CHAPITRE m
Les premières années d'apostolat. — A Londres. — A Saint- Jacques-du-Haut-Pas. — A Saint-Gerrnain-des-Prés. — A Lille. — Les conférences de Nancy.
Le 16 juillet 1865, le P. Didon était assigné au couvent de Paris. Un décret du Maître général de rOrdre venait de rétablir la province de Toulouse. Le couvent de Saint-Maximin, le couvent de Marseille et les autres couvents du midi cessaient d'appartenir à la province de France, et les religieux désirant faire partie de la première province fondée par le P. Lacordaire, furent envoyés dans l'une ou l'autre des maisons installées dans le Nord. On désigna Paris au P. Didon. C'était le lancer en plein champ de bataille apostolique. Nulle part, en effet, les prédications ne sont plus nombreuses qu'à Paris; et nulle part, les intelligences ne sont aussi éveillées sur les questions intéressantes de la religion, de la philosophie, de la science ou de la politique. Le milieu parisien convenait au P. Didon, parce que
ce milieu est un excitant pour les esprits qui réfléchissent, qui jugent et qui discutent. D'autre part, le P. Didon convenant à ce milieu, parce qu'il possédait une raison solide, une imagination contenue et une parole dqniinatrice.
La première prédication importante, confiée au jeune prêcheur, fut la station de Londres, à la chapelle française, pendant le carême de Tannée 1866. — k cette époque, Thumble chapelle de Baker-Street avait un auditoire d'élite. Nos ambassadeurs et les attachés d'ambassade ne dédaignaient pas d'assister aux cérémonies religieuses, et ils coudoyaient, en s'asseyant sur les chaises de la chapelle , les fils et petits-fils du roi Louis-Philippe, alors en exil sur le sol anglais. Les princes venaient s'agenouillera côté des autres Français, croyant retrouver pour un instant la patrie, en mêlant leurs prières aux prières de quelques-uns de leurs compatriotes, dans les manifestations du culte catholique.
Le P. Monsabré avait prêché cette station quadragésimale en l'année 1865 et le P. Didon, succédant au P. Monsabré, ne se montra pointinférieur à son devancier, ni au point de vue doctrinal, ni au point de vue oratoire. La reine Marie-Amélie, veuve du roi Louis-Philippe, invita le jeune dominicain a donner, tous les vendredis une instruction particulière, à sa chapelle privée de Claremont. Ce sermon du vendredi avait pour auditeurs,
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non seulement la reine et son entourage, mais aussi les princes et princesses qui résidaient dans le voisinage. Le prédicateur dinait ce jour-là au château. C'est dans une de ces visites que le P. Didon, présenté au comte de Paris lui adressa ces aimables paroles : Monseigneur, on pense à vous de l'autre côté du détroit. Le comte de Paris répondit avec une pointe de aialice : Mon Révérend Père, je suis heureux de Tentendre de votre bouche.
La reine Marie-Amélie, déjà âgée, mourut avant la fin de la station quadragésimale. Elle expira dans la nuit du vendredi au samedi saint, et le P. Didon assista à ses funérailles. Au moment de quitter Londres, le jeune dominicain reçut des mains du duc de Nemours un magnifique missel en souvenir de Claremont et en témoignage de sympathique reconnaissance. Un jour que le P. Didon me racontait son séjour à Londres et ses rapports avec la famille royale et son compliment au comte de Paris; je lui dis : il me semble qu'en ces circonstances vous avez un peu compromis votre républicanisme! — Oh ! me répondit-il : pouvais-je parler et agir autrement, sans manquer aux lois du savoir-vivre!
Quelques mois après son retour de Londres, le P. Didon allaen Belgique, évangéliser les habitants de la ville de Liège. On sait que Liège se glorifie d'avoir été l'initiatrice de cette grande solennité
catholique que Ton appelle la Fête-Dieu, et des triomphales processions qui se déroulent dans les rues de nos villes et de nos villages, au mois de juin de chaque année. En 1866, les Liégeois firent appel à Téloquence du P. Didon pour exalter ce souvenir de leur histoire religieuse et pour célébrer, comme il convient les gloires du Dieu de l'Eucharistie. Le jeune orateur s'acquitta supérieurement de cette tâche, puisqu'on l'invita à revenir prêcher à Liège, pour le mois de décembre suivant.
