‹ Le père Didon; sa vie et son œuvreChapitre 18 sur 57 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Avent de Saint-Philippe-du-Roule sur la morale. — Carême de Marseille sur le même sujet en 1873. — Aux eaux de Pierrefonds. — Avent à la primatiale de Bordeaux. — Carême de Marseille en 1874. — Une lettre malheureuse du P. Didon à propos d'un livre sur le Retour du ChrisL — Exil du Havre. — Avent à la primatiale de Lyon sur les fausses doctrines. — Son premier livre : V/wnune selon la Science et la Foi. — Carême de Marseille en 1875. — Fin de Pexil du Havre et retour à Paris. — Vacances à Saint-Brieuc.

La régénération morale de la France continuait à préoccuper le P. Didon. Pour lui, le salut de notre pays dépendait, avant tout, du relèvement des mœurs publiques. Aussi, l'avent qu^il prêcha à Saint-Philippe du Roule, à la fin de 1872, comme le carême de Marseille et Pavent de la primatiale de Bordeaux, en Tannée 1873, furent consacrés à des sujets moraux.

A Paris, le P. Didon signala comme causes de notre abaissement : Tabsence et l'expulsion de Dieu; la corruption de la pensée; le manque de respect; le manque de caractère ; la prévarication des pouvoirs publics; et, indiquant le remède à côté du mal, il enseigna que l'espérance était un

APOSTOLAT A PARIS iOl

devoir, que Teffort et la liitLe morale étaient des nécessités, et que, tout en comptant sur Dieu pour nous redresser, nous devions aussi compter sur nous-mêmes. Dans une retraite qu'il prêcha aux conférences de Saint -Vincent-de-Paul de Saint-Germain-rAuxerrois, à la même époque, c'est-à-dire pendant le mois de décembre, il engagea les hommes à qui il s'adressait, à prendre une part active dans l'œuvre de rénovation sociale. Les croyants, tels qu'il les comprenait, devaient avoir une foi militante et faire du prosélytisme. Il trouvait que, depuis un certain nombre d'années, les catholiques, eux aussi, avaient fléchi, qu'il y avait moins d'élan dans leur zèle, moins d'ardeur dans leur charité, moins d'énergie dans leur bonne volonté et que l'apostolat laïque périclitait. L'œuvre des conférences^ en particulier, lui paraissait déchue de ses origines. Les premiers adeptes de cette société avaient eu Tintelligence de leur siècle; ils avaient été animés d'un esprit martial pour lutter en faveur de la grande cause chrétienne; et ils avaient manié, avec un indomptable courage, l'arme invincible de la charité. En était-il ainsi maintenant?

C'est surtout à Marseille, pendant le carêuie de 1873, que le P. Didon remua le problème moral. Sa première conférence sonna comme un coup de clairon et fut un appel à la lutte. Sa seconde conférence déroula en un tableau saisissant : le

Drame du mal dans la nature humaine. Puis il refit ce qu'il avait fait à Saint-Philippe-du-Roiile, c'est-à-dire qu'il stigmatisa tour à tour la corruption de ]a pensée publique, le manque de respect, rabaissement des caractères, l'égoïsme, le sensualisme. Puis, il montra lïmpuissance des hommes à guérir le mal. Ni la science, disait-il, ni la force brutale, ni la notion philosophique du devoir et de l'honneur ne peuvent nous sauver. Et alors il exposa ce qu'il appelait le thérapeutique de Dieu, en suppliant ses auditeurs de coopérer à l'œuvre divine, en ayant et l'espoir de la guérison et la volonté de guérir.

Des témoins oculaires racontent que ces conférences eurent toujours au moins trois mille auditeurs. Du premier au dernier dimanche de carême, l'auditoire ne perdit ni en nombre, ni en enthousiasme.

Cette année-là, la santé du P. Didon fut un peu ébranlée. Il dut aller chercher du repos dans un coin perdu des côtes de Bretagne; et ayant prêché une petite retraite à Dieppe, avant de rentrer à Paris, il fut pris d'une inflammation dans l'arrièregorge qui lui enleva du même coup une partie de sa voix et une partie de l'ouïe. On l'envoya alors à Pierrefonds suivre un traitement. Une heure par jour, il était condamné à ouvrir la bouche, comme une carpe, d'après son expression familière, et à recevoir dans le fond de la gorge un jet de pous-

sière d'eau sulfureuse. En dehors de ce traitement asservissant, le P. Didon n'était pas trop malheureux à Pierrefonds. II échappait aux chaleurs de Paris qui lui étaient désagréables et pernicieuses: il respirait Tair sain de la forêt de Compiègne, et il allait de temps en temps admirer le splendide château féodal restauré avec tantd'intelligence par VioUet le Duc. Il regrettait pourtant les ruines anciennes. <( On ne restaure point le passé, on le « conserve en reliques pieuses. Ce qui a été vécu, (( n'a pas à revivre. Dieu ne s'amuse pas à redon- « ner vie aux fossiles ; il dit à la terre : Que la terre « produise du nouveau. Le passé n'est qu'une « poussière sur laquelle tressaillent et palpitent « un instant une race et un peuple, qui demain se- « ront cendres à leur tour ^ . »

Le P. Didon quitta Pierrefonds vers la fm de septembre, ou le commencement d'octobre. A peine rentré à Paris, et à peine remis des fatigues qui l'avaient secoué, on lui annonça qu'il prêchait Lavent à Bordeaux. 11 dut rapideaient faire ses malles et fuir Paris. Ce cher Paris lui devenait odieux pour le moment à cause des intrigues politiques qui s'y nouaient et qui n'aboutissaient à rien de bon. Le P. Didon résolut de prêchera Bordeaux sur rirréligion^ une des plaies les plus dangereuses et les plus irrémédiables de notre

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