CHAPITRE XXVI
Le lendemain, tous les quotidiens s'indignaient. Les feuilles de gauche se donnait l'élégance de blâmer avec énergie au nom de la liberté. Quant à la presse de droite, elle accusait le cynique d'avoir commencé une guerre civile, tout simplement. Sans doute pour empêcher cette guerre civile de s'étendre, elle conseillait aux fidèles de ne plus aller à l'église qu'armés de revolvers et de cannes plombées.
Le père Diogène haussait les épaules :
— Ces imbéciles croient-ils la matière offerte à la critique assez infertile et petite pour que nous soyons obligés de nous
répéter et de taire deux fois le même geste ? Les prêtres sont-ils les seuls exploiteurs qu'ils connaissent et les catholiques le seul troupe xu qui se laisse mener par des mensonges grossiers et tondre par des ciseaux subtils ?
Les reporters recommençaient à tourner autour des compagnons. Ils prétendaient savoir de source certaine — les sources de ces messieurs ne sont-elles pas toujours certaines? — que l'étrange patience de la police était à bout. A la prochaine « action héroïque », tous les manifestants seraient arrêtés et traînés devant les juges.
— On n'aura pas loin à nous « traîner ». — répondait le père Diogène. C'est à messieurs les Chats-fourrés que nous désirons maintenant dire quelques vérités.
Cependant le préfet de police s'obstinait à trouver divertissantes « les petites facéties de ces jeunes gens. » Il recommandait à ses subordonnés:
— Tant qu'ils ne s'attaquent pas à nous, ayez soin d'arriver en retard.
— Et si c'est la police qu'ils injurient?
— Oh ! alors, c'est une autre paire de manches. La police — vous ne l'ignorez
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pas, vous qui avez l'honneur de lui appartenir — constitue le vrai gouvernement dans une grande ville moderne. Nous pouvons permettre qu'on ébranle les influences apparentes, non qu'on touche à l'autorité réelle. Le jour où ces gens-là seraient assez imprudents pour s'en prendre à nous, vous arriveriez à temps. En revanche — je m'adresse messieurs, à des gens d'esprit — vous ne parviendriez que trop tard à contenir la juste colère de vos hommes.
Mais presque tous les journaux annonçaient que la prochaine manifestation menaçait le Palais de Justice. Quelquesuns, sur on ne sait quels renseignements, croyaient que « le faux capucin » prononcerait « son nouveau sermon » en pleine Bourse.