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CHAPITRE VI

(1875-1877) (Suite)

Avent de 1875 à Saint-Thomas-cVAquin, — Le livre sur : VEnseignement supérieur et les Universités catholiques. — Le discours sur r Apôtre, à la Madeleine. — Le dernier carême de Marseille sur le Fait de la Révélation. — Voyage à la Sainte-Baume. — Voyage au Touvet. — Avent à Notre-Dame de Lorette en 1876. — Le carême de Saint-Roch, ea 1877, sur la Question morale. — Le P. Didon est nommé prieur du couvent de la rue Jeande-Beauvais. — Chapitre de Flavigny. — Saint-Brieuc et la villa Godu. ~ Le discours d'inauguration de la chapelle du faubourg Saint-Honoré. — Avent de Saint-Philippe-du-Koule, encore sur ta Question morale.

La foi, tel fut le sujet que le P. Didon traita, pendant Tavent de 1875, à Téglise Saint-Thomasd'Aquin. Comment on perd la foi de nos jours ; Comment la science et la raison sont en antagonisme avec la foi; De la nécessité de la foi pour un penjjle :NO\\k\e^ graves problèmes qu'il étudia. Il constata d^abord un phénomène singulier, dont la France nous donne le spectacle. Ce phénomène, c'est celui-ci. Dans notre pays de France, nous naissons chrétiens, nous mourons chrétiens, mais entre le berceau et la tombe, — les passions parlent en maîtresses, le scepticisme envahit notre esprit,

la vie matérielle, avec son tourbillon d'affaires absorbe notre temps, — et nous ne vivons pas en chrétiens. La foi n'est plus qu'aux deux extrémités de notre vie : le berceau lui appartient, la tombe lui appartient aussi, et c'est tout.

Quelle est la raison de ce phénomène ? 11 y a deux causes principales de cette absence de vie religieuse : les préjugés, les passions. 11 y a aujourd'hui des préjugés qui amoindrissent la foi, des préjugés qui la défigurent, des préjugés qui la rendent repoussante. Quant aux passions ! Évidemment elles existaient autrefois, mais elles étaient moins dangereuses. Aujourd'hui elles rencontrent en nous-mêmes des organisations plus fragiles, dans la société des satisfactions plus faciles, et dans le monde extérieur des excitants plus nombreux. Aussi elles sont plus nuisibles et plus destructives. — Y a-t-il antagonisme réel entre la raison et la foi? Non, car la foi, au lieu de contrarier la raison, lui est utile, au lieu de l'amoindrir, elle l'élargit, au lieu de l'humilier elle l'exalte. — Y a-t-il antagonisme entre la science expérimentale et la foi ? — Non, car l'une a pour objet le visible, et l'autre l'invisible; l'une s'appuie sur l'expérience sensible, l'autre sur le témoignage divin. Ce sont deux lumières d'un éclat différent entre lesquelles l'harmonie est naturelle et nécessaire; et le monde matériel qui est le domaine de la première n'est que Timage et le symbole du

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monde immatériel qui est le domaine de la seconde. Il faut donc revenir à la foi. L'incroyance et Fimpiété ont des effets désastreux. L'irréligion met aux prises et divise irrémédiablement les membres du corps social, et quand elle les a divisés, elle ne tarde pas à les dissoudre dans la corruption.

Tel fut l'enseignement du P. Didon à Saint-Thomas-d'Aquin. Dans une de ses lettres, il se vante d'avoir frappé un grand coup pendant cet avent, et d'être entré de plain-pied, dans la forteresse ennemie dès le premier discours.

Pendant qu'il donnait ces conférences au faubourg Saint-Germain, le P. Didon, travailleur infatigable, fit paraître un nouveau volume, avec ce titre : r Enseignement sicpérieitr et les Universités catholiques. Le livre était plein d'actualité. La question de l'enseignement supérieur émouvait alors l'opinion publique. Le parlement s'en occupait et tous les esprits sérieux s'inquiétaient de la solution qui serait donnée au problème. Les catholiques étaient particulièrement intéressés dans le débat, et le P. Didon qui avait la double auibition de vouloir ramener la France à la religion, et de vouloir mettre la religion à la tête du mouvement civilisateur; le P. Didon qui rêvait d'un catholicisme, escorté et servi par les philosophes, les savants, les lettrés, les artistes, crut que son rêve allait se réaliser, et il traça un magnifique tableau de ce que pouvaient et de ce que devaient

être les Universités catholiques, comptant sur elles pour relever le crédit et l'influence de TEglise.