Dans l'intervalle de ces grandes prédications, le P. Didon avait porté la bonne parole aux étudiants catholiques de la paroisse Saint-Sulpice. Il leur avait prêché la nécessité de la foi, l'amour de Jésus-Christ, Pintelligence des temps présents, le devoir de l'Espérance, et l'obligation de choisir entre Dieu et l'homme. Le Père avait aussi porté la bonne parole aux premiers communiants de l'école d'Arcueil.
En 1867, le jeane prédicateur donna sa première station de carême à Paris, dans la paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. 11 attira tout de suite l'attention publique, et tout de suite il suscita des enthousiasmes. Il prit pour thème de ses discours la Foi chrétienne et Vétat de cette foi clans les âmes contemporaines. Il constata chez les hommes de son temps ce qu'il appelait l'hébétement du sens religieux ou l'absence du goCit pour
les choses de Dieu, puis Tégoïsme, le sensualisme, la mollesse des caractères. Il constata aussi la fragilité des convictions, fragilité cédant au moindre obstacle, l'engourdissement léthargique d\ine foi qui restait inerte et sans action, l'alTaiblissement de cette lumière de vie qui n'éclairait plus rien, la stérilité dans les ceuvres; et il s'efforçait, par la chaleur de sa parole, de réveiller Tesprit chrétien. Il poussait les âmes à la pratique des œuvres de la foi, à l'étude des mystères et des vérités de la foi, à l'éducation dans la foi. — Les auditeurs furent séduits par la portée philosophique des idées, autant que par la forme élégante de l'expression et par la chaleur communicative du débit.
Un journal du temps, le Figaro^ signala, par la plume d'un de ses rédacteurs, l'astre qui se levait: (( Le P. Didon est une étoile qui se lève! Il est (( dominicain, et comme tant d'autres membres (( de son Ordre, il nous semble destiné à porter (( haut la réputation d'éloquence des Frères Pre- « cheurs. Son début a pris les proportions d'un « événement. Il prêche dans le quartier des (( écoles, et peu d'hommes savent mieux que lui (( comment il faut parler à la jeunesse. Je n'en « connais point qui rappelle davantage la manière « de Lacordaire, son maître. Il en possède, à « un degré moindre sans doute, mais déjà re- '( marquable, la diction élégante, la parole origi-
nale, Tàrt suprême du débit, rinstinct du geste perfectionné par Fart et la portée philosophique de ridée; ajoutez, la chaleur communicative du sentiment. Le chérubin d'Isaïe a pris un charbon ardent sur l'autel : il en a touché la lèvre vibrante et inspirée du jeune orateur.
Adressée aux hommes de l'avenir, la première conférence du dominicain portait sur un grand sujet : ce qui faitThomme. Nous souhaitons au nouveau prédicateur une bienvenue sympathique, et nous saluons en lui une des plus brillantes espérances de la chaire moderne, en disant h ce disciple de Lacordaire : Tii, Marcellus eris ^ ! »
Il n'arrive pas souvent aux journalistes de faire des prophéties qui se réalisent. Mais ce jour-là, le Figaro fut bon prophète. L'étoile naissante grandit et monta dans les hauteurs du firmament, en devenant de jour en jour plus lumineuse et plus éclatante.
Pour échapper aux bruits de gloire qui commençaient à troubler le silence de sa cellule, le P. Didon se vouait volontiers à des prédications moins bruyantes, comme par exemple, les premières communions ou les retraites à des jeunes gens. Dans ces entretiens intimes, son âme jeune encore exhalait plus librem.ent ses parfums de
1. Le Figaro du 9 août 1867, sous la signature de Louis Enault.
piété et de poésie. Au mois d'octobre de cette année 1867, il vint au collège d'Oullins, près de Lyon, pour la retraite qui ouvre Tannée scolaire, et il y parla du devoir, de la tentation, delà chasteté, des fins dernières, de la vie chrétienne, avec des accents qui rappelaient ceux du P. Lacordaire.
