CHAPITRE XIV
LE P. DÏDON A ARGUEIL
Le P. Didon est nomiiic prieur d'ArcueiL — Les idées éducatrices du P. Didon. — Fondation de Técole Lacordaire. — Fête du bienheureux Albert, le Grand. — Caravane de Rome. — Sermon SUT r Union des catholiques. — Le carême à la iMadeleine. — Conférences à l'École Lacordaire. —Acquisition du château et du parc Lapiacc. — Construction des Bains. — Création de la gare Laplace. — Voyage en Turquie et en Grèce.
Pendant que le P. Didon écrivait les dernières pages de sa Vie de Jésus, une nouvelle inattendue lui arriva : il était nommé par les Pères d'Arcueil, directeur de FEcole Albert-le-Grand. Cette élection n'aboutit pas tout de suite. Le général averti lit savoir aux pères d'Arcueil qu'il fallait d'abord laisser le P. Didon terminer et publier tranquillement son ouvrage; et le P. Didon qui était venu passer quelques heures à l'école d'Arcueil, dut regagner Flavigny, pour y corriger les épreuves de sa Vie de Jésus, et rédiger son Introduction qui n'était pas encore faite. Ceci se passait au mois d'août 1889. — Après cet échec momentané, les Pères d'Arcueil ne se tinrent pas pour battus.
Ils attendirent patiemment que l'ouvrage clu P. Didonfût achevé et approuvé; et, dès que tout cela fut fini, le directeur intérimaire qu'ils avaient désigné, donna sa démission ; et les électeurs firent de nouveau appel au dévouement du P. Didon et à Tapprobation du Maître général. A cette date, mars 1890, le livre terminé allait paraître. Le Maître général n'avait plus de raisons sérieuses à opposer à l'installation du P. Didon, comme prieur d'Arcueil ; et celui-ci, malgré les difficultés de la tâche, n'essaya pas de se dérober.
La joie fut grande parmi les administrateurs, les professeurs et les élèves de l'école, quand circula la bonne nouvelle. Le P. Barrai, sousprieur de l'école, se chargea d'aller chez le cardinal archevêque de Paris, pour lui faire connaître l'installation prochaine du P. Didon à Arcueil, et on lit les préparatifs pour la réception du nouvel élu. — Il fut décidé que le P. Didon arriverait à Arcueil, le mercredi soir, 26 mars, que, le lendemain matin , à huit heures, ses lettres d'investiture seraient lues publiquement, qu'à dix heures un quart il recevrait les maîtres, puis immédiatement après il serait présenté aux élèves et qu'une fête serait organisée pour célébrer son joyeux avènement. Le programme fut rigoureusement exécuté, et le P. Didon prit en main les rênes du pouvoir scolaire. Une circulaire fut immédiatement rédigée
et envoyée aux familles des élèves. En voici le texte :
Arcaeil, 30 mars 1890.
Je me fais un devoir de vous informer que le Révérendissime Père Larroca, Maître général de l'Ordre de Saint-Dominique, agréant le vote unanime des religieux d'Arcueil, m'a confié la mission de diriger comme prieur l'école AlJ3ert-le- Grand. — En me présentant à vous, sous de tels auspices, j'aime à espérer que vous voudrez bien étendre jusqu'à moi la confiance dont vous honoriez, à si juste titre, mes vénérés prédécesseurs. Cette confiance sera pour moi, après Dieu, la meilleure force dans l'accomplissement d'une œuvre qui vous touche par-dessus tout, et dont je mesure les difficultés et la religieuse grandeur.
« Fr. H. DiDOiN,
« prieur. »
Le P. Didon employa les premiers mois de son gouvernement scolaire à observer attentivement ce qui se passait autour de lui, à interroger les vieux éducateurs qu'il rencontrait sur son chemin, à consulter les livres qui traitaient de cette matière. Avec la rare perspicacité de son esprit et l'ardeur de son âme conquérante, il ne tarda pas à s'apercevoir de l'insuffisance de nos méthodes en matière d'instruction, et des vices de notre
organisation scolaire en matière d'éducation. Il rêva de faire plus et mieux. Il se posa les questions suivantes :
— L'éducation française est-elle en rapport avec le milieu social, économique, politique, démocratique, scientifique, intellectuel, religieux, livré à toutes les luttes, à toutes les initiatives, à une perpétuelle mobilité? Non.
S'applique-t-elle à former des êtres forts physiquement? Non.
Des natures résolues et courageuses, se mouvant elles mêmes et ne craignant pas de se compromettre? Non.
Des natures intelligentes et cultivées? Peut-être.
Des caractères souples et ondoyants, des consciences molles et complaisantes? Je le crains.
Des cerveaux équilibrés voyant juste et net?
Non.
Des âmes de foi intrépide et raisonnée que rincrédulité, — prétendue haute sagesse et impeccable science, — n'atteint même pas? Non.
Des citoyens d'un patriotisme vaillant que Tàme du pays trouvera toujours prêts dès qu'elle jettera un cri? Non.
Des hommes d'action enfin, qui sachent vouloir eux-mêmes, se résoudre eux-mêmes, prendre toute initiative eux-mêmes, ne compter que sur euxmêmes, après Dieu, convaincus que la victoire reste, en toute lutte, au plus endurant, au plus
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persévérant, c'est-à-dire au plus cligne? Non^ Le P. Didon pensait tout cela, et il le dit tout haut, et il se mit à l'œuvre essayant de réaliser son idéal et de tirer le meilleur parti possible des éléments qu'il avait à sa disposition. — Il s'efforça d'agrandir et d'élargir le terrain d'Arcueil et de remplacer les cours grillées et murées comme des prisons, par de vastes pelouses sans barrière, où l'exubérance de la jeunesse pouvait s'ébattre aisément. — Il remédia à l'éloignement trop prolongé de la famille par des sorties plus fréquentes, conquises par le travail; il corrigea une discipline trop comprimée et trop passive par le développement de l'initiative et de la responsabilité; il favorisa l'expansion de la force physique, de l'endurance, de la résistance, par un sage encouragement donné aux sports athlétiques ; et bientôt sous son habile et active direction, l'école d'Arcueil prit un essor et une prospérité qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps. Cette première année scolaire se clôtura par un beau discours du P. Didon, sur la Culture de la volonté.
Dès la rentrée de cette même année 1890, le P. Didon, voulant donner à l'école d'Arcueil un indispensable complément, loua provisoirement, dans la rue Saint-Jacques, à côté du Val de Grâce, une maison dont il fit une école pré-