Lettre à un ami, 16 mai
et il ambitionnait de faire marcher quelques paralytiques et de ressusciter quelques morts. Les sujets qu'iltraita étaient intéressants. Il fit d'abord briller aux yeux de ses auditeurs l'idéal Evangélique dans deux conférences : le Code moral de r Evangile; le Christianisme, source de force morale. Puis il signala les causes de la décadence actuelle des mœurs : le scepticisme, la vie des passions. Pais il indiqua les remèdes: Genèse de la volonté forte; la prière, source de force morale; Jésus- Christ et son rôle dans le drame de P humanité. La part de P intelligence dans la genèse des convictions religieuses. La part de la volonté dans cette même genèse. — Dès la troisième conférence, une forte grippe le saisit et il fut sur le point de suspendre ses prédications. Mais son énergie suppléa à ses forces, et il prêcha quand même, et jusqu'au bout. Il put dire en finissant: « Dieu m'a soutenu et, (( malgré Tinsuffisance de ma voix enrouée, je (( crois que j'ai pu faire entrer clans plus d'une (( âme quelques-unes de ces vérités religieuses (( dont je suis passionnément épris. »
Son avent achevé le 7 janvier 1877, il songea à son carême qui commençait le 18 février, à l'église Saint-Roch. La question morale fut encore l'objet de ses études et de ses discours. Il altira particulièrement l'attention de ses auditeurs sur le phénomène de la conscience morale : Le rôle de la conscience dans la vie ; La conscience chrétienne est
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la plus parfaite des consciences ; Des moyens à employer pour former la conscience : l'influence des doctrines sur la conscience. Le mercredi il s'adress«ait particulièrement aux hommes etil leur prêcha sur rignorance religieuse et ses conséquences, sur le préjugé scientifique suvle préjugé qjolitiqifc et enlin sur la science religieuse. Le vendredi, il s'adressait particulièrement aux femmes, etil traita tour à tour du Rôle de la mère dans rhumanité et le christianisme, de la désertion du foyer, de F éducation par la mère et des vices de r éducation contemporaine. La dernière confcTence eut lieu le 8 avril. Après le carême, le vaillant apôtre sentit une lassitude extrême, qui, heureusement, n'eut pas de durée. L'arc trop violemment bandé se détendit, mais ne se brisa point. La belle santé revint, et le père se mit à corriger soigneusement les sept conférences philosophiques, qu'il voulait réunir en un volume.
Une angoisse mal définie l'avertit à ce momentlà que de graves événements ne tarderaient pas à se dérouler pour lui et que sa destinée gagnerait bientôt en douleurs et en gloires. Voici une lettre qu'il écrivait à sa mère adoptive, peu après la clôture du carême :
« Paris, 20 avril 1817.
« Vous ne pouvez pas douter, ma pauvre chère « mère, de la fidélité de ma filiale aftection. Une
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(( de mes tristesses est de ne plus vous voir. Main- « tenant que ma vie va se trouver à la merci de '( tant d'orages, comme un arbre des sommets « secoué par la tempête, j'aurais tant besoin du c( voisinage d'un cœur bon et courageux comme (( le vôtre. Je marche dans ma voie sans dévier (( d'une ligne. Plus j'avance et plus je me sens le (( serviteur de la vérité, l'apôtre du Christ et « l'homme de Dieu. Les ambitions humaines ne « me touchent pas : ce que je désire uniquement (( et avec passion, c'est le règne doctrinal et social « de l'Evangile. Il s'élèvera, j'en ai la conviction, « sur les ruines de ce monde vieilli que les faux « libéraux et les réactionnaires du cléricalisme « sont en train de détruire. Qulls se hâtent (( donc : ce n'est pas moi qui les dérangerai dans (( leur sinistre besogne. Mais je suis impatient f( de voir se lever la génération virile qui com- (( prendra les beautés de la foi et de la science, « les harmonies de la religion éternelle et de « nos jeunes générations affamées de lumière (( et de liberté. — J'ai laissé apparaître quelque « chose de mes aspirations hardies et de mescon- « viciions ardentes pendant le carême de Saint- « Roch. Plus d'une âme a tressailli.
« J'ai remarqué que deux catégories d'intelli- « gences me renvoyaient un écho fidèle et vibrant : « les jeunes hommes de vingt ans et les femmes (( que l'étiquette mondaine ou religieuse ne satis-
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(( fait point et ne contient pas. Les événements ora- « geuxqui se préparent ne m'épouvantent point. (( Dieu va remuer la terre avec le soc terrible de « la justice ; il faut bien préparer un sillon aux a semences divines. Je prie pour vous, et je sais « que, dans votre solitude, votre grande âme ma- « ternelle veille religieusement sur moi. Non, je (( ne vous ferai jamais souffrir; je ne veux pour « vous que des jours heureux; et j'espère qu'il (( s'en lèvera plus d'un à cause de moi. Je vous (( aime filialement.
« Fr. H. DIDO^l. »
Une surprise heureuse réjouit le P. Didon, au mois de mai. Il fut nommé prieur du couvent de la rue Jean de Beauvais. Il accepta après un peu d'hésitation. Il craignait que les soucis de l'administration d'un couvent ne lui laissassent pas tout le temps qu'il désirait consacrer à l'étude. Sur les instances de quelques amis, il se résigna aux fonctions priorales, et personne n'eût h le regretter. Le P. Didon révéla dans sa nouvelle charge des aptitudes rares pour le gouvernement des hommes et l'administration financière d'une maison. Il avait été nommé, comme Texigent les constitutions dominicaines, par le suffrage populaire, c'està-dire partons les religieux faisant partie du cou-