Pendant Tannée 1868, Tactivité apostolique du jeune dominicain fut beaucoup plus grande. Nous le voyons d'abord, dès le mois de février, monter dans la chaire de Saint-Germain-des-Prés et y prêcher une station du Carême avec le même succès que Tannée précédente à Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Les sermons qu'il prêcha pendant ce carême n'ont pas été conservés, sauf le discours sur le^ Moines et leur rôle social: discours qui fit une grande sensation et qui est encore, à Theure présente, d'une poignante actualité. Le P. Didon se pose deux questions : 1" Qu'est-ce qu'un moine? 2° Quel rôle prétend remplir dans notre siècle ce survivant d'un âge que certains voudraient voir à jamais oublié? A la première question il répond que le moine est un homme ayant la passion de TJnfini; s'enfermant dans son couvent comme dans une prison, pendant que les autres hommes vont à leurs plaisirs ; vivant de macérations et de sacrifices, pendant que les autres vivent des joies mondaines; et s'obstinant à regarder le ciel, pendant que les autres regardent la terre. Cette
passion de Flnfini oblige les moines à plusieurs sacrifices nécessaires ; d'abord au sacrifice de la richesse, car ils font vœu de pauvreté, ensuite au sacrifice de la famille charnelle et de Tamour conjugal : car ils font vœu de chasteté ; et enfin au sacrifice de leur indépendance, car ils font vœu d'obéissance.
Et le P. Didon insistait audacieusement sur ce dernier sacrifice. « Vous vous récriez, peut-être, (( dit-il, je frémis moi-même. Eh! bien, oui. Le « moi me sera pris, comme tout le reste, avec ma « liberté, et, après avoir répudié tous mes biens, « renoncé même aux chastes amours, l'obéissance « dont je ferai le vœu, ne me laissera que l'escla- « vage. Le moine est un esclave, en effet, et c'est « son dernier nom. Je me trompe : il en est un
plus beau : le moine est moins qu'un esclave... « il est un cadavre, jj»<?rmc/<? ac cadaver. Oui, un « cadavre, et c'est le dernier, le vrai nom de ces « natures énergiques et tendres que l'amour di- (( vin s'est conquises et qu'onappelle des moines : « et prenant ce mot dont ils auront falsifié le vrai « sens et voilé la gloire, certains nous le jetteront « comme une insulte, et nous le reprocheront « comme une trahison envers la liberté. Oh ! res- « pectez les nobles, les saintes passions ! » Et l'orateur se redressant tout à coup, ajoutait : «Après « tout, ces moines sont les plus fiers et les plus in- (( dépendants des caractères. Ils ne s'inclinent tant
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« devant Dieu que pour avoir le droit de rester (( debout devant les hommes, à la différence de ces (( âmes serviles etcourbées, quines'affranchissent « du joug divin que pour s'humilier plus bas, ce '< semble, et ramper devant une idole ou un bras (( de chair. »
« Un tel idéal est fort beau, direz-vous, mais (( ce n'est qu'un idéal. A-t-on jamais rencontré « des hommes qui en aient été la réalisation? oui, « certes, on en a vu pour l'honneur de l'huma- (( ni té... Et le P. Didon citait fièrement : He?iri (( Dominique Lacor claire. »
C'est ainsi que se terminait la première partie du discours. Restait la seconde question à résoudre : à quoi peuvent servir les moines dans nos sociétés actuelles ?
Pour résoudre ce problème, l'orateur évoquait d'abord le passé. « Nous comptons derrière nous « disait-il, seize siècles, pendant lesquels nous (( avons, ce me semble, fourni quelques preuves « de notre vitalité. Avec un tel passé dont la (( longue perspective révèle assez une institution (( de quelque vigueur, ne pourrait-on pas, sans (( fatuité, se promettre quelque avenir, etse croire « appelé à quelque rôle dans le présent? » — On objecte que les moines ont failli, qu'ils se sont affaissés sous le poids de cette nature humaine dont ils dédaignaient les infirmités, et qu'ils sont tombés des hauteurs trop sublimes où ils préten-
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daient vivre. Soit. « Et qui donc n a pas failli ? « Les rois ont failli, la noblesse a failli, le clergé « a failli, le peuple a failli. Nul n'a le droit de « nous jeter la pierre. » Et dansua rapide tableau le P. Didon montrait la part glorieuse que les moines ont prise au développement de la civilisation en Europe. Quand Teaipire Romain s'écroulait sous le poids de sa corruption, les premiers moines, les moines d'Orient étonnèrent le vieux monde par Théroïsme de leurs austérités et l'amenèrent peu à peu à la pratique des vertus Évangéliques. Quand les Barbares, successeurs des Romains s'abandonnaient à la brutalité et à la férocité de leurs instincts, les moines d'Occident, les fils de saint Benoit, réussirent à leur donner lé goût du travail manuel, des arts, des sciences, des lettres et de la moralité. Quand les envahisseurs Musulmans menacèrent l'Europe chrétienne au x" siècle, ce furent encore les moines qui se mirent en avant comme prédicateurs des croisades ; et aussi comme les meilleurs soldats des croisades avec le casque et sous la cuirasse des moines chevaliers.
