‹ Le père de la zoologie françaiseChapitre 9 sur 13 · Ibid.^ p. 6i · texte numérisé non relu

Ibid.^ p. 6i

2. « Piscium copia excellit Massilia, Tarentum, Venetia, sed omnia superat Bosporus, quo velut per portam duplicis maris pisces transire soient... tantaque multitudine, ut primo cuique magnum piscium numerum capere & ferire liceat. » (Z)e Bosporo, lib. I, prœm,)

3. On a vu plus haut que les intentions du Roi n’avaient pas été exécutées.

PIERRE GILLES D’ALBI

Constantinople, Tuii des plus somptueux St superbes édifices de Tunivers »

Cependant, le roi François vient à mourir (3i mars 1547) sans que les premiers arrérages de la pension dont parle Thevet aient été envoyés à Gilles. Les revenus de son bénéfice lui ont manqué^- au moment où il se disposait à repasser en France, sa mission terminée^. A bout de ressources, Sc toujours ardent, malgré ses quarante -sept ans, l’explorateur s’enrôle dans Tarmée turque pour la guerre de Perse, à lage où, d’ordinaire, les vétérans vont prendre leur retraite, qua veterani emereri soient. Mais Gilles voit, dans cette campagne, une occasion inespérée d’élargir considérablement le champ de ses études. Il est, d’ailleurs, à certains égards, admirablement préparé : il connaît notamment, mieux que personne, la géographie ancienne des contrées que l’on doit parcourir, Sc il citera de mémoire, au courant de la plume, avec une incroyable netteté, dans sa lettre du 2 avril 1049, les historiens 8c les géographes grecs ou latins qui ont nommé quelque localité antique, identifiée au passage avec une étonnante précision par le très savant voyageur.

L’armée turque s’est rassemblée en mars 1648 à Scutari, 8c elle s’ébranle le 29 de ce mois dans la direction de l’Lst. Elle entre en Bthvnie, par Diacibysa, l’antique Libyssa, célèbre par la sépulture d’Annibal, passe à Nicomédie, gagne la Phrygie , la Paphlagonie, la Cappadoce, se répand entre Sinope Sc Savatz,8c, après avoir franchi l’Araxe, puis le Tigre,

1. La Cosmographie universelle d’André Thevet, cosmographe du Roy. Paris 1675, in-f», liv. VIII, ch. ix, t. II, 261.

2. « Pétri Gillii ad amicum Epistola. » (Burmann, Sylloges Epistolarum^ t. II, p. 232.) Cette lettre est datée d’Alep, 2 avril 1649. avais transcrit une ancienne copie dans la collection Dupuy, à la Bibliothèque nationale (t. XVI, f» i) avant de la retrouver dans le recueil publié à Leyde, par Burmann, en 1727. Elle a été vue par ToHius (App. au livre de P. Valerianus ; De Infelicitate litteratorum^ p. 455), mais inexactement interprétée par lui. Niceron, puis les continuateurs de Moréri, y ont fait de courts emprunts, mais sans en indiquer la source. (Niceron, op. cit,, t. XXIII, pp. 405-406. — Moréri, éd. de 1789, v° Gilles.)

3. « Jam annus est, cum in Galliam redire maxime conabar, si nummi ex sacerdotio meo mihi hoc tempore affulsissent... »

s’engage dans les défilés du Taurus, que les Persans avaient négligé d’occuper. C’est un peu au delà, près de Biblis, qu’il arrive de nuit au pauvre milicien une aventure des plus pénibles : Hœc nox tyrocïnïum militiœ mece valde exercuît. Une panique effroyable met subitement en déroute les troupes du Sultan j on prend à Gilles son cheval Si son équipement Si il lui faut'fuir à pied, une nuit entière, parmi des milliers de cavaliers galopant éperdus. L’Albigeois s’en est tiré sain Si sauf. Si, quatre jours plus tard, il est avec ses compagnons au camp devant Tabriz. Le château de Van est pris : une diversion du Sophi ramène en Arménie les troupes du Grand Seigneur, Si, après un certain nombre de marches Si de contremarches à travers la Mésopotamie Si la Syrie du nord, Pierre Gilles vient prendre ses quartiers d’hiver vers Alep.

