‹ Le père Didon; sa vie et son œuvreChapitre 9 sur 57 · Lettre ;! M. Fabbé Ginon · texte numérisé non relu

Lettre ;! M. Fabbé Ginon

certains exégètes, protestants ou autres, au sujet des auteurs qui les ont rédigés dans leur forme dernière, les Évangiles ont une valeur intrinsèque extraordinaire. 11 y a là un fleuve d'idées dont on cherche vainement la source sur terre; il y a là des sentiments qui n'ont pas pu faire battre des cœurs purement humains; il y a là des faits et des phénomènes dont la cause adéquate se dérobe à nos yeux et qui sont au-dessus des conditions ordinaires de notre appréciatioD ! — L'Evangile, dans les pages adaiirables qu'il déroule sous nos yeux, nous transporte en plein pays divin. Les régions dont il nous parle ont des parfums, des éclats, des harmonies, qui ne sont plus les parfums, les éclats, les harmonies du monde terrestre; des paysages, qui ne sont plus nos paysages; des horizons qui ne sont plus nos horizons; un soleil qui n'est plus notre soleil, et surtout, quand nous sommes en face de Jésus-Christ, nos yeux rencontrent une physionomie sur laquelle le reflet divin est tellement intense que nous en sommes éblouis et que nous affirmons le Dieu.

Tel est te point de vue auquel se plaça le jeune professeur pour nous faire goûter l'Evangile et nous en faire apprécier l'idéale originalité. Il nous dit des choses d'une poésie intense pour ceux qui savent voir la poésie dans les choses plutôt que dans les mots.

Cet enseignement dura deux ans et fut à peine

interrompu par quelques graves événements. Un jour, le Frère Henri Didon disparut subitement de Saint-Maximin, et nous nous demandions ce qu'il était devenu. On nous apprit qu'il venait de perdre la seconde de ses sœurs. C'était le 13 novembre 1862. L'autre sœur était morte, trois ans auparavant, le 28 mai 1859. Toutes deux avaient été emportées par des maladies de poitrine. Tristes présages pour notre jeune professeur! Quand il revint, il était fort abattu, et il nous raconta les sentiments dans lesquels sa sœur était morte. Il nous parla avec la conviction que l'âme de sa sœur lui était présente et l'inspirait. — Un autre événement important fut l'ordination sacerdotale du Frère Henri Didon. Le samedi des quatretemps de décembre de cette même année 1862, il se rendit àAix, avec plusieurs autres novices, et fut ordonné prêtre par M°'' Chalandon, archevêque de cette ville. Il lui fallut une dispense d'âge pour recevoir la prêtrise ; il avait à peine vingt-deux ans et demi. Il est vrai que la science théologique ne lui faisait pas défaut ; il est vrai aussi que la couronne de vertus dont doit être parée l'âme sacerdotale, se reflétait suffisamment sur son front. — Enfin un dernier événement appartenant à cette période du professorat : c'est la réception du P. Didon, — depuis qu'il avait été sacré prêtre, on lui donnait le titre de Père — c'est, dis-je, la réception du P. Didon au grade de

lecteur ou docteur en théologie, dans le courant de l'année 1863.

Quoiqu'ayant rempli les fonctions de professeur pendant deux ans, il n'avait pas encore eu l'occasion de préparer ses thèses et de se présenter aux examinateurs. Il s'acquitta de ce devoir, comme bien on pense, d'une façon plus que satisfaisante. N'était-ce pas peine inutile, puisqu'on résolut quelques mois après et pour toujours de l'enlever aux fonctions du professorat? Sa santé inspirait de nouveau des soucis. L'avertissement sinistre apporté par la mort prématurée de ses deux sœurs aggravait les inquiétudes et leur donnait une raison d'être. Un glas imaginaire sonna aux oreilles des amis et des supérieurs. On commença à croire et à dire tout haut que la vie sédentaire pouvait être fatale au P. Didon ; que laisser ce jeune homme s'enfermer du matin au soir avec ses livres dans un cabinet, lui si ardent k la besogne, et si facilement absorbé par le travail des idées, c'était ramener h un rapide épuisement. N'étaitil pas préférable de lui donner du repos et de l'essayer à la prédication? Il fut décidé qu'on l'enverrait au couvent de Marseille pendant quelques mois. Il s'y reposa en eiïet, mais point absolument. Des prédications à la chapelle du couvent lui furent offertes : il les accepta de grand cœur et il produisit un etïet auquel on ne s'attendait pas. La clarté, la logique, l'élévation de sa pa-

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rôle charmèrent le petit auditoire. Le prédicateur lui-même se trouvant en contact avec des âmes vivantes qu'il sentait vibrer aux accents de sa voix, prit conscience de sa valeur oratoire, et peu à peu Tentrain, le mouvement, la chaleur qui semblaient lui manquer, se manifestèrent comme par enchantement. C'en était fait. L'orateur venait de naître. Il n'y avait plus qu'à lui ouvrir les chaires de Paris et à lui donner un grand auditoire à secouer.

En attendant, on permit au jeune malade d aller respirer l'air natal. Il partitpourle Touvet, et il y passa plusieurs semaines, à la grande joie de sa mère. La paix absolue du foyer, le repos complet du cerveau, la douce chaleur du nid paternel, le plaisir de revivre sa vie en contact avec sa mère, l'espoir de se dépenser désormais dans une activité plus large et plus féconde, tout cela mit de la vaillance et de la santé dans le cœur du P. Didon. L'aiglon, cette fois, quitta Taire maternelle, tout disposé à s'envoler sur les plus hauts sommets.

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