Après tant de gloires passées, pourquoi le temps présent si tourmenté et si malade trouverait-il les moines en défaut?
Il y a, à l'époque actuelle, trois nécessités qui nous pressent, trois impérieux besoins qu'il faut à tout prix satisfaire, sous peine de voir nos espé-
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rances compromises et l'enfantement si douloureux des temps nouveaux pour toujours retardé. Le premier besoin, c'est la défense de Dieu, de Jésus- Christ, de rÉglise et de Fâme humaine. Tout cela est la base de cette majestueuse civilisation chrétienne, dont nous sommes les fils. Or tout cela est attaqué avec une fureur inouïe. Dieu est nié, Jésus- Christ est découronné de son auréole divine, la morale est ébranlée dans ses fondements par la négation de Dieu et de la liberté ; l'Eglise enfm est mise au ban des choses de ce monde. Qui défendra Dieu et Jésus-Christ et l'Eglise et l'âme humaine? Les prêtres disséminés au milieu de vous, comme des pasteurs dans le troupeau, et avec eux, les moines, les religieux, ces milliers d'hommes organisés pour être les gardiens de toutes les divines choses. — Le second besoin de notre temps, cjest l'éducation du peuple, — Tous aujourd'hui nous voulons pour le peuple, c'est-à-dire la masse des hommes les plus humbles par la naissance, la fortuneet l'éducation, une instruction plus complète, une moralisation plus vraie et une participation grandissante aux affaires du pays. Ce mouvement démocratique, l'un des faits les plus importants de notre âge, qui domine et entraîne presque tous les peuples, est un résultat de l'action sociale du christianisme. C'est l'Evangile qui a délivré le peuple de Lesclavage, de la barbarie et detousles despotismestyranniques; et c'estencore
TEvangile qui le préservera des servitudes humiliantes et des révoltes dangereuses. En dehors du christianisme pas d'éducation possible pour le peuple. Libres penseurs ousceptiques, vous qui ne donnez pas au peuple le Dieu dont il a faim, vous ferez de lui une bête fauve qui sera votre épouvante. Au nom de l'ordre social, au nom de la sécurité de tous, il faut unir l'àme du peuple à Dieu, à Jésus-Christ. Voilà une fiancée et un époux dont les moines ont à bénir le mariage. Le troisième besoin de notre temps, c'est le soulagement des misères corporelles du peuple. Il semble que la souffrance marche de pair dans l'humanité avec la civilisation. En face de l'école, il faut bâtir l'hôpital. Au milieu de nos splendeurs, se multiplient les déshérités de toute sorte, les enfants trouvés dans la boue du chemin, les fous, tristes produits des vices du corps et de l'esprit, les indigents, qui n'ont pas le morceau de pain de la journée, les ouvriers sans travail, demandant le sahaire ou la mort. Qui sera la providence visible de toutes ces douleurs? sinon les religieux et les religieuses. 11 faut choisir entre la charité légale et la charité catholique : l'une avec ses administrateurs habiles et ses rudes infirmiers, l'autre avec ses religieuses dévouées comme des mères; l'une, inspirée pas l'État, l'autre inspirée par Dieu; Lune composée d'hommes à gages, l'autre d'âmes généreuses qui ne veulent être payées que par le
bonheur du dévouement; l'une qui ne soigne que le corps, l'autre qui songera à Tame immortelle. La religion chrétienne avec son Dieu crucifié, peut seule enseigner le culte de la souffrance. Laisseznous donc, nous, moines, qui avons au fond de l'âme la passion de Jésus-Christ, recueillir tous les infortunés de ce monde et leur faire une couche tranquille où, dans leur martyre adouci par Tespérance, ils pourront attendre l'éternelle vie...
Ce discours du P. Didon est certainement un des plus éloquents qu'il ait prononcés. Hélas ! la cause qu'il avait défendue si chaleureusement est loin d'avoir triomphé. Les cloîtres repeuplés sont de nouveau déserts; les robes de bure blanche ou noire ont repris le chemin de l'exil, et les portes des monastères, semblables aux portes des sépulcres sont pour longtemps scellées. L'Etat n'at-il pas exagéré ses droits en dispersant des citoyens qui se groupaient et vivaient ensemble, sans commettre aucun délit de droit commun? La somme des libertés individuelles n'est-elle pas arbitrairement diminuée en France par les lois nouvellement votées et légalement appliquées? C'est un doute qu'il est permis d'émettre; et les instituts monastiques seront peut-être moins sévèrement jugés, quand les passions actuelles se seront apaisées, et quand les idées de justice et de tolérance auront plus profondément pénétré dans nos mœurs.
