Lettres inédites
l'exil de C0RB.4RA 229
que, dans l'entrevue qu'il doit avoir avec vous, il pourrait se faire qu'il vous accorde votre retour en France. Dans cette hypothèse, il désire savoir s'il y aurait quelque inconvénient, en quoi et comment je vous occuperais. Je vous envoie la copie de ma réponse, non afin de vous faire connaître mes sentiments pour vous, vous n'en avez pas besoin, mais afin de vous mettre au courant de la situation et de la réserve que j'ai cru devoir faire pour Paris, réserve dont il vous sera aisé de comprendre et d'apprécier les motifs...
Enfin, votre exil va se terminer. Combien j'en suis heureux pour vous, pour moi, pour tous vos aaiis. Vous aurez su accepter avec la vertu d'un vrai religieux une épreuve dure et prolongée. Dans Tentrevue que vous aurez avec le Maître général, laissez-moi vous demander de vous détendre. Ouvrez-vous à lui, et ce qui pourrait lui rester de préventions tombera. Vous préviendrez ainsi le retour de Timpression produite par certaines accusations. Il saura mieux et par lui-même combien vous êtes un religieux droit, honnête, sans fausse ambition, sincère dans ses convictions, mais nullement rebelle aux conseils éclairés. Votre thèse du rapprochement des esprits et des classes dans la vérité et la charité n'a certes rien de répréhensible, et ne vous aurait, à mon avis, causé aucun ennui, si, entendant la main a vos adversaires, vous n aviez pas trop souvent froissé
les croyants du camp crisraël. Convenez de cela, si vous le voulez, devant le Maître général : enfin déboutonnez-vous et, en effaçant le passé, vous sauvegarderez Tavenir.
<( Tenez-moi au courant de ce qui va se passer, et prévenez-moi de votre retour. Nous sommes en congrégation intermédiaire, la situation est grave. Priez pour nous. — Je vous embrasse cordialement, en attendant le baiser du retour.
« Fr. B. Chocarne,
«ProY. des FF. PP.»
Le jeudi, 6 octobre, à onze heures du matin, le P. Didon reçut du Maître général un télégramme daté de Lyon et lui donnant rendez-vous : soit à Livourne, soit à Florence. Comme la dépêche était urgente, il s'embarqua dès le lendemain; et, comme il aurait fallu attendre quatre jours un bateau italien qui l'aurait transporté de Bastia à Livourne, le P. Didon préféra s'embarquer sur un bateau français pour Marseille, se réservant de partir ensuite par le chemin de fer et de joindre à Florence son général. Il arrive à Marseille le samedi, il va au couvent et demande le prieur. « Il est absent, lui répond le portier. — Le Provincial ?
— 11 n'y est pas; mais, ajoute le concierge, le général est ici depuis hier. — Bon, reprend le P. Didon, c'est précisément le général que je veux. »
— L'entrevue de Florence eut donc lieu à Mar-
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seille. Elle fut cordiale et parfaite. Après quelques explications, la solution désirée fut donnée. Le P. Didon clait autorisé à rentrera Paris purement et simplement, afin de reprendre son ministère aposloliqiie.
Profitant des bonnes dispositions du Maître général, le P. Didon lui adressa deux demandes qui prouvèrent au P. Larroca que l'ancien exilé de Corbara n'était pas pressé de remonter en chaire. Il lui dit : (( Mon Révérendissime Père, j'ai commencé à Corbara, un travail considérable sur le Clirisi. j'aurais besoin, pour mener ce travail à bon terme, de faire un séjour en Allemagne de cinq ou six mois, et d'achevermes recherches préliminaires par un voyage en Terre Sainte. Il est impossible de traiter du Christ aujourd'hui sans avoir vu les Lieux Saints et sans connaître les grands travaux d'exégèse dont l'Allemagne est le foyer. »
Ces deux permissions furent accordées, mais le Maître général témoigna le désir de voirie P. Didon passer d'abord deux ou trois mois à Paris. Le lundi suivant, le P. Didon arrivait à Paris. Grande fut la joie de ses nombreux amis. Ils avaient souffert des souffrances de l'exilé, ils avaient admiré sa douloureuse résignation, et ils s'efforcèrent de lui faire oublier le plus vite et le plus complément possible les tristesses de Corbara.