Lettre d'Emile OUivier
(( en ondulant, du haut pays de Gaulan, et qui (( se redressent parfois pour retomber à pic ; au (( nord, les collines de Korazin, et, par delà, le (( grand Hermon, étincelant de neige, ferment « l'horizon de tous côtés. Ce cercle immense ne « s'entr'ouvre qu'au sud pour former la vallée du « Jourdain et donner passage au fleuve. Le ciel (( du midi encadré par les masses bleuâtres et (( vaporeuses des monts de Bescan et d'Adjloun, « est d'une blancheur d'argent. Les volcans ont (( tourmenté ces montagnes et ces collines, comme « ils ont secoué les régions sauvages de la mer « Morte. Les blocs noirs de basalte qu'ils ont « vomis se voient de toutes parts. Et cependant « quel contraste entre la mer Morte et la mer de (( Tibériade ! L'une est un gouffre, l'autre est une (( coupe ; la colère de Dieu semble planer sur l'une, « et l'amour de Dieu sur l'autre. Ici, une morne, (( une effrayante désolation; là, une tranquille (( sérénité. »
Voici maintenant la description de Nazareth.
(( Nazareth signifie fleur et rejeton. En venant de (( Jérusalem, on aperçoit des dernières cimes de (( la Samarie, la petite ville au loin, comme un « point blanc, sur les hauteurs escarpées qui (( dominent la plaine de Jisreel. Les maisons grises, « carrées, à toits plats, s'étagent sur le versant (( oriental de deux collines séparées par un ravin (( qui dessine la grande rue montante de Nazareth.
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(( Là sont les bassins d'ablution, les ateliers, les « boutiques, le marciié, la synagogue. A l'est de « la ville se creuse une vallée où jaillit la source (( qu'on appelle aujourd'hui la fontaine de Marie. <( Le ravin et la vallée se rejoignent au-delà des « dernières habitations, dans une petite plaine, « qui fait le fond verdoyant de la coupe, au-dedans (( de laquelle Nazareth est assise. Gazonnée au (( printemps, cette plaine se dessèche en été. Elle « devient Taire où les Nazaréens foulent aux pieds « des bœufs le blé et Forge, et vannent leur grain (( au vent du soir. Oliviers et figuiers, nopals aux « larges feuilles toujours vertes, grenadiers, amance diers et citronniers, parsemés de cyprès noi- « râtres justifient le nom de la petite ville, fertile « et iieurie. Les ruelles qui mènent à la source (( s'animent le matin et le soir, par le va-et-vient « des jeunes filles et des jeunes femmes. Elles « marchent à pas lents, silencieuses et graves, « l'urne penchée sur la tête, la main relevée pour « la soutenir, le voile rejeté en arrière et flottant : « on dirait des statues grecques en mouvement. » Voici enfin un paysage de montagne : LeThabor : « Il se dresse solitaire en pyramide, comme un « gigantesque piédestal, à plus de six cents mètres, « à Textrémité nord-est de la plaine de Jisreel. (( Un col peu élevé le sépare des montagnes de « Nazareth. Les flancs sont couverts de beaux (( chênes entre lesquels serpente le chemin. La
(( cime est un ovale aplani dont la moitié sud, est « encombrée de ruines, — débris d'antiques for- « teresses de l'époque des rois d'Israël et delà con- « quête Arabe, restes vénérables de trois Églises « élevées, au temps d'Hélène, à Jésus, à Moïse, (( à Elle. — Du haut des murs démantelés des (( vieilles tours croulantes, on voit se dérouler (( la Galilée entière avec ses chaînes de montagnes, « ses vallées, ses plaines et un coin bleu de son « lac. La terre est presque nue aujourd'hui ; à (( quelques points noirs et gris, on devine les u arbres rares, épargnés par la hache humaine. « Partout le gazon vert, entrecoupé de champs (( labourés qui s'allongent en bandes noirâtres, « comme les tentes cle poil des Bédouins. Çà et là, « des villages, dont les maisons carrées, pressées « les unes contre les autres, ressemblent à de (( grandes ruches. »
Ost avec ce beau vêtement littéraire que le P. Didon nous présente les faits évangéliques. Autant que possible, il fait revivre le pays où vécut Jésus; la Judée, la Samarie, la Galilée avec leurs collines, leurs vallées, leurs plaines, leurs villes, leurs villages, leur fleuve, la mer de Tibériade si vivante, la mer Asphaltite si morte. Il fait revivre la société juive du temps de Jésus, avec les costumes, les mœurs et les préjugés du temps, avec les Pharisiens orgueilleux, les Publicains méprisés, les Sadducéens sceptiques ; et le peu pie toujours
DEUXIÈME VOYAGE EN PALESTIINE. c( VIE DE JÉSUS » 333
prêt à se passionner pour la politique ou la religion. Il fait revivre aussi la physionomie humaine et divine du Christ, — sans diminuer en rien les splendeurs de celle-ci et les infirmités de celle-là, — il nous le fait voir entraînant les foules par la grandeur de sa parole, par fa grandeur de ses œuvres et plus encore par la grandeur de son martyre et de sa résignation. Du haut de son gibet, Jésus domine Jérusalem, en attendant la domination du monde.