La situation intellectuelle de la France lai paraissait pitoyable. Il voyait trois doctrines principales se disputer l'empire des esprits : la science positive, la philosophie rationaliste et le christianisme. Des savants étaient en révolte contre ce qu'ils appelaient la métaphysique ; des philosophes étaient en défiance et en hostilité contre la foi ; des croyants maladroits et aveugles dédaignaient la science, insultaient la philosophie ou l'absorbaient dans le dogme; et cet antagonisme, cette lutte de doctrines constituaient une véritable anarchie intellectuelle. — La cause principale de cet éaiiettementdes esprilset de ce choc des doctrines était, pour le P. Didon, dans l'Université, accapareuse de Tinstruction supérieure et par conséquent directrice responsable du mouvement intellectuel. Qu'avait fait l'Université depuis soixante-dix ans? Elle avait supprimé la religion des programmes de l'enseignement supérieur ; elle avait enseigné une philosophie spiritualiste pleine de lacunes, qu'elle n'avait su défendre ni contre le scepticisme et le panthéisme, ni contre les envahissements et les usurpations des sciences de l'ordre inférieur ; elle était restée maîtresse jalouse de tous les programmes d'étude; et par conséquent les mauvais résultats obtenus devaient lui être imputés.

Quel remède apporter à ces maux? Le P. Didon

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vit le remède dans l'organisation d'un enseignement supérieur catholique. Cet enseignement n'a pas existé jusqu'à présent, disait-il. Des causes multiples ont empêché ou entravé le développement doctrinal du catholicisme en France ; il est urgent de pourvoir à cette grave lacune. Seule, la synthèse doctrinale catholique sera complète et universelle; seule, la synthèse doctrinale catholique sera solide et à l'abri des tempêtes. — On lui oppose la sjmthèse scientifique et la synthèse philosophique, mais ni l'une ni l'autre ne l'égalent. La synthèse scientifique est une synthèse mutilée. N'admettant d'autre méthode que l'observation et l'expérience, n'ayant d'autre levier que le calcul, d'autre objet quelanature matérielle, elle perd de vue le monde intime, réservé à la conscience et le monde divin de la foi. La synthèse philosophique est encore plus exclusive et plus étroite. C'est l'âme se regardant elle-même avec obstination, laissant en dehors d'elle et dans un isolement auquel elle ne peut remédier soit les sciences exactes et positives, soit la pensée et la doctrine religieuse de l'humanité.

S'il faut renoncer a trouver une synthèse doctrinale dans l'école rationaliste ou dans l'école scientifique, il n'en est pas de môme dans la vraie tradition catholique. La vraie tradition catholique est universelle, comme son nom l'indique. La théologie est la science synthétique par excellence. 11

n'en est pas qui prenne les choses à un point de vue plus élevé, qui leur lixe une loi plus haute, un principe plus sublime et une fin plus parfaite. Rien n'écliappe à la magnifique envergure de son horizon : ni les sciences de l'ordre divin, puisqu'elle est la science même de Dieu; ni les sciences de l'ordre humain, la philosophie par conséquent, puisqu'elle les fait servir à l'explication rationnelle des mystères de Dieu ; ni enfin les sciences de la nature, puisqu'elle voit dans toute la création visible le reflet des invisibles de Dieu. Quelle est la pensée humaine, je le demande, quelle est la doctrine qui ne soit contenue ou dans l'ordre scientifique, ou dans l'ordre humain, ou dans l'ordre divin ? La théologie est donc la synthèse absolue : elle contient toutes les autres et ne saurait être contenue par elles.

