‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 109 sur 165 · Annales de la République française. Séance du 21 août · texte numérisé non relu

Annales de la République française. Séance du 21 août

tifier aux Jacobins, le 26 août, des imputations portées contre lui par des hommes « dont il honore le patriotisme mais dont il plaint les erreurs ». Si seulement Hébert l'avait avisé de ses griefs, avant de les rendre publics, Danton lui en aurait démontré l'inanité. Au reste, il entend donner à tous les citoyens des « éclaircissements » sur sa conduite : € Prenez ma tête, conclut-il, ou déclarez que je suis un bon citoyen. » Hébert réplique que Danton, tout en n'ayant pas rempli à la Convention l'attente des patriotes, a tort de retenir pour lui seul des reproches adressés à l'ensemble de l'ancien Comité de Salut public l. Et le substitut de Chaumette, toujours soucieux de ses rancunes, reprenait contre un organisme détesté ses perfides accusations, si souvent reproduites dans son journal, et d'une actualité saisissante, à l'heure où, à coté de muscadins opulents, de pauvres diables luttaient désespérément contre la misère et la famine. Hébert flétrissait donc l'ancien Comité de Salut public, qui avait entravé toutes les mesures prises par Pache, « l'homme le plus pur et le patriote le plus zélé », pour procurer du pain à Paris.

Fidèle à son système de pression sur l'Assemblée conventionnelle, qu'il prétend, comme ses coreligionnaires politiques, tenir sous sa main, Hébert invite, quelques jours après, aux Jacobins, les sections, les sociétés révolutionnaires, le peuple tout entier à se porter à la Convention pour en obtenir le décret qoi traduise, dans le plus bref délai, les fédéralistes au tribunal révolutionnaire.

A ces mots, tous les chapeaux volent en l'air et les clubistes crient à tue-tête :

— Oui, oui, nous irons tous.

Et l'Assemblée confie au motionnaire le soin de rédiger l'adresse, avec cet amendement que désormais les nobles soient destitués de toutes leurs fonctions quelles qu'elles soient *.

Aux Cordeliers, le lendemain, 3 septembre, Hébert émet,

1. Aplard. La Société des Jacobins. Séance du 21 août. J. Acurd. La Société des Jacobins. Séance du 2 septembre.

avec le même succès, la même proposition. Il réclame le supplice immédiat de Brissot et de Marie-Antoinette. Sinon, les juges seront tenus pour des contre- révolutionnaires ; d'ailleurs, à quoi bon des formes judiciaires ? Que les Cordelière s'unissent aux Jacobins pour demander douze tribunaux révolutionnaires. C'était le voeu de Robespierre, qui déjà, un mois auparavant, voulait l'arrestation de tous les suspects l.

Enfin, le 4 septembre, aux Jacobins, de nouveaux et frénétiques applaudissements accueillent le rappel par Hébert de cette proposition qu'appuiera une délégation générale de toutes les sections.

Ce n'est pas impunément qu'on sème ainsi l'agitation dans les masses populaires. La tempête suit de près. Et c'était vraisemblablement le but cherché par Hébert, complice inconscient de la faction royaliste. Dès le matin du 4 septembre, une foule compacte, qui grossit d'heure en heure, déborde des faubourgs jusque sur la place de Grève, en criant : « Du pain ! du pain ! » N'attendant pas le retour d'une députation chargée de présenter ses doléances au Corps municipal, elle envahit l'Hôtel de Ville, et poussant devant elle officiers, conseillers, fonctionnaires, elle se précipite dans la Grande Salle, où ses clameurs furibondes : Du pain ! du pain ! se répercutent en échos assourdissants. Vainement Chaumette, de retour de la Convention qu'il s'est efforcé de rassurer sur ce mouvement imputé aux contre-révolutionnaires, apporte-t-il au peuple un décret de Maximum sur les objets de première nécessité.

— Assez de promesses ! vocifèrent les émeutiers, c'est du pain qu'il nous faut.

Et Chaumette de discourir, suivant son habitude, contre les riches, de requérir le transport des farines à la Halle, la formation d'une armée révolutionnaire, pour hâter l'arrivage des subsistances et la punition des accapareurs.

— Avec la guillotine, siffle Hébert.

L'arrivée d'une députation des Jacobins à l'Hôtel de Ville parvint à calmer la foule.

1. Annale* de la République française, n*§ des 3 et 4 septembre.

Mais c'était le premier acte d'une tragédie conçue par les révolutionnaires et qui devait se dénouer le lendemain, à la Convention, conformément au programme d'Hébert, en dépit de Robespierre lui-même, trop ombrageux pour n'avoir pas manifesté aux Jacobins ses inquiétudes d'une démarche aussi précipitée.

C'était lui, en efFet, qui était président de la Convention depuis le 26 août.

