, moy qui n’estois qu’un simple philosophe, visiter ce païs 8c terre asiatique. Or, ès ruines de Chalcédoine nous trouvasmes plusieurs médalles bien fort antiques : 8c entre autres il en eut deux , où le nom d’un Argias Mégaréen estoit gravé en assez belles lettres grecques. Et qui plus est, il nous fut facile de visiter à notre aise telles médalles : veu que le Grand Seigneur faisoit tirer de la pierre des fondemens, pour faire bastir sa Mosquée 8c Hospital, au plus beau lieu de

veteri exemplari Græco Petrus Gillius vertit,unà cum nova elephantorum descriptione. » Lugduiii. Apud Gulielm. Rovillium, sub Scuto Veneto, MDLXII,iii-8°, p. 5i3.

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