CHAPITRE IX
L'EXIL DE CORBAHA
Entrevue du P. Didon et du P. Larroca. — L'exil à Corbara. — Occiipalions. — Lettres et. visites reçues. — Lettres de M""" Didon, de Pasteur, de M.dcFalloux. — Visites diverses. — Mort de la mère du P. Didon. — Voyage au Touvet. — Retour à Gorbara. — Délivrance du P. Didon.
Dès le lendemain de son arrivée à Rome, c'est-àdire le 8 avril, le P. Didon se présenta an général de l'Ordre, le P. Larroca. Le général en le voyant se leva et l'embrassa, pnis se rassit dans son fantenil. Le P. Didon, debout, à côté de Ini, à gauche, prit la parole et dit : Mon Révérendissime Père, me voici pour recevoir vos ordres. Le P. Larroca lui répondit d'une voix émue et étouffée: «Vous (( n'êtes pas sans savoir la fâcheuse impression (( produite par vos conférences : vous avez pris une « mauvaise voie, vous n'êtes pas un apôtre, vous « êtes un tribun; vous ne convertissez pas les in- « croyants, vous les confirmez dans leur incrédu- (( lité; vous n'avez pas Tesprit de l'Évangile, vous « avez compromis l'Ordre en disant qu'il était dans « vos idées. » — Le général avait parlé d'après les
rapports inexacts qui lui avaient été faits. — Le P. Didon ne répondit absolument rien à ces accusations ou plutôt aces appréciations de son apostolat. — Une force intérieure, a-t-il raconté, lui commandait de se taire; à l'exemple de Jésus, son maître, qui ne répondit rien autrefois à ses accusateurs. Il se tint dans la plus parfaite quiétude, dans la plus inaltérable sérénité. Puis, il dit au général : « Eh! bien, Révérendissime Père, que faut-il que je fasse? »
Le P. Larroca hésita un instant et répondit : « Il faut que vous vous retiriez en Corse, à Corbara dans un couvent solitaire. Vous n'y prêcherez pas, vous n'y confesserez pas; vous prierez et vous étudierez jusqu'à nouvel ordre. — Quand voulezvous que je parte? — Le plus tôt possible, et dès que vous vous serez reposé. — Je vous demande seulement, mon Révérendissime Père, de ne pas quitter Rome avant d'avoir vu le pape et d'attendre, quelques jours, mon audience. — Je vous le permets. » — Le P. Didon se retira. — Il alla rédiger une demande d'audience au Vatican et résolut d'attendre quelques jours, une semaine au plus tard, la réponse affirmative ou négative qui lui serait faite. Ces jours d'attente furent un peu pénibles. Cependant il était profondément résigné au fond, et il acceptait de souffrir. — L'audience papale ne lui fut pas accordée. — Il quitta Rome, où il n'avait plus rien à faire, le
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mercredi 14 avril, à dix heures quarante du soir, par le train de la Haute-Italie, et il se dirigea sur Livourne. Il trouva quelques lettres à Livourne, et dans l'une d'entre elles on lui apprenait la trahison d'un de ces amis. II en eut le cœur déchiré, et il commença à croire que son martyre traverserait les phases les plus douloureuses. Mensonges, insultes, trahisons, abandons, calomnies, rien ne devait lui être épargné et il devait s'attendre à tout. « Oh ! la trahison des amis, leur « défiance, leur soupçon, leur doute, leur aban- « don... voilà la vraie douleur. Ceux qui ne Tont (( pas connue n'ont rien senti. Ils n'ont pas même (( été égratignés à la peau. Maintenant je ne « compte plus les coups que Dieu frappe ^ »
Il s'embarqua à Livourne pour Bastia où il débarqua le 18 avril. A Bastia, le P. Didon, croyant entrer dans un café-restaurant, pénétra dans le Cercle du Nord, cercle républicain, el s'attabla pour lire les journaux. Un habitué survint et lui dit : (( Nous ne recevons pas de prêtres ici. » Le Père sortit aussitôt; mais, quelqu'un l'aj^ant reconnu, deux membres du Cercle, l'avocat Casajb^anca et^ le D' M anfredi , abordèrent le dominicain et lui firent des excuses, le priant de revenir au Cercle. Le P. Didon refusa très courtoisement. Alors, les journaux du cercle furent envoyés à