PRÉFACE VII
idées qu'il soutint, paraissaient hardies, à l'époque où il les soutint ; plus tard elles sont devenues la sagesse même.
On lui reprocha de faire de la politique en chaire. Mais défendre ce qu'il défendait, était-ce vraiment faire de la politique? N'était-ce pas plutôt faire œuvre d'apostolat? N'était-ce pas plutôt résoudre une question préjudicielle que soulèvent les incroyants, quand on les aborde? Apôtres du Christ, vous disent-ils, vous venez nous parler de religion, nous ne vous écouterons pas, parce que votre religion est l'ennemie déclarée de la science, de la liberté politique, de la république, de la démocratie, de la civilisation moderne tout entière.
Que faire devant cette fin de non-recevoir ?
11 faut répondre et prouver que le catholicisme n'est contraire, ni théoriquement, ni en fait, à la science, à la liberté, au régime du droit commun, à la république, à la démocratie...
Une fois cette démonstration faite, le terrain est déblayé. Le savant peut vous écouter; le libéral, le républicain, le démocrate peuvent-^^ous écouter ; et il est enfin possible d'aborder la question religieuse proprement dite. — Était-il possible de porter autrement la foi dans les régions perdues de l'incrédulité moderne ? Je ne le crois
Ylll PREFACE
pas. La méthode employée par le P. Didon était-elle condamnable? Certainement non^
Et pourtant il rencontra des adversaires et des ennemis et dans le camp des croyants et dans le camp des incroyants. La masse croyante le suspecta parce qu'il était un moderne; la masse incroyante le suspecta, parce qu'il était un , croyant. Les incroyants le combattirent à cause du but qu'il poursuivait. Les croyants le combattirent, à cause de la méthode qu'il employait. Pendant longtemps, il se trouva isolé, sans point d'appui, ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche, ni parmi les siens, ni parmi les étrangers. — De là, son long martyre ; de là son terrible exil. La puissance invincible de ses convictions l'obligeait à être ce qu'il était. Il aurait trahi sa conscience, s'il n'avait pas été un croyant; il aurait trahi sa sincérité profonde, s'il n'avait pas été avide de science, de liberté, de progrès sociaux. Et il recevait les coups des deux camps ennemis, et il était écrasé par la masse des deux armées en bataille.
Le P. Didon eut le courage de ses convictions jusqu'à subir une espèce de martyre: on ne peut que l'admirer pour cela. Remarquez qu'il n'a