Le défilé commence par une délégation du Conseil général que précèdent Pache et Chaumette. Tous deux dénoncent les accapareurs comme les artisans de la famine dont souffre le peuple. Le procureur de la Commune réédite, en son style redondant, le discours de la veille.

Après avoir supplié la Montagne d'être € le Sinaï des Français », il lui demande la « formation » d'une année révolutionnaire, avec... l'accessoire préconisé par Hébert ; et dans une péroraison, où se retrouve l'élève botaniste de Jean-Jacques, il sollicite l'aménagement des Tuileries en jardin de plantes médicinales. Il n'a pas terminé son discours, qu'une foule aussi nombreuse que celle qui avait envahi la grande salle de l'Hôtel de Ville,fait irruption dans l'enceinte de l'Assemblée, armée de pancartes contre les accapareurs et mêlant à ses cris de mort des acclamations de Vive la République !

Depuis le 31 mai, la Convention était habituée à ces violations de sanctuaire ; et, dans un de ces accès de servilisme qu'on nommera plus tard de la surenchère électorale, elle devait, ce jour-là, ne s'en montrer que plus ardente à faire assaut de motions démagogiques.

Billaud-Varennes veut l'arrestation des suspects et l'organisation, séance tenante, de l'armée révolutionnaire. Léonard Bourdon en exige le départ immédiat avec le tribunal chargé de juger les conspirateurs. Danton saisit l'occasion de reconquérir une popularité qu'il a si longtemps négligée et qu'Hébert bat si souvent en brèche. Il faut, dit-il, que « chaque jour un aristocrate, un scélérat, paye de sa tête ses forfaits». Il faut que le citoyen pauvre touche une indemnité de quarante sous, chaque fois qu'il se rend à l'assemblée de sa section. Il faut enfin armer la nation. On juge l'enthousiasme

du populaire ; et l'Assemblée vote par acclamation ces largesses. Bazire, qu'on accusait de faiblesse, tient, comme Danton, à être réhabilité. Il propose une mesure qui sera une arme terrible entre les mains de la Commune, l'épuration des Comités révolutionnaires par le Conseil général.

Entrent successivement les Jacobins, à qui Thuriot, viceprésident, promet que « tous les scélérats (les Girondins) périront surl'échafaud », et la section de l'Unité réclamant la destitution des nobles et des prêtres de tous leurs emplois et la répression de l'agiotage.

« La Convention sera digne du peuple », répond sentencieusement Robespierre, remonté au fauteuil de la présidence.

De fait, elle obéit à la Commune et aux Jacobins.Car le rapport de Barèrc qui convertissait les motions de cette mémorable séance en décrets, ne fut que la mise au point de toutes les pétitions dont Hébert avait pris l'initiative. Ce document cristallisait la décision, prise par l'Assemblée devant la France et devant l'Europe, dans une phrase à jamais fameuse, telle qu'aimait à les ciseler ce dilettante qu'on appela un jour YAnacrèon de la guillotine :

«c Plaçons la terreur à l'ordre du jour. »

Ce fut une des plus « grandes joies »du Père Duchesne.Le peuple de Paris s 'étant présenté avec la municipalité à la Convention, celle -ci, déclare le marchand de fourneaux, fera ouvrir les greniers des accapareurs par € la vertu de la sainte guillotine ambulante » ; et l'armée révolutionnaire va dauber sur les muscadins l.

En effet, une légion de six mille hommes et de douze cents canonniers dut être organisée, sur le vote de l'Assemblée nationale, dans le but défini par Chaumette et sous le commandement de Ronsin, le grand ami d'Hébert \

Les prérogatives officielles qu'attribuait la Convention à la Commune, assuraient donc au Conseil général un pou-

2. Hébert rappellera sans relâche ce vote de la Convention, dans le Père Dnchesne, et plus spécialement dans le numéro 289, où je cueille, à la fin, cet autre rappel a l'abonné qui démontre l'homme pratique qu'était ce patriote désintéressé:* N.-B. Voire abonnement expire le .»

voir excessif, arbitraire, tyrannique, comme l'étaient la plupart des décrets votés sur le rapport du Comité de Salut public reconstitué l. Elles impliquaient, en outre, la reconnaissance d'un droit, que s'était jusqu'alors arrogé la Commune, celui de porter à la Convention et de lui imposer, au besoin, l'expression de la volonté de Paris, c'est-à-dire de la sienne.

Elle avait mission d'épurer les Comités révolutionnaires, dont chaque membre dut toucher une indemnité quotidienne de trois livres. L'allocation de quarante sous, par séance, à chaque sectionnaire indigent avait été également votée par la Convention. Pour rester à Paris ou en France, les membres de la colonie étrangère étaient tenus de présenter, à toute réