DERNIÈRES ANNÉES DU P. DIDON
Fondation de Texternat Saint-Dominique. — Discours sur r Homme cV action. — Lettre de Bonvalot. — Voyage aux jeux Olympiques de Grèce. — Discours divers à Marseille, au Havre, à Paris. — Le discours sur VEsprit militaire. — Dernier voyage en Egypte et en Palestine. — Retour à Paris. — Voyage en Angleterre. — Déposition devant la Commission d'enseignement. — Le livre sur le Nouveau Testament. — Départ pour Rome. — Sa mort subite à Toulouse.
Une autre œuvre que le P. Didon tenait à créer, parce qu'elle répondait à un besoin de notre temps et aa désir qu'avait Téminent éducateur de compléter de plus en plus son outillage scolaire : c'était un externat à Paris. Depuis plusieurs années, le P. Didon en avait l'idée, mais en 1895 cette idée était mûre, et il fallait la réaliser. Deux choses faisaient défaut : le terrain et l'argent. On se mit à chercher l'un et l'autre. Il était d'autant plus urgent d'aboutir que les élèves de l'école Lacordaire, devenant trop nombreux, ne pouvaient plus trouver place dans le local trop étroit de la rue Saint-Jacques. Un bâtiment nouveau était donc nécessaire pour abriter à la fois et l'école préparatoire et le futur externat.
On ne tarda pas à découvrir de vastes terrains libres tout près du Trocadéro, entre la rue des Sablons et la rue Saint-Didier. Le propriétaire de ces terrains, M. le comte de Subervielle, en offrit généreusement un lot considérable, se fiant au succès du P. Didon, pour être payé, à longues et lointaines échéances. Un entrepreneur accepta également de faire les travaux, sans être trop exigeant sur la rapidité du paiement. Dans ces conditions, les ouvriers furent bientôt à Fœuvre, et promirent d'avoir fini pour la rentrée d'octobre 1896.
Après les difficultés pécuniaires, d'autres difficultés vinrent entraver le projet du P. Didon. Les supérieurs de Técole Gerson crurent qu'un collège religieux libre, fondé non loin de leur collège à eux, et conduisant ses élèves au lycée Janson-de- Sailly, comme ils le faisaient eux-mêmes, serait très nuisible au développement de leur œuvre. Ils s'imaginèrent que cette similitude de système amènerait entre les maîtres des deux écoles religieuses de mesquines rivalités et une dangereuse concurrence. Ils firent part de leurs inquiétudes à Son Eminence le cardinal archevêque de Paris et le prièrent d'intervenir. Le P. Didon fut mandé à l'archevêché, et Son Eminence lui exposa les arguments que faisaient valoir les supérieurs de l'école Gerson. Le P. Didon ne crut pas devoir modifier son plan et son système. 11 jugea
chimériques les craintes crune rivalité ou d'une concurrence; il pensa que les inconvénients d'une rencontre des élèves de Texternat Saint-Dominique et des élèves de TEcole Gerson, sur les mêmes bancs du lycée Janson-de-Sailly, seraient absolument nuls ; et Tavenir lui donna pleinement raison. L'externat Saint-Dominique n'a pas nui à l'externat deGerson, et l'externat de Gerson n'a pas nui à l'externat Saint-Dominique. En tout cas, dès le commencement de l'année 1895, les fondations du nouvel établissement du P. Didon commencèrent à émerger au-dessus du sol, sous l'impulsion d'un architecte et d'un entrepreneur, très vigilants et très actifs. Le P. Didon venait constater de temps en temps les progrès de l'édifice, tout en continuant son œuvre de la rue Saint- Jacques et d'Arcueil.
Au mois de mai, il reçut une lettre qu'il n'attendait pas et qui lui rappela les meilleurs souvenirs du voyage de Grèce et de Turquie. L'archimandrite d'un des couvents du mont Athos lui écrivit, à la date du 24 mai : «Dans l'Église de la (( vraie foi, depuis les premières années du chris- (( tianisme se conserve la bonne coutume, pour « les saintes fêtes de Pâques, de se donner le (( baiser de paix en échangeant des œufs rouges. (( Nous avons reçu comme cadeau pascal une « œuvre de vous sur la Vie de Jésus-Christ, trace duite en russe, à laquelle étaient joints votre
lettre et votre portrait. Nous avons reçu encore deux exemplaires de votre livre et de votre portrait. Nous les avons donnés, pour vous faire connaître, aux monastères de Saint-André et de Saint-Élie. Le souvenir de votre cadeau restera pour nous comme un des agréables épisodes dans Thistoire de notre monastère et comme une preuve de Tunion chrétienne. Nous apprécions et nous souhaitons de tout notre cœur de vous voir continuer vos travaux pour la propagation de la voix de Dieu.
« Nous vous prions de recevoir et de présenter à tous vos pères notre salut profondément amical.
« Au monastère russe de Léon PantélémonofT.
André,
ArchÏQiandrite, et tous ses frères en Jésus-Christ.
Le 22 juillet, — dernier jour de l'année scolaire 1895 — le P. Didon prononça son discours sur rHomme d action. Il se posa ces deux questions : q-uelle idée nous faisons-nous de l'homme d'action? Et suivant quelle méthode espérons-nous le former? — Il répondit ainsi : Thomme d'action, c'est un être d'activité ardente, vive, exubérante; de volonté forte, supérieure, impatiente de vouloir, de produire, de commander. Esprit net, juste et pratique, il conçoit le but et les moyens de
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l'atteindre; rempli de tact et d'à-propos, il connaît le milieu et le moment, il temporise pour attendre Theure, et il bondit, dès que l'heure a sonné; fort et bon, il n'a d'autre levier que la vérité, le droit, la justice; d'autre amour que le bien et l'honnête. — La méthode pour former l'homme d'action, c'est : V d'inculquer à un enfant ou à un jeune homme le désir, la volonté d'utiliser sa vie; 2° d'exercer dans chaque individu le jugement, la l'aison pratique; 3*" d'exercer l'esprit d'initiative; 4° de former les individus à l'endurance; 5° d'en faire des hommes de conscience et ayant un idéal, l'idéal vivant de l'Évangile et du christianisme.
A la lecture de ce discours, Gabriel Bonvalot, qu'on pourrait surnommer r Asiatique ^ à cause de ses exploits comme voyageur dans le Thibet, les Indes et la Chine; Gabriel Bonvalot écrivit au P. Didon : u Vous me permettez bien de vous (( féliciter de votre discours sur rHonmie d action (( auquel j'applaudis des deux mains, comme vous « pensez bien, et qui a produit, m'écrit-on, un « excellent effet. Je vous remercie sincèrement « d'avoir osé parler avec tant de netteté et de (( force à notre pauvre pays qui s'engourdit dans (( l'épais sommeil parlementaire et qui s'habitue (( peu à peu à prendre les émissions de voix pour « des actes et qui s'en contente, hélas ! — J'espère, « mon cher Père, que vous me permettrez la course
« crArciieil, et que nous reparlerons de toutes ces (( choses, mais pour agir.
(( Croyez-moi tout dévoué.
(( Gabriel Bonvalot. »
En Tannée 1896, les jeux Olympiques ressuscites devaient avoir lieu à Athènes. Le P. Didon, fervent partisan des sports- athlétiques, jugea à propos d'entraîner quelques-uns de ses élèves en Grèce, pour assister ou prendre part aux jeux. Il partit d'avance et il passa par Rome, désirant s'entretenir avec le Maître général, de la situation et de la prospérité de ses divers écoles. 11 rejoignit les caravanistes à Brindisi, au moment oii ils s'embarquaient pour Patras. Le dimanche des Rameaux, de grand matin, la caravane mit pied sur le sol de la Grèce. L'accueil des Hellènes fut plus que bienveillant. Le P. Didon était allé avec ses élèves dans la petite église catholique de Patras, et il venait de dire sa messe, lorsque, sur la petite place de Léglise, une fanfare se fit entendre. C'était une gracieuse aubade qu'on donnait au P. Didon et aux Français qui l'accompagnaient. De Patras on alla en chemin de fer à Olympie, où Ton admira les ruines et le musée. D'Olympie à Andritsea. On avait l'intention de faire une excursion jusqu'au temple de Bassœ; mais le tempsfut tellement mauvais, la pluie tellementtorrentielle qu'il fallut y re-
noncer. D'Andritsea, on gagna Megalopolis, Tripolitza, Nauplie où les habitants illuminèrent pour fêter l'arrivée du P. Didon et des jeunes étudiants français. On visita Epidaure, Mycènes, Tirynthe, Argos, et enfin on arriva à Athènes.
