Lettres à M"" Roger des Genettes
vent. Ce choix fut ratifié par le Provincial et son conseil. — Gomme le P. Didon appartenait, à cette époque-là à la maison du faubourg Saint- Honoré, il dut émigrer de la rive droite à la rive gauche. Les Pères qui l'avaient nommé, lui firent un accueil cordial et il se mit à sa nouvelle besogne priorale avec entrain et plein d'espoir. Il était supérieur pour trois ans : il avait le temps de faire du bien avant l'expiration de sa charge. Le couvent de la rue .lean-de-Beauvais était situé à deux pas du collège de France, en plein quartier latin; et le P. Didon comptait bien profiter de cette situation, pour attirer à lui les jeunes étudiants des diverses facultés. 11 songea dès lors à faire bâtir dans le couvent une salle de conférences ouverte au public ; et il se promettait d'y discuter avec quiconque se présenterait, les problèmes religieux, politiques, scientifiques, philosophiques, dont était saisie l'opinion. Jl aurait voulu créer un foyer d'enseignement supérieur et ses rêves allaient très loin. Je le vis à ce moment et il me dit qu'il espérait bien d'ici à quelque temps d^No'w son journal à lui^ sa revue à lui, etc.
Un Chapitre provincial, c'est-à-dire une réunion de tous les prieurs de la Province de France devait avoir lieu, le 22 juillet, à Flavigny, pour la réglementation d'affaires importantes; le P. Didon en faisait partie de droit. Il prépara son voyage, et dès le milieu de juillet, il se mit en route vou-
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lant aller d'abord, dans le village natal, embrasser sa mère. Il venait d'apprendre par une lettre que la pauvre femme était atteinte d'un mal inexorable — le cancer, — et qu'il y avait tout à redouter. Dans quel délai ! Dieu seul le savait. Il accorda à sa mère trois jours de joie. Sa visite fut moins triste qu'il ne le craignait. Les montagnes de son village dont la vue l'enthousiasmait, comme à dix-huit ans, ne furent pas couvertes d'un crêpe trop noir. 11 trouva sa mère dans un état relativement satisfaisant, et il s'illusionna ou du moins on l'illusionna. « Grâce à Dieu, écrivait-il, le mal dont on (( la croyait atteinte, n'est pas un cancer : c'est une (( tumeur qui ne semble pas dangereuse et qui ne « fera point de la vieillesse de ma pauvre mère un u long matyre. Ma mère a assez soulTert dans sa « vie des deuils multipliés que la mort a faits au- « tour d'elle, pour que Dieu l'épargne dans ses « derniers jours, et la laisse s'endormir tranquille, « les yeux fixés sur cette éternité qui a pris tous (( les siens et où elle veut les rejoindre'. » Quelques mois plus tard, les médecins constatèrent qu'il s'agissait bien d'un cancer et non d'une tumeur inotTensive.
Le 22 juillet, le P. Didon se trouvait à Flavigny. Il avait quitté le Touvet par un temps affreux. Une pluie diluvienne l'avait accompagné