‹ Le père Didon; sa vie et son œuvreChapitre 20 sur 57 · Lettres da 3 novembre, IG et 2;j décembre · texte numérisé non relu

Lettres da 3 novembre, IG et 2;j décembre

(( dra pas mon drapeau; je pourrai être frappé, « mais en pleine poitrine ^ »

Le carême de Marseille consola le P. Didon des froideurs bordelaises. Il rencontra à Saint-Joseph le même auditoire innombrable, sympathique et vibrant jusqu'à Fenthousiasme. L'action qu'il exerçait à Marseille était profonde; il pénétrait jusqu'aux âmes; et il put se vanter, cette annéelà, d'avoir clôturé sa station quadragésimalc par une communion générale de 1.600 hommes, de 1.600 mâles, pour employer son expression. Aussi, en rentrant à Paris, au lieu d'être ennuyé et inquiet, il était plein d'espoir et d'ardeur. Sur quel sujet avait-il appelé Fattention de ces auditeurs, en ce dernier carême ? Il avait étudié le problème anthropologique : l'homme, sa nature, ses origines, sa destinée. Il résolut de réunir ces conférences en un volume, et il les publia l'année suivante. Nous en reparlerons plus loin.

Durant l'été de cette année 1874,1e P. Didon commit une imprudence et une maladresse qui lui valurent de gros ennuis. Quelqu'un vint lui présenter le manuscrit d'un ouvrage intitulé : le Retour du Christ^ et lui en donna une lecture rapide. Le P. Didon fut frappé par l'idée religieuse qui avait inspiré ce travail sans prêter une suffisante attention à certaines pages dont l'interpré-

1. Lettre à M'*"^ Roger des Genettes. — Bordeaux, 9 janvier 1874.

tation pouvait être dangereuse ; et non seulement il approuva de vive voix ce livre d'une, orthodoxie douteuse, mais encore il écrivit une lettre oii cet ouvrage était loué plus qu'il ne méritait : « Le « manuscrit de la dame inconnue que vous m'avez (( soumis a vivement frappé mon attention. En « dépit de tout ce qu'il peut contenir d'hétérodoxe « et que le Pharisien pourrait vertement relever, (( je ne saurais louer assez le vigoureux esprit de « foi qui l'a inspiré, qui éclate à travers toutes (( les pages et qui semble un souffle nouveau, en (( cette terre et en ce siècle usés. Je crois que de « telles pages sont en pleine opportunité, et qu'an « tel livre, — car ce livre est un cri de la con- (( science, — porteracoup, non seulementen France, (( mais en Europe. Faites tout pour que ce cri (( s'étende loin. »

Cette lettre n'était pas destinée à la publicité ; mais la femme, auteur du volume, trop heureuse d'avoir l'approbation et la recommandation du jeune dominicain, ne se fit pas scrupule de faire imprimer cette lettre et de l'insérer dans son livre, à côté d'une lettre-préface d'Alexandre Dumas: lettre-préface qui était chargée d'hérésies. Le journal r Univers se scandalisa de la chose et réclama des explications. Le cardinal Guibert, archevêque de Paris, mis au courant de ce fait, écrivit au supérieur du P. Didon, le R. P. Chocarne, pour se plaindre et demander, lui aussi, une lettre expli-

cative. LeP.Didonfutobligéde rédiger une formule de rétractation. Voici en quels teraies il la rédigea :

« Je déclare, en premier lieu, que je nesuis pour « rien dans la publicité regrettable donnée h une (( appréciation tout intime.

« Je déclare, en second lieu, que je ne suis pour (( rien dans le voisinage non moins regrettable i< de ma note avec la lettre d'Alexandre Dumas.

« Je reconnais, en troisième lieu, quels, lectiire (( rapide, qui m'a été faite par im tiers, du manus- « crit intitulé : le Retour du Christ, ne m'a point « permis d'apprécier la portée de certains pas- « sages et de me rendre un compte exact du carac- « tère de l'œuvre. A la suite de cette lecture, et (^ sur la prière qui m'en fut adressée, j'ai donné, (( au courant de la plume, une impression pre- « mière, nullement destinée à la publicité.

(( En dernier lieu, sans rechercher quel serait (( en cette circonstance mon droit de poursuite « contre l'acte dont j'ai été victime, je déclare, (( après nouvel examen, que, va l'interprétation « qui pourrait être faite de plusieurs passages, (( mes réserves étaient insuffisantes, mes éloges « inopportuns et qu'un blâme est nécessaire. »

3 juillet 1874.