Dans la capitale de la Grèce, les autorités religieuses et les autorités civiles rivalisèrent de prévenances. — Le grand Dominicain fut invité à prêcher à l'église catholique de Saint-Denys, le jour de Pâques. Cette année-là, par une heureuse coïncidence, la Pàque orthodoxe tombait le même jour que laPâque catholique. Aussi, ce fut devant un auditoire de trois ou quatre mille personnes que le P. Didon prit la parole. L'élite de la société athénienne et gouvernementale, sans distinction de culte, s'étaitdonné rendez-voQS dans le temple catholique. L'orateur commença ainsi son discours :
(( En amenant quelques jeunes gens de l'Ecole <^ française Albert-le-Grand participer à ces grandes (( solennités des jeux Olympiques, je songeais, — « pourquoi ne le dirai s-je pas dans cette métroce pôle? — à rendre hommage au vieux génie grec, « dont nous autres, Occidentaux et Latins, nous « aimons à nous reconnaître les fils. Je tenais « aussi à m'associer à ce développement de la « force physique, dont la Grèce nous a donné un (( exemple aussi parfait, et qui doit entrer de plus « en plus dans l'éducation de l'homme, comme « un élément nécessaire. Je voulais enfin
(( apprendre à la jeunesse qui m'est confiée, à « entrer dans ce mouvement d'union internatio- « nale, qui semble un premier pas vers la frater- (( nité des peuples, et vers cette unité morale que « Jésus, le premier, a formulée comme le grand (' but du royaume spirituel dont il est le chef, « l'initiateur, et le soutien indéfectible.
« Mais je ne pensais pas au grand honneur qui (( m'attendait et que je vous dois, Monseigneur « farchevêque, celui de prendre la parole dans u cette ville d'Athènes, où le plus éloquent, le plus (( puissant des apôtres du Christ, — le grand saint « Paul, — est venu semer la foi, il y a dix-huit « cents ans, jeter le trouble dans les vieux païens « d^ilors, les épicuriens et les stoïciens, étonner (( l'Aréopage par l'annonce d'une doctrine que la (( sagesse antique d'Athènes et de Grèce n'avait (( pas soupçonnée, conquérir là, parmi les dédai- « gneux Aréopagites, l'illustre Denys, que nous, « Français et Parisiens, nous vénérons comme «. fapôtre de notre pays, — ce qui crée sans doute a entre ce peuple et notre peuple, entre Athènes « et Paris, un lien nouveau, une sympathie d'ordre (( divin; puisque non seulement nous saluons en « vous, nos maîtres dans la philosophie, dans la « littérature, dansl'histoire, dansles sciences, mais « encore nous vénérons, dans l'un de vos conci- « toyens, notre apôtre et notre père dans la foi... »
Après cet exorde insinuant il développa une
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admirable thèse sur la Foi m Jésus-Christ ressuscité, et les Athéniens apprécièrent sa forle et persuasive éloquence.
Les jeux Olympiques commencèrent le lendemain et durèrent plusieurs jours. Dans Tintervalle des jeux, les caravanistes visitèrent le Parthénon, les environs d'Athènes, et la flotte française ancrée au Pirée. L'amiral de Maigret invita à déjeuner le P. Didon et le major de la caravane. Le mercredi après Pâques, il fallut quitter Athènes. Grâce à la bienveillance du gouvernement grec et à la protection d'une grande dame grecque, ■jy^me. ]v^T***^ -Qi^ superbe navire, le Mycali, Pancien yatch de Sa Majesté hellénique, fut mis à. la disposition du P. Didon et de ses élèves, pour traverser l'isthme de Corinthe, et aller débarquer à Itéa, aux pieds de la montagne où se trouvent les ruines de Delphes. On visita Delphes, sous la conduite d'un des contremaîtres de M, liomoUe, et le lendemain le Mf/cali transporta toute la caravane à Patras. Un dîner d'adieu réunit les officiers du yatch et les caravanistes. Au dessert, le commandant porta un toast à la France et au P. Didon. Celui-ci remercia le gouvernement grec de sa bienveillance, et les officiers du boi'd de leur amabilité et l'on se quitta. Un vapeur du Lloyd autrichien reçut la caravane. A Brindisi, le P. Didon, moins pressé que les autres membres de la caravane, se dirigea vers Naples et Rome; les autres
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rentrèrent immédiatement à Paris par Milan et le Saint-Gothard.