L’ambassadeur de France auprès de Soliman, Gabriel de Luetz, baron Si seigneur d’Aramon Si de Valabrègues, avait fait la campagne avec un train de maison considérable, à la droite de l’armée turque*. Pendant la route de retour, il avait ramené, dans le but de l’offrir au roi Henri II, un jeune éléphant, avec son cornac, qu’il avait obtenu d’Elqas Mirza, frère du schah de Perse, Si Gilles s’était arrangé de façon à cheminer en compagnie du curieux animal, afin de mieux en observer les caractères, les allures Si les mœurs. Il a condensé ses remarques dans une lettre de quelques pages à d’Arma^ gnac, imprimée à la suite de l’édition à.'Elien donnée à Lyon en i562 Les passages dans lesquels il décrit le caractère, les jeux, les attitudes du jeune animal, où il analyse sa marche, Si fait connaître les exercices auxquels il est déjà dressé, sont particulièrement remarquables. Si ces observations, qui détrui-

1. Cf. Le voyage de M. d'Aramon, ambassadeur pour le Roy en Levant^ escript par noble homme Jean Chesneaii, l’iin des secrétaires dudict seigneur ambassadeur, publié & annoté par M. Ch. Schefer, membre de l’Institut. (Kec. de Voy. & Docum, pour servir à Vhîst, de la géogr. depuis le trei'^ieme jusqu à la fin du seizième siècle^ t. VIII, pp. 25, 53, 37, 59, 102, io5, &c. Paris, Leroux, 1887, gr. in 8°.;

2. « Elephanti nova descriptio, missa ad Reverendissimum Cardinalem Armaignacum, ex urbe Berrhoëa Syriaca , authore Petro Gillio. » (0/>. cù., pp. 499-514.)

PIERRE GILLES D’ALBI

sent parfois de grossières erreurs des anciens, n’ont pas été surpassées dans leur élégante précision.

L’animal vint à mourir, St Gilles n’eut pas de peine à obtenir qu’on lui permît d’en faire l’autopsie : il a pu ainsi mesurer attentivement la bête, étudier St décrire avec minutie ses viscères, ses yeux, ses défenses, ses molaires, ses pieds', St rapprocher ces renseignements de ceux qu’il avait recueillis naguère sur les places de Constantinople.

L’ambassadeur emmena Gilles avec lui à Damas, puis k Jérusalem, St de là au Caire St à Alexandrie (juillet*septembre iSqq). C’est au Caire qu’il recueillit les éléments d’un chapitre sur la girafe, de Chamelopardali^ qui fait partie de sa dernière lettre au cardinal^. Il avait vu trois de ces animaux, alors presque inconnus, St en avait exactement mesuré un 5 il dépeignit avec clarté les principaux caractères de l’espèce, St envoya à son protecteur, par l’entremise de marchands marseillais, une peau « chose rare St digne d’un roi », pellem Chamelopardaleos raram 6* Tege dignam^.

L’envoi comprenait, en outre, la queue d’un bœuf de rinde, servant de chasse-mouches aux Persans St aux Turcs"^, des cuirs d’hippopotame St d’éléphant marin, St des cages renfermant un ichneumon vivant St des rats d’Arabie St d’Égypte

L’hippopotame, pris dans le Nil, n’avait pas été vu vivant; mais sa peau servait de prétexte à une description détaillée d’un autre amphibie de même origine, rencontré précédemment à Bjzance^. L’ichneumon’, qui était privé, très gentil St très doux, venait aussi des bords du Nil; Gilles le protégeait du froid sur sa poitrine, en descendant le fleuve, par Foua, vers Alexandrie. Quant aux rats d’Arabie, il les avait fait prisonniers sur les flancs du mont Sinai“7; enfin, l’éléphant marin

1. « Elephanti nova description &c. », cap. l à v, pp. 5o6-5ii

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