‹ Le père Didon; sa vie et son œuvreChapitre 49 sur 57 · Cette lettre est d'Alexandre Dumas · texte numérisé non relu

Cette lettre est d'Alexandre Dumas

^^^ LE PÈRE DIOON

primitif, contenait trois parties : une partie iiistorique, qui devait être le tableau de la vie de Jésus; une partie apologétique, qui devait décrire révolution de la doctrine de sa divinité; une partie morale et mystique, qui aurait été l'étude expérimentale de son act:ion sur la conscience de Thomme et de riuimanité. La pi'emière partie absorba l'attention et les efforts du P. Didon, et finalement il ne fut plus question que d^elle. Le dogme et la morale entrèrent; dans l'œuvre comme parties intégrantes de l'histoire, et on en a même fait un reproche au P. Didon. [1 est certain que les discussions théologiques et les réflexions ascétiques surchargent parfois les chapitres jusqu'à alourdir la marche des événements.

L'ouvrage est admirablement divisé en cinq livres qui nous montrent la vie du Christ se déroulant avec une unité et une progression parfaites. I. D'abord les Origines ele Jésus. — IL Puis le Rôle du précurseur et les premières apparitions du Christ au milieu de la société juive. — III. Apostolat cjaliléen et la Fondation du royanme de Dieu. — IV. Les Grandes luttes à Jérusalem. — V. Enfin la Mort de Jésus et au delà. Ces cinq cadres sont remplis par cinq magnifiques tableaux. Le P. Didon y révèle un mélange des qualités les plus diverses et les plus fortes de l'éloquence et du beau style. Il aborde avec une égale supériorité tous les tons: l'exposé dogmatique dans sa précision ; la disser-

talion philosophique dans son ampleur majes- Lueuse; la conclusion morale dans son onction insinuante; le récit dans son allure dénouée; la description en son relief lumineux ; et il a partout l'émotion forte, persuasive, entraînante, Télévation de l'esprit et de l'âme, la conviction inébranlable, sans dureté ni amertume contre qui que ce soit. C'est l'œuvre d'un maître en la connaissance des choses divines et humaines. Le parfum des suavités intérieures y embaume la rigidité des doctrines et des faits '.

Ernest Renan avait dû le succès de son livre aux pittoresques descriptions qu'il avait données des paysages de la Galilée et de la Judée. Le P. Didon essaya d'absorber l'ceuvre de Renan, en donnant, lui aussi, des descriptions pittoresques, et en peignant des paysages aussi précis que poétiques. Voici par exemple la belle description de la merde Tibériade : « Le lac de Génésareth est le (( joyau de la Galilée. Ce n'est pas un saphir tou- « jours bleu : ses eaux ressemblent à l'opale aux a reflets changeants. Les montagnes lui font un « sertissement de belle ciselure. A Toccident, (( les hauteurs grises de Safed, les roches escar- « pées de l'Oiuidy-Hammar, Koroun-Hattin, la (( cime d'Arbèl, les monts de Tibériade; à l'orient i< les dernières pentes toutes vertes qui descendent,

Page 1