Rentré à Paris, le P. Didon ne tarda pas à aller voir où en étaient les travaux de la rue Saint- Didier. Son externat lui tenait au cœur, et il voulait absolument que les bâtiments fussent prêts à recevoir sa nouvelle petite famille pour le mois d'octobre. 11 constata avec plaisir qu'en son absence les murs étaient arrivés à leur pleine hauteur, que l'aménageaient intérieur avait fait des progrès, que l'aile Lacordaire était à peu près terminée et que l'aile Saint-Dominique n'était pas trop en retard. Le nid était prêt ou presque prêt pour les petits et pour les grands. Le P. Didon activa encore le zèle des ouvriers, et pendant les quatre mois suivants, juin, juillet, août, septembre, tous les corps de métiers luttèrent à qui mieux mieux pour compléter et parfaire l'œuvre commencée. Au mois d'octobre, tout fut à point. Le P. Didon transféra sans bruit et sans solennité l'école Lacordaire, de la rue Saint-Jacques à la rue des Sablons; et il ouvrit l'externat Saint- Dominique à la rue Saint-Didier. Une vingtaine de petits élèves répondirent à son premier appel, et ce petit troupeau alla grandissant chaque mois et chaque année.
Le P. Didon était lier de son œuvre. Quand, au mois de décembre, les élèves vinrent lui souhaiter la bonne année ; quand le plus ancien, por-
tant la parole au nom de tous, lui parla du nouvel édifice, dressé non plus dans le vieux quartier latin, mais près des avenues riantes du bois de Boulogne; quand il exprima la joie qu'ils éprouvaient à vivre dans cette belle maison; quand il signala Taffluence des élèves grands et petits que le nom du P. Didon attirait; et la grande œuvre qu'il accomplissait, et la noble énergie de sa volonté entreprenante, le Père fut ému.
La providence, en effet, semblait faire réussir tout ce qu'il tentait. Cette année-là, le premier reçu de l'Ecole Polytechnique, le major de la promotion, fut un de ses élèves; les Saint-Gyriens admis furent nombreux, et les candidats au baccalauréat remportèrent beaucoup de victoires. Quant aux élèves nouveaux qui se firent inscrire pour les diverses écoles, ils furent légion. Tout marchait à souhait. Le bon vent soufflait avec persistance dans les voiles des trois ou quatre navires, dont le P. Didon avait la direction . Au dedans, régnaient la paix et l'harmonie; au dehors, l'influence était grandissante. Les idées réformatrices en matière d'éducation que le Père prônait faisaient leur chemin. Il est vrai qu'il se donnait la peine de les proclamer bien haut et d'insister souvent. Pendant l'année 1897, le P. Didon prononça au moins cinq discours importants sur ce thème ào, l'Education présente.
A Marseille, au mois de février, dans l'église
Saint- Vincent-de-Paul, en présence de M^' Robert, il prit la défense des écoles religieuses libres. Il démontra qu'à côté des écoles laïques, dans lesquelles la religion était négligée ou môme combattue; qu'à côté des écoles officielles, gouvernementales, où sous prétexte de neutralité on répudiait tous les cultes reconnus et même on favorisait l'incrédulité qui proscrit tous les cultes; il fallait installer des écoles accordant à la religion la première place. Les raisons qu'il en donnait, c'est que l'homme vit de foi et non de scepticisme ; c'est que les sociétés ont pour fondement l'observance du devoir et de la vertu et qu'elles ont pour soutien la pratique de la tempérance, de l'abnégation, du dévouement. Or, là où il n'y a plus de croyance en Dieu, la conscience humaine ne peut plus parler impérieusement, et ses ordres ne sont plus écoutés. Nos sociétés contemporaines, avec leurs désirs de réformes sociales et politiques, auraient besoin, beaucoup plus que les sociétés antiques, d'allumer dans leur sein, la flamme de la justice et de la charité dont l'Évangile a le secret.
A Paris, rue Saint-Didier, le 18 juillet, le P. Didon parla en faveur du régime deFexternat, ou du moins il essaya d'expliquer la genèse et la fortune grandissante de ce régime. Il caractérisa l'externat par deux choses : la prolongation de la vie de famille pour l'enfant et l'adolescent; et la parti-
cipation effective de la famille, du père et de la mère, à l'œuvre de l'instruction et de l'éducation. Il attribuait le développement des externats à plusieurs causes, à la tendresse des mères françaises ; au danger des internats ou des agglomérations excessives; au goût des enfants qui sont friands de ce régime, et il expliquait enfin à quelles conditions un externat pouvait amener des résultats heureux pour les enfants qui y vivaient. Travail, caractère, morale, religion; il faut veiller jour par jour, à ce que rien de ces choses saintes ne soit en péril ; et puisque dans le régime de l'externat, la famille s'adjoint comme collaborateurs des religieux et des maîtres, il faut qu'entre ces collaborateurs et la famille, il existe un échange constant de vues et de jugements.