C'est sur ces vastes bases et avec ce magnifique programme que le P. Didon voulait voir se fonder une ou plusieurs Universités catholiques, et il exprimait à grands traits la tâche doctrinale de ces futures Universités. Il provoquait la théologie à sortir de sa routine, à se renouveler, au lieu de rester toujours aux prises avec les mêmes textes et les mêmes interprétations, sans qu'aucun élément nouveau ne vint rajeunir les antiques formules... 11 désirait voir renaître un nouveau Thomas d^Aquin refaisant une nouvelle Somme :

œuvre qui serait la synthèse actuelle de tout le

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savoir humain. Assurément, disait-il, la thèse générale de l'harmonie entre le monde divin de la foi, le monde humain de la philosophie et le monde matériel de la nature est vite établie. Mais ce n'est point là ce que nous demandons. Il nous faut, un rapprochement point par point, détail par détail, de ces trois mondes. Une telle œuvre ainsi comprise réclamera toutun siècle, des milliers d'ouvriers et plusieurs générations. En effet, pour harmoniser les trois sphères de connaissances, dans lesquelles se concentre tout l'ensemble du savoir humain, il est nécessaire de les bien connaître. Où sont donc, je le demande, les savants qui se sont consacrés à l'étude des sciences philosophiques et théologiques? Où sont les philosophes qui ont appliqué leur esprit aux sciences divines et à celles de la nature? Où sont enfm les théologiens, qui comprenant le grand sens de la théologie, ne sont restés étrangers à aucune des sciences humaines et matérielles et les ont toutes connues du moins dans leur généralité? De tels hommes sont-ils nombreux en France, en Europe?

... On le voit. La grande œuvre de la synthèse de toutle savoir humain est à réédifier ; et il appartient aux Universités catholiques d'en proclamer l'urgence et d'en poursuivre, sans plus tarder, la difficile exécution. L'œuvre ne s'accomplira pas ou elle ne s'accomplira quepar les nouvelles Universités...

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Ces idées du P. Didon ne manquaient ni d'originalité ni de liardiesse. Elles furent bien accueillies. M^' Guibert, le cardinal archevêque de Paris, alla jusqu'à proposer au P. Didon, une chaire dans la future Université, et le félicita chaudement sur les belles pages qu'il avait écrites. Hélas 1 les Universités catholiques n'ont pas donné tout ce qu'en attendait le P. Didon. Elles ont été des maisons de préservation plutôt que des pépinières de conquérants. Est-ce parce que des entraves leur ont été imposées? Est-ce parce que les grands résultats réclament de longues années? Peut-être. Il n'en reste pas moins vrai que le P. Didon avait tracé un magnifique programme et ouvert de magniiiques horizons ; et quoique ce livre de l'enseignement supérieur et des Universités catholiques, n'ait pas eu de nombreuses éditions, il reste, à mon avis, un des plus beaux livres qu'il ait écrits ; et on fera bien de tenir compte des espoirs et des désirs qu'il y exprime.

Après l'apparition de ce volume et avant le carême de 1876, le 13 février, le P. Didon prononça, en présence de son Eminence, le cardinal Guibert, un sermon de charité, pour la construction de la chapelle du couvent des Dominicains, rue du faubourg Saint-Honoré. Ce discours fut remarqué. Il eut lieu à l'église de la Madeleine, et le P. Didon y parla de r apostolat. Qu'est-ce qu'un apôtre? Quelle est sa place et sa fonction

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clans l'Église? Quelle est sa place et sa fonction dans les temps présents?

L'orateur constatait d'abord que la hiérarchie sacerdotale se divisait en trois grands groupes : le groupe des contemplatifs, le groupe des pasteurs, le groupe des apôtres. Le contemplatif est l'homme du cénacle : il prie et il adore. Le pasteur est l'homme du temple; il en a les clefs, il y garde les fidèles rassemblés. L'apôtre est l'homme du dehors; il va chercher au loin lésâmes perdues, et il les sauve en les rendant à Dieu.

Lïipôtre est à la fois un voyant, un soldat et un martyr; il est fait de lumière, d'énergie et de générosité; il parle comme un voyant; il lutte comme un soldat; il meurt comme un martyr.

Quel est le rôle de l'apôtre dans l'Église.

L'apôtre est un agent de progrès, d'expansion et de conquête. C'est lui qui doit reculer les frontières du royaume de Dieu, en Europe, en Asie, en Afrique, partout oii il y a des âmes qui se perdent. A l'Extrême-Orient, le bouddhisme et le brahmanisme tiennent captifs des millions d'hommes; en Afrique, l'islamisme étend sur des races entières le cimeterre de son faux prophète; à l'Orient, il y a le schisme grec; au Nord, l'hérésie protestante ; partout autour de nous, le rationalisme et l'incrédulité. Ce champ de bataille et de conquête n'est-il pas assez vaste?