Dans les mois qui suivirent la station qiiadragésimale de Saint-Germain-des-Prés, le P. Didon se voua, selon son habitude, à quelques modestes prédications aimées. Il prêcha la première communion aux petits entants de la paroisse Saint- Antoine, de Compiègne, et il se lia d'amitié avec le Curé, l'abbé Lécot, depuis évêque de Dijon, et cardinal et archevêque de Bordeaux. Il prêcha aussi la première communion à la cathédrale de Soissons, et on en a gardé longtemps le souvenir : « Vous allez faire votre première communion, (( disait-il aux petits enfants. C'est le plus grand, (( le plus beau, le plus doux des jours de votre vie. « Les autres jours, vous les oublierez : ils passe- « ront comme les nuages au ciel, sans rien lais- (( ser, pas même un souvenir. Mais cejour ne pas- (( sera pas, et quoi que l'avenir vous réserve, du « fond de votre vieillesse, si Dieu vous destine à (( vivre longtemps ; du milieu des orages susci- (( tés par vos passions : ou dans les tourbil- (( Ions des affaires, où une liévreuse activité vous (( engagera; vous ne vous lasserez pas de jeter « les yeux en arrière et de contempler ce jour pri- « vilégié... »
Vers la lin de cette année 1868, le P. Didon inaugura des conférences d'hommes, dans la ville de Nancy, sur l'invitation de Tévêque, W' Foulon. Ce genre de prédication convenait tout à fait à son talent. 11 aimait à s'adresser aux hommes, parce
qu'il aimait à traiter les grands problèmes religieux, en faisant descendre la lumière des hauteurs de la philosophie et de la science. Devant les auditoires mêlés des stations quadragésimales, il était obligé d'aborder des sujets s'adaptant à la multitude variée des fidèles et il lui fallait traiter ces sujets de façon à être compris de tout le monde, tandis qu'en s'adressant à un auditoire exclusivement viril, il pouvait monter à son aise sur les cimes de la pensée et planer en plein firmament divin. L'auditoire viril ne le perdait pas de vue et montait avec lui. Donc le père accepta de grand cœur l'offre que lui fit Téveque de Nancy. Celui-ci écrivait aux membres de son clergé ; à la date du 22 novembre 1868 :
Monsieur le Curé,
Nos vénérables prédécesseurs ont souvent exprimé le vœu que des conférences dogmatiques sur les principales vérités de la religion, pussent être faites dans la ville épiscopale, à certaines époques de l'année ecclésiastique. Ce vœui avait reçu, il y a quelques années, un commencement d'exécution, et nous savons qu'il ne devait pas tarder à être pleinement accompli. C'est un devoir pour nous de recueillir rhéritage complet des pieux desseins des prélats éminents qui nous ont précédé; aussi, nous inspirant de leurs intentions élevées et de
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leur zèle pour le salut des âmes qui nous sont confiées, nous avons résolu de fonder à notre tour, ce mode d'enseignement de la vérité catholique qui a si pleinement réussi ailleurs... etc.
Dix jours après la publication de cette lettre, le P. Didon prêchait la première conférence. Voici le plan auquel il s'était arrêté : Il fallait procéder a la reconstitutiQn de la vérité catholique'^. Comment cela? En suivant l'ordre inverse de la démolition et des ruines. Les coups par lesquels l'esprit humain a tenté de démolir et de ruiner la doctrine catholique, disait-il, n'ont pas été frappés au hasard. Certes, il y a une logique dans l'erreur et le mal, comme il y a une logique dans la vérité et le bien. En consultant l'histoire, on peut ramener à quatre actes principaux, tout le travail de la raison anticatholique.
1. — Nous rencontrons d'abord la négation hérétique et schismatique, par laquelle la raison, encore essentiellement croyante et incapable de secouer totalement le joug de l'autorité et de la foi, s'essayait pour ainsi dire à l'émancipation et s'attaquait à des dogmes particuliers. Cette période a duré quatorze siècles. Chaque vérité a dû subir son assaut, et il n'est pas une pierre du temple qui n'ait été ébranlée sous le marteau des démolisseurs.