A Arcueil, le 22 juillet, au disours de la distribution des prix, le P. Didon reprit ce thème, que notre système d'éducation nationale était faussé, qu'il avait besoin d'être amendé et transformé, pour répondre à des nécessités nouvelles et former des hommes nouveaux. Il soutint que, depuis le commencement du siècle, on ne réussissait qu'à faire des hommes passifs, mous, inertes, sans initiative, tandis qu'il nous faudrait des hommes indépendants, des hommes solides, des hommes d'initiative, des hommes hardis. Alors, il montra à l'auditoire les grandes nations européennes dépensant toute leur activité à l'expansion colo-
niale, et la nécessité de modifier rorientation de Féducation française; la nécessité de stimuler la passivité et Findifférence des jeunes Français, la nécessité de ne plus absorber les jeunes Français dans les professions militaires, libérales et administratives, mais de les diriger vers des carrières pratiques.
Au Havre, au mois d'août, dans la réunion du Congrès olympique international, tenue à Fhôtel de ville, il vint rendre témoignage à l'œuvre des sports athlétiques et soutenir cette thèse que les exercices physiques exercent une action morale sur Fenfant, sur Fadolescent et influent sur la formation du caractère et le développement de la personnalité. — La pratique constante et habituelle des exercices en plein air, disait-il, développe et multiplie l'activité physique, fait naître ou augmente l'esprit de combat et de lutte, donne la force ou Fendurance, groupe dans Funité et sous un même drapeau des jeunes gens qui seraient isolés ou divisés. — Voilà des résultats appréciables.
Enfin, au mois d'octobre, à l'ouverture de l'année scolaire devant les élèves de l'école Lacordaire et de l'externat Saint-Dominique, devant les pères et mères de ces élèves, devant les maîtres et les professeurs, il expliqua pourquoi il voulait, lui, une éducation religieuse et des écoles religieuses. — Il commença par définir l'école reli-
giease, une école où l'on prie, où l'on a une foi, une loi morale, un rite ou un ensemble de rites. Puis, il prouva qu'une telle école répondait seule aux vrais besoins de la nature humaine. Dans l'âme humaine, trois vies se superposent : la vie animale, soumise aux lois de la physiologie etïeThygiène; la vie hum aine, soumise aux lois du vrai, du beau et du bien, aux lois de la logique, de la morale, de l'esthétique; la vie divine qui nous met en rapport avec Celui qui est au-dessus de la nature et de l'homme. 11 ajouta que l'école religieuse répondait mieux aa besoin de notre temps... Un milieu de neutralité et d^indifférence amène les âmes à l'indifférence et à la neutralité. Or, nous vivons à un âge qui a besoin de convictions énergiques... Qu'on donne à ces convictions énergiques, le correctif de la charité, de la tolérance delà bienveillance, soit! mais qu'on ne tue pas dans les âmes l'ardeur, la chaleur, la fermeté...
On voit combien, dans les dernières années de sa vie, le P. Didon avait à cœur la réforme de l'éducation française, et quand il constatait que ses efforts n'étaient pas stériles et qu'il réussissait â former des jeunes gens honnêtes, dévoués, courageux; il était tout heureux. Un jour, une lettre lui arriva de Madagascar, et, dans cette lettre, un de ses anciens élèves lui racontait qu'il était fier d'avoir appartenu à l'école d'Arcueil, qu'il n'oubliait pas les bons conseils reçus, qu'engagé
volontaire dans un régiment d'infanterie de marine, il était sorti premier de la compagnie d'instruction, qu'il était devenu tour à tour caporal et sergent, et qu'il donnait autant que possible l'exemple du devoir et du dévouement : vertus que le P. Didon lui avait si souvent vantées. « Ici, ajoutait le jeune (( homme, la balle meurtrière siffle souvent à nos « oreilles; nous n'y faisons pas plus attention « qu'à la balle du foot-ball, et si j'ai le bonheur « de rentrer en France avec la médaille militaire <( sur la poitrine, je serai fier de la bomber pour « montrer à tous que les élèves des Pères ne sont « p as d e s froussards . . .