Ouel est le rôle de l'apôtre dans les temps présents ? Ce rôle n'est pas moins considérable qu'autrefois. An fond, c'est antour du drapeau religieux que se livre le grand combat contemporain. Il s'agit de savoir qui l'emportera, du christianisme ou d'une science, d'une morale, d'une politique sans Dieu. Là où l'on cesse d'être chrétien, les intelligences sont vouées au scepticisme, les cœurs à Tégoïsme; là où l'on cesse d'être chrétien, la division et l'antagonisme régnent entre le travail et le capital, entre l'aristocratie et le peuple. Dès lors, il n'est pas difhcile de voir que l'apôtre a fort à faire dans le temps présent. 11 doit accomplir une œuYre doctri7iale, en enseignant la foi; une œuvre fnoraiisatrice^ en coïiin^umqu'àiii l'énergie des vertus, une œuvre pacificatrice, en réconciliant les diverses classes de la société.

Le P. Didon, à la fin de ce discours, ht entendre des accents prophétiques : « Aux yeux de certains (' esprits obstinés, dit-il, l'apostolat chrétien n'a « plus de raison d'être. Pour eux, l'apôtre restera (( un être gênant et intempestif. Ils toléreront encore « le pasteur à la condition qu'il restera dans un <( temple bien clos et ne troublera pas le mouve- (( ment des choses humaines et la joie des fêtes, <( par la fumée de son encens et le tintement de (( ses cloches. Ils se soucieront peu du prêtre (( contemplatif perdu loin du tourbillon terrestre « au fond de son désert ou retranché derrière la

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« montagne; mais celui qu'ils ne souffriront pas, « celui qu'ils trouveront inopportun, ce sera le « prêtre apôtre... »

C'est peu de temps après avoir prononcé cet éloquent discours, que le P. Didon partit pour Marseille. Il allait prêcher, pour la dernière fois le carême dans cette ville, où on l'avait passionnément écouté et où il avait donné les meilleurs élans de sa jeunesse apostolique. Cette année-là, il s'attaqua à un sujet qu'il jugeait difficile et auquel il consacrait depuis longtemps de sérieuses méditations. Il s'agissait du fait de /a 7?é''?;f^7a/i6'n.- Dieu a-t-il, oui ou non, parlé à rhumaniié?Dieu est-il, oui ou non, intervenu personnellement dans les événements de notre histoire? Nous a-t-il enseigné les vérités à croire et les devoirs à pratiquer? — Le P. Didon donna six conférences sur cette question. Dans la première il établit l'importance de la révélation et sa rationabilité. Dans la seconde, il démontra que le fait actuel du catholicisme était marqué d'un caractère divin ou de ce qu'il appelait un signe de Dieu. Tout phénomène, dont les forces naturelles et humaines ne peuvent rendre compte, suppose l'action immédiate et surnaturelle de de Dieu. Or le catholicisme, considéré dans son ampleur et sa majesté actuelle, est un phénomène que les causes humaines et naturelles ne sauraient produire. Il est donc le résultat de l'action extraordinaire du Dieu qui veille sur l'humanité,

qui l'enseigne par sa révélation et qui la sauve par la grâce.

Le même signe de Dieu se révèle dans les origines du catholicisme : ce fut l'objet de la troisième conférence. Le catholicisme est-il né, comme naissent les œuvres humaines et naturelles? Non. Toute œuvre humaine et naturelle a besoin pour se produire, d'un milieu favorable, et de moyens proportionnés aux résultats qu'on veut obtenir. Or, que voyons-nous? La religion catholique naît dans un milieu absolument réfractaire, et ne met en œuvre aucun moyen humain...

Le même signe divin se révèle dans l'évolution du christianisme : ce fut l'objet de la quatrième conférence. Toute œuvre doctrinale, morale ou sociale, qui veut se faire une place dans le monde rencontre tôt ou tard les passions qui corrompent, les pouvoirs qui asservissent, les idées qui dissolvent; et elle succombe. Or, le christianisme a vaincu et continue à vaincre les passions, les pouvoirs, les idées. Or, seul, le christianisme fait cela. Donc il est divin.

Un autre signe de Dieu nous est manifesté dans l'apparition de Jésus-Christ. En étudiant le christianisme, nous rencontrons quelque chose de plus que l'humanité. Si Jésus n'était qu'une personnalité humaine, nous trouverions en lui les caractères humains et rien de plus. Or nous trouvons tout le contraire. Jésus-Christ n'est homme ni

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par son mode d'action, ni par reflicacité de son action. Au lieu d'effacer sa personnalité, comme le font les grands hommes, derrière la vérité promulguée ou rœuvre réalisée, Jésus met toujours en avant sa personnalité : et, au lieu d'exercer une influence limitée et discutable, Jésus exerce une influence illimitée dans l'espace et dans le temps, et une influence d'une indiscutable transcendance...

D'ailleurs, dans tout l'ensemble de l'histoire du christianisme, il y a des signes du Dieu révélateur, c'est le sujet de la sixième et dernière conférence. Des phénomènes tels que la prière, le sacrifice sanglant et non sanglant, l'idée messianique ; phénomènes qu'on retrouve toujours et partout, et qui résument toute la vie religieuse de l'humanité : de pareils phénomènes, dis-je, ne peuvent s'expliquer qne par l'intervention positive et surnaturelle de Dieu. Pourquoi? Parce que prier, faire des sacrifices, croire à un messie ; c'est affirmer sa foi à un Dieu personnel, vivant, révélateur; et du moment que cette affirmation a été universelle et perpétuelle; peut-on mettre en doute sa sincérité et sa vérité? Ces faits ne révèlent-ils pas une loi?

Ces conférences de l'année 1876, où le fait de l'ordre surnaturel était si énergiquement affirmé, furent goûtées par le public marseillais, autant que les conférences philosophiques de l'année précédente. Le P. Didon écrivait à la date du

14 avril, jour du vendredi saint : « Je com- « menée à moissonner les beaux épis. Les vieux « pécheurs m'arrivent, et je compose ma gerbe. (( C'est une gloire de pouvoir offrir à Dieu, pour (^ prix de ses travaux, de ses sueurs et de son « apostolat des âmes vaincues, prêtes à le servir « dans la sincérité et dans le sacrifice^. »

Dès le lendemain ou surlendemain de Pâques, accompagné d'unde sesmeilleursamis de Marseille, le P. Didon courut se délasser de ses fatigues apostoliques, dans la forêt et sur les rochers de la Sainte-Baume. La montagne était une de ses passions, et la vie libre du montagnard son meilleur délassement. Escalader des sommets, grimper sur des rochers, se trouver absolument seul au milieu des bois ou sur un pic, oublier le tourbillon humain, secouer la poussière terrestre de ses ailes; voilà qui était bon, quand on avait goûté, pendant un mois, les ivresses de la parole publique, devant un auditoire compact et frémissant...

Le P. Didon s'attarda en Provence, pressentant qu'il n'y reviendrait plus qu'en passant. Ilprêcha les samedi et dimanche, 29 et 30 avril, à Aix. Il en repartit le lundi dans la journée pour Saint-Maximin, revint le mardi soir à la Sainte-Baume, puis à Marseille où il séjourna une dizaine de

i. Lettres à M'"*-- Th. V. Lettres xii, xiii, xiv.

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jours et quitta enfin j\Jarseilie pour aller, non pas à Paris, mais au Touvet, à côté de sa mère... Il écrivait à un ami, le 16 mai :

« CiiEK Ami,

<( Je suis auprès de ma mère. J'y passerai quarante-huit heures. Je suis heureux. Ma mère vieillit, mais elle garde son activité, sa force et elle m'aime sans mesure. ElleprieDieu pour moi, et je me persuade que les meilleures choses qui m'arrivent dans ma vie passent parles mains de ma mère et tombent de son cœur. J'admire nos montagnes. Chaque fois que je les revois, elles me semblent plus belles. Leurs ciaies sont toutes blanches, et, à leurs pieds, c'est le printemps avec ses premières fleurs et sa première verdure. Quen^êtes-vous là avec moi? Nous contemplerions ensemble ces belles choses, et je vous ferais asseoir à la table de ma mère. Je rentrerai à Paris samedi soir^..

Pendant tout Tété, il prépara les conférences qu'il devait donner, à partir du 31 octobre, dans l'église Notre-Dame de Lorette. Son intention était de revenir à la question morale et de prêcher la sanctification de Tâme humaine par le christianisme. Il était effrayé de voir la paralysie, l'anémie, l'atrophie morale des nouvelles générations,

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