Le cardinal Guibert, satisfait par ces explications, les envoya lui-même au journal P Univers, et invita le P. Didon h venir le voir. L'entrevue fut

courtoise, et tout fut tini du côté de rarcheveché. Il n'en fut pas de môme du côté du P. Chocarne. Celui-ci crut qu'il serait bon, après ce qui venait de se passer, d'éloigner le P. Didon de Paris, pendant quelques années. Il l'autorisa d'abord à aller passer trois ou quatre semaines à Pierrefonds, comme l'année précédente. Le P. Didon s'y rendit à la fin de juillet; et, pendant qu'il savourait les douceurs de cette villégiature, une lettre peu agréable, vint lui proposer de se retirer à Flavigny, pour deux ou trois ans, comme professeur de théologie. — Cette même lettre lui laissait entendre, en guise de consolation, que les conférences de Marseille, ne seraient pas interrompues, et que chaque année, pendant le carême, le professeur de théologie redeviendrait le prédicateur de Saint- Joseph, à Marseille Cette offre ne séduisit pas le P. Didon et il la déclina. 11 rentra dans son couvent vers le milieu du mois d'août. Mais il ne tarda pas à recevoir une autre lettre du P. Chocarne qui lui enjoignait de partir pour le couvent du Havre, où il était assigné. C'était un coup de foudre, auquel le P. Didon ne s'attendait pas. 11 écrivit au P. Chocarne une lettre pressante, espérant que le P. Chocarne reviendrait sur sa détermination. Il n'en fut rien. Les réclamations du P. Didon furent mal interprétées. L'assignation au Havre fut maintenue et le P. Didon partit en soldat obéissant, le 29 août.

Arrivé à son couvent d'exil, le P. Didon écrivit une longue lettre de dix pages à son Provincial. Par cette lettre, très respectueuse d'ailleurs, il faisait remarquer au P. Chocarne que, dans les circonstances très ennuyeuses oii la perfidie et Tétourderie de certains hommes en même temps que son peu de défiance l'avaient engagé, son changement d'assignation avait l'air d'un châtiment venant aggraver une situation déjà difficile, il faisait aussi remarquer que cet éloignement de Paris l'entravait dans des études scientifiques qu'il voulait mener à bonne fin. 11 finissait en se soumettant sans réserve à ce qu'on demandait de lui, se recommandant à cette Providence qui du moins n'abandonne jamais personne. La résignation et la paix revinrent peu à peu, mais cet exil du Havre fut un avant-goût de Texil de Corbara. •

D'ailleurs, il avait de quoi se distraire. Il passait plusieurs heures de ses journées au travail de correction des conférences qu'il voulait faire imprimer; et en même temps il préparait les conférences qu'il allait prêcher à la primatiale de Lyon, au mois de novembre. Ces conférences Lyonnaises eurent pour sujet : Les fausses doctrines; Règne actuel des fausses doctrines; Conséquences des fausses doctrines; Remèdes contre les fausses doctrines. Dès le second dimanche, le public lyonnais, malgré sa réputation de froideur, fut

gagné, et l'on songea à faire une enceinte réservée pour les hommes. Le discours sur le Règne actuel des fausses doctrines, donné le 29 décembre fut particulièrement remarqué. Le P. Didon écrivait à un ami : (( Je ne puis mieux vous donner une idée de mon succès qu'en vous disant : les chanoines eux-mêmes sont émerveillés. »

Ce rapide passage du P. Didon à Lyon fut, somme toute, une campagne heureuse. Il pouvait écrire au lendemain de son dernier discours : (( Tout est fini. La dernière bataille a été livrée « hier. Le coup de canon delà fin a été le plus « solennel et j'ai fait une trouée ici... On me (( redemande pour des avents, pour des carêmes. « On verra. Je pars demain, heureux d'avoir dit « quelques vérités importantes; et je quitte ce « champ de combat avec un sentiment mélangé « de tristesse et de fierté ^ »

Le P. Didon avait hâte d'arriver à Paris, de s'y arrêter quelques jours, et de régler définitivement, avant de rentrer au Havre, tout ce qui concernait l'impression de son premier volume. Quel éditeur aurait-il? Quel titre donnerait-il définitivement à son livre? A quand l'apparition du volume? Tous ces détails l'intéressaient et le préoccupaient. — Il s'adressa d'abord à l'éditeur Pion. Pion examina le manuscrit et le refusa. Le

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