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CHAPITRE XVIII

C'est vers la fin d'avril que le père Diogène et le fidèle Ménippe arrivèrent dans la bonne ville de Paris. La veille, le Parquet de Versailles avait cru utile de faire jouer le télégraphe pour informer le Préfet de Police de l'événement 'imminent.

Le Préfet de Police montra la dépêche aux nobles et subtils fonctionnaires qui l'entourent.

— A moins de scandale intolérable, — dit-il, — qu'on ne m'arrête pas ces précieux fantoches. Ils amuseront nos chers parisiens. Il faut des jouets aux peuples comme aux enfants. L'amusement des enfants, la tranquillité des parents. Un

peuple qui s'amuse est facile à gouverner. Avertissez nos dévoués reporters et lâchezles sur le père Diogène.

Après un silence qui fut religieusement respecté, parce que M. le Préfet de Police avait, vraiment, l'attitude de quelqu'un qui pense :

— Ce père Diogène me paraît un gaillard fort utile. J'entends qu'il devienne spectacle couru et personnage à la mode.

Qu'on me l'éclairé, qu'on me l'auréole, qu'on me l'illumine de la plus généreuse publicité. Son exagération des doctrines anti-sociales mettra en relief la folie de ces doctrines et guérira quelques esprits... Voici le bon ilote à qui on n'a même pas besoin de payer à boire.

— N'importe quelle doctrine, — remarqua quelqu'un, -— si on l'exagère...

— Sans doute, sans doute. Mais permettez-moi cette lapalissade : « La plupart des hommes ne voient que ce qu'ils voient ».

Ainsi M. le Préfet de Police, philosophe à sa manière, protégeait la philosophie sincère pour peu que ses manifestations fussent anachroniques et ridicules.

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