Annales de U Rép. fr., séance des Jacobins du 21 août
7. Aulard. La Société de» Jscobins, L V, 440 et suiv. Séance du 21. — Le Père Duchesne, n« 278.
moyen do sauver les criminels par la chicane ». Il est fâcheux qu'il n'ait pas connu le mot € maquis de la procédure ». Sous la pression de ces injonctions barbares, répétées par les Comités révolutionnaires, Gustine, coupable seulement d'indécision, de mollesse et surtout d'imprudence, est condamné à mort. Et le Père Duchesne, qui assiste à l'exécution,insuite le patient,* mort comme un j.-f... en mangeant le petit bon Dieu que lui présente son confesseur » 1 : odieuse calomnie, car l'Histoire nous montre Custine gravissant les marches de l'échafaud aussi bravement que s'il était monté à l'assaut d une redoute.
Hébert justifie tous les jours davantage la flétrissure que lui a imprimée M"' Roland, et qui le sacre pourvoyeur de la guillotine. 11 veut l'extermination des accapareurs et des marchands de Lyon, « cette ville rebelle qui doit périr » ; et maintenant qu'il n'a plus à ménager personne, il donne libre cours à ses aspirations socialistes : « toutes ces soieries, dit-il à ses lecteurs, étaient destinées à vos tyrans... Vous ne retiriez du fruit de votre industrie qu'un morceau de pain arrosé de vos larmes » (un mot que le xix* siècle remplacera par sueurs)... € Les négociants n'ont point de patrie », conclut le Père Duchesne ; il en a connu cependant qui étaient « les pères de leurs ouvriers... ils n'étaient que les économes de la grande famille qu'ils faisaient travailler ». Et, pour tuer l'accaparement, il ne voyait qu'un moyen, vendre les biens nationaux par petites portions et expédier tous les paresseux à Cayenne *.
Le Père Duchesne se rendait ensuite au Palais-Royal, où il semait la terreur, après avoir couru le risque d'être assommé dans un café contre-révolutionnaire. Il y repoussait les feuilles qu'on lui présentait : les Petites affiches, le Journal de Paris, celui d'Etienne Feuillant, le Courrier français... autant « d'ordures » faisant les délices de ces « tabagies de Coblentz ». On y est dévalisé par les marchands, par les coquines, par les agioteurs... «Vite, compère Hanriot, main basse sur tous
cesgredins » Et Ton sait comment cet ivrogne, commandant en chef de la garde nationale, répondait à cette invitation en compagnie de ses sectionnairês. C'étaient, tous les jours, des batailles en règle avec les muscadins, royalistes pour la plupart, insultant par leur luxe à la misère publique,rossant à l'occasion les patriotes en carmagnole et allant manifester à la Comédie, à Paméla, une pièce anglaise, alors que Toulon ouvrait ses portes à l'ennemi.
Il faut bien le reconnaître, depuis un mois, la situation était presque désespérée. La France, déchirée par la guerre civile, était ouverte de toutes parts à l'étranger. Et si, à Paris, de nouveaux désordres venaient bouleverser la rue, les sections et les clubs, ce n'était plus, comm e au 31 mai, pour secouer le joug et l'arbitraire de cette minorité factieuse que représentaient alors la Commune, les Jacobins et la Montagne, c'était pour renverser la Convention, qui, avec le Comité de Salut public, s'efforçait de sauver la patrie. En eflet, sur l'adresse du club des Jacobins qui, dans cette crise suprême, avait su faire œuvre d'héroïsme et de saine politique, l'Assemblée Nationale décrétait la levée en masse, dans laquelle Carnot, entré depuis pou au Comité de Salut public, allait trouver, en incorporant ces jeunes troupes à notre vieille armée, les éléments de « l'organisation de la victoire ».
Hébert, comme s'il eût voulu légitimer les revendications des muscadins contre le nouveau régime, souligna de singuliers commentaires l'élan patriotique de la Convention. Aux Jacobins, le même jour où il dénonçait les agissements de la famille et des amis de Custine auprès du tribunal révolutionnaire, il demandait la réforme d'une institu tion qu'il estimait viciée et corrompue. « Quand Rome avait des traîtres dans son sein, s'écriait-il, employait-elle des formes pour les traîner à la roche Tarpéienne ? Nous voulons un tribunal révolutionnaire, mais nous voulons qu'il juge sans formes. Il y a deux partis en France; il faut que l'un succombe et que l'autre triomphe. Formons donc un tribunal révolu-
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tionnaire dans les places publiques. Dans la foule, il se trouvera des vieillards au choix du peuple. Ceux-là siégeront au milieu de rassemblée. On n'écrira rien. Les jurés et les juges ne seront jamais pris parmi les hommes de loi, ni parmi les robins. La guillotine sera posée à côté du tribunal, le mouton sera levé, le rasoir brillera pour couper la téte, ou du coupable, ou du juge qui oserait pardonner au crime »
Sans appuyer autrement la mise en scène d'un tel cérémonial, Robespierre fit voter une pétition à l'Assemblée Nationale lui réclamant la formation de douze tribunaux à Paris pour expédier plus rapidement les affaires *. Le Père Duehesne devait reprendre, quelques jours après', le même postulat. Mais une autre préoccupation retenait Hébert à la tribune. La levée en masse l'inquiétait. Il craignait qu'elle ne dépeuplât Paris de ses meilleurs patriotes, les € vieillards républicains » étant chose fort rare ; et ce brave à trois poils qu'était le fonctionnaire de la Commune, tremblait que la contre-révolution n'en profitât pour « renouveler à Paris les horreurs de Lyon ». Il eût voulu qu'on y ramenât autant de patriotes que la levée en ferait sortir *. Et il se plaignait, à ce propos, qu'on méconnût les Jacobins : « Ils ne sont ménagés nulle part. On fait la guerre à nos soeurs de la Sociétè fraternelle. On leur dit qu'elles sont payées par nous. On leur dit que les Jacobins sont des accapareurs, des anarchistes, des hommes qui bouleversent tout pour s'enrichir au pillage. La cause des Jacobins n'est-elle pas identique à celle de la Révolution ? Si la République succombait, la potence ne serait-elle pas le lot de tous les Jacobins '? »
Ces dénonciations et ces récriminations qu'Hébert multipliait dans les clubs révolutionnaires finirent par y soulever de vives protestations. Danton, qui avait affecté jusque-là d'ignorer les injures du Père Duchesne, crut devoir se jus-