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ne pouvait que plaider victorieusement la cause d'Hébert, candidat à un poste où il serait appelé à rendre les plus éminents services aux frères et amis.
Mais l'homme des faubourgs, l'élu des Jacobins, le favori des sections, le journaliste toujours agressif contre l'Assemblée nationale et le Comité de Salut public, le fonctionnaire enfin, qui, sous le masque du Père Duchesne, estimait « ses moyens de salut public » préférables à ceux du « bateleur Barère 4 », avait amassé trop de haines dans la Convention pour être accepté comme ministre de l'Intérieur. Aussi son concurrent Paré lui fut-il préféré par 118 voix sur 232 votants dans la séance du 20 août.
Hébert et la fable du trésor à Sainte-Pélagie. — Vains espoirs de M" Roland. — Coquetterie féminine. — Hébert marque les victimes. — Nouvelles poussées de socialisme. — État critique de la France. — Conflit de Danton et d'Hébert. - L'émeute à l'Hôtel de Ville et à la Convention. — Séance mémorable : la Terreur à l'ordre du jour. — Reconstitution du Comité de Salut public. — Séances tumultueuses aux Jacobins. — Le Conseil général maître de la Convention et de Paris.
A propos de cette élection, un contemporain, Méhée de la Touche, écrivait 1 :
« De même que Gollot d'Herbois qui, aspirant au ministère de l'Intérieur, s'était fait faire un habit noir complet pour entrer en charge, n'avait commencé à voir dans Roland un grand scélérat, qu'au moment où celui-ci l'avait supplanté, Hébert, aussi, avait désiré être ministre de l'Intérieur.
« Ce désir se changea en fureur, dès l'instant qu'il vit la place occupée par un autre. La colère que le Père Duchesne ne témoigna, le lendemain, que contre l'objet des suffrages de la Convention, il la réserva dès lors à la Convention Nationale et à la nation entière. La République devait périr parce qu'elle n'avait point fait le Père Duches?ie ministre. »
Méhée, ce révolutionnaire converti, voyait juste.
Hébert, qui croyait avoir touché le but, car il avait pu apprécier l'importance du poste qu'il ambitionnait, ne pardonna jamais à la Convention sa déconvenue. De ce jour, il devint plus hargneux, plus féroce, plus immonde, ce qui
1. Mbhbb db la Toughb. La vérité tout entière «or les vrais acteurs de U Journée du î septembre 179t.
semblera peut-être improbable, étant donné l'attitude ordinaire du Père Duchesne.
Le coup lui avait été d'autant plus sensible qu'il avait la pleine conscience de sa force. « La faction de la Montagne, dit Prudhomme, se réunissait partie aux Cordeliers, partie aux Jacobins et partie à la Commune. Mais qu'arriva-t-il de cette subdivision? C'est que la Commune, que ce parti avait mis en jeu pour faire la journée du 31 mai, voulut bientôt agit pour son propre compte. Hébert et Chaumette, s'aperçuent de leurs forces ; ils se dirent : « Mais, sans nous, la Montagne était f... Pourquoi n'oserions-nous pas quelque chose pour notre avancement î 1 >
Un motif d'intérêt plus immédiat avait encore déterminé Hébert à solliciter les fonctions ministérielles, s'il faut en croire cette note du policier Ferrières-Sauvebœuf, adressée de la prison du Luxembourg au Comité de Sûreté générale, quelques jours avant le 9 thermidor :
« J'ai su, dans le temps, de la femme Rochechouart, qu'un moine était dans le secret d'un dépôt de 1.800.000 francs en or déposés et cachés à Sainte-Pélagie dans une cave. Je ne me rappelle même pas si ce n'est pas près des sépultures d'Àligre. Le moine avait découvert le magot à condition d'une petite part ; et Hébert, qui alors briguait le ministère de l'Intérieur, était convenu avec la femme Rochechouart qu'étant ministre, il ôterait la prison de Sainte-Pélagie, et la ferait vendre pour une manufacture qui serait achetée parla femme Rochechouart, à qui il est dû des remboursements nationaux et que, par ce moyen, elle pourrait faire fouiller où est le dépôt et donner sa moitié à Hébert et au moine sa petite portion *. »
En vérité, voilà une bien romanesque histoire. Camille Desmoulins y fit allusion dans le Vieux Cordelier ; et ce ne fut pas, sans une irritation des plus vives, qu'Hébert répondit par une dénégation formelle à son adversaire.
Quoi qu'il en soit, le Père Duchesne attaquait son heureux concurrent, au lendemain même de l'élection. 11 le représen-
1. Prudhomms. Crimes de la Révolution, tome V, p. 127 et suiv.
2. Catalogue Charavay. Note autographe (Bibliothèque de la ville de Paris).
LE PÈRE DUCRESNE
tait s'accrochant aux épaules de Danton pour atteindre « la grappe de raisin » ; et, naturellement, il accusait les deux compères de toutes sortes de gabegies, au détriment de la ville de Paris, avec la complicité du « gentilhomme Barère » et de « l'ancien Comité de Salut public ». L'ombre de Marat était revenue lui dire que « des serpents s'étaient glissés à la Montagne », que, «c pour trois ou quatre coups de gueule lâchés à tort et à travers en divers temps, ils s'étaient fait une réputation de patriotisme grâce à leurs larges poumons », mais que « le 31 mai, ils avait tourné casaque à la sansculotterie pour se ranger du côté des fédéralistes » et qu'ils avaient maintenant « des voitures magnifiques, des terres et des châteaux... » Cependant, s'entretenant avec € sa Jacqueline », dans une de ces scènes de guinguette, qu'en digne successeur de Vadé, il réussissait assez bien, le Père Duchesne se félicitait presque de n'être pas ministre ; « il ne l'eût pas été de quinze jours qu'il eût été vilipendé de tous côtés ! 1 » — La fable éternelle du Renard et des Raisins !
M"* Roland a noté dans ses Mémoires cette « grande colère » d'Hébert contre Danton, qu'il accusait toujours — suprême injure ! — d'avoir été l'ami de Dumouriez : « Il dirige son Père Duchesne contre les faiseurs, attaque les patriotes enrichis, nomme Lacroix et s'acharne contre Danton » Voilà donc, s'écrie-t-elle, « la mésintelligence qui éclate entre les tyrans ».
La pauvre femme ne se doutait guère que ses amis et elle allaient payer les frais de la feinte réconciliation des « tyrans ».
Nous avons vu que, dans ses feuilles, Hébert avait traité M"" Roland comme la reine, dont, à l'entendre, elle aurait pris les appartements et continué le train aux Tuileries. Lors de la première incarcération de cette vaillante républicaine, le Père Duchesne avait imaginé une visite à la prisonnière fable que celle-ci résumait ainsi : « Ayant
2. Mémoires de Af- RoUnd, édit. Perroud, 1905, t. I, p. 324, au lieu de s'acharne, l'éditeur met »' achemine : n'est-ce pas une coquille ?
obtenu ma confiance sous l'apparence d'un brigand de la Vendée, il avait eu mon aveu des liaisons de Roland et des Brissotins avec les rebelles de ce département et le gouvernement anglais \ » Elle ajoutait d'un ton piqué (la coquetterie féminine perce toujours, même dans des âmes aussi viriles) que « ce conte ridicule » la « transformait » non seulement en € contre- révolutionnaire », mais encore en < vieille édentée » \
Hébert, croyant toucher juste, avait envoyé des colporteurs crier son pamphlet sous les fenêtres de M"* Roland rendue à Ja liberté. Et ces « facteurs >, dont les rapports de Dutard nous ont fait connaître l'étrange personnalité, « accompagnaient l'annonce de la grande visite du Père Duchesne des provocations les plus sanguinaires au peuple ignorant qui boit, comme l'eau, la calomnie > \ M- Roland, persuadée « qu'il se projetait contre elle quelque horreur », en avait écrit € à ce lâche Garât qui se croit un sage parce qu'il n'a de passion que la peur » *.
Or, le jour même où la nomination du ministre de l'Intérieur se décidait à la Convention, M- Roland était arrêtée et conduite à Sainte-Pélagie, d'où elle ne devait plus sortir que dans la fatale charrette.
Ainsi qu'elle le dit en ses Mémoires particuliers, « Hébert marquait les victimes » 8. Il avait désigné Custine et s'irritait qu'il ne fût pas encore livré à Sanson. Devant les Jacobins % qui hurlaient d'indignation, il se plaignait qu'un juge eût déclaré c en son âme et conscience » l'accusé non coupable. Il osait reprocher à la fille de Custine « d'intriguer pour sauver son père > 7, et il demandait que les avocats fussent bannis des tribunaux parce qu'ils « trouvaient le