Lettres à M"« Th. V., 20 juillet, 13 octobre KS
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jusqu'au-delà de Lyon; de sorte qu'en arrivant en Bourgogne, il fut enchanté de trouver un ciel lumineux, et des collines riantes de verdure et de soleil. Le chapitre de Flavigny eut lieu sans incident notable. Le père rentra bientôt à Paris, où il célébra la fête de saint Dominique. Puis, selon son habitude il alla prendre quelques semaines de repos à Saint-Brieuc et à la vilhx Godu.
il se plaisait de plus en plus sur ces côtes lointaines de la Bretagne. Il trouvait le site de la petite maisonnette charmant. De sa fenêtre, à deux pas de Tescarpement de la falaise il voyait la grève, puis rhorizon immense où le regard se perdait. La solitude était absolue, le recueillement intense et le travail facile. Cette année-là, il avait avec lui deux ou trois pères, qui se distribuaient le travail du ménage. L'un allait à la pêche, Tautre allait dans les fermes acheter du beurre, des pommes de terre, des œufs, le troisième restait au foyer et faisait la cuisine. Cette existence de sauvage ou d'ei'mite lui était délicieuse. Rien ne le reposait mieux du tourbillon étourdissant de Paris.
11 fallut revenir au couvent de la rue Jean-de- Beauvais au commencement de septembre ; et au mois d'octobre, faire et prêcher la retraite annuelle de la communauté. Comme prieur, le P. Didon crut de son devoir de donner quelques conférences à ses religieux. Il essaya de leur communiquer la ilamme Scûnte qui brùhiit en lui. Il leur rappela
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les devoirs oublies ; il les sollicita de monter à des vertus plus hautes; il fit passer sur eux le souffle vivifiant de l'esprit divin et il exerça une salutaire impression par ses accents de foi profonde et de franche loyauté.
Le 28 octobre, on inaugura la nouvelle chapelle du couvent des Dominicains, rue du Faubourg Saint-Honoré. Le P. Didon fut appelé à prendre la parole. La foule des amis et des curieux était grande. L'orateur essaya de répondre aux objections de ceux qui ont protesté au xix" siècle, contre la renaissance des religieux-prêtres et des moines-apôtres. La renaissance monacale a-t-elle eu sa raison d'être de nos jours? Ces hommes en froc ne sont-ils pas des revenants d\m passé à jamais fini, des images sans originalité d'un monde évanoui, des larves errant aux abords d'un tombeau? Ce discours était, sous une forme nouvelle, la réédition du discours sur le Moine prêché autrefois à Saint-Jacques du Haut-Pas; et la réédition du discours sur r Apôtre, prêché un an auparavant, à l'église de la Madeleine.
Le P. Didon fit d'abord surgir la noble figure du P. Lacordaire. Voilà celui qui ouvre la marche de l'armée monacale ; et ce moine-là n'est-il pas un homme de notre âge, uq être pétri avec la lave de nos volcans, et dont la modernité est incontestable? Alors passant à des considérations rationnelles, le P. Didon essayait de définir le rôle futur
des moines-apôtres. L'àme de la patrie et rame du peuple sont des terrains à défricher, à assainir, à renouveler, à fertiliser. Les moines-apôtres auront à arracher Tivraie de l'incrédulité, et du scepticisme, les ronces des haines fratricides qui étouffent la vie de notre nation; ils auront, à préparer et à. hâter les moissons de vérités et de vertus; et à pacifier les esprits en réconciliant, dans une vaste synthèse doctrinale, les sciences de la terre et la science du ciel, les sciences humaines et les sciences de Dieu. Et dans son inquiétude prophétique, le P. Didon criait encore : a On « peut chasser les moines, ils reviennent; les per- « sécuter, ils se redressent ; essayer de les suppri- « mer, il résistent à tout. »
Trois jours après avoir prononcé ce discours, le P. Didon inaugura sa prédication de Tavent à Saint-Philippe-du-Roule. La Question morale fut de nouveau le thème de ses entretiens.
Quelle est la doctrine qui sauvegarde le mieux la Iwnière morale et la liberté morale ? Le savant prédicateur n'eut pas de peine à démontrer que C'était le christianisme. On nous parle d'une morale sans Dieu, mais une pareille morale est irrationnelle, impuissante, décevante; on est obligé de la répudier au nom de la raison, de la dignité humaine et de nos intérêts les plus sacrés. En face de la morale athée, se dresse la morale évangélique, affirmant Dieu, affirmant Pâme, affirmant
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la vie future ; mettant la foi à la place du cloute, et illuminant de ses clartés, non seulement la route que nous avons à suivre ici-bas, mais encore le monde d'outre-tombe. Laquelle de ces deux morales est la plus lumineuse? Et le christianisme qui sauvegarde la lumière sauvegarde aussi la liberté morale. Le P. Didon démontra Texistence de cette liberté, basée sur la constitution même de notre nature humaine; il démontra la persistance de cette liberté malgré nos passions ; et après avoir dit comment on pouvait se servir de la liberté il indiqua comment on devait s'en servir. Quoi qu'on en dise, s'écria-t-il, le christianisme est une grande école de liberté, parce qu'il a les procédés les plus vrais, les plus efficaces, les plus populaires pour former des âmes libres. Dans une suprême conférence, qui résumait et contenait toutes les autres, le P. Didon fit voir en Jésus- Christ la pierre fondamentale de toute morale. Sans le Christ, le terme final de la morale, qui est Dieu, est insaisissable; sans le Christ, l'agent libre que nous sommes serait dénué d'une force suffisante, pour atteindre au terme final; sans le Christ, la loi ou l'expression exacte du rapport entre l'homme et Dieu n'existe plus.
Le public parisien, qui se groupait aux pieds de la chaire du jeune dominicain fit boa accueil à cet enseigneaient; et, malgré les préoccupations politiques et les luttes qui déchiraient la France
d'alors, commme la France d'aujourd'hui, Tauditoire alla toujours en augmentant. Il devait augmenter encore plus les années suivantes. Cette vigoureuse affirmation de la lumière et de la puissance évangélique répondait évidemment à un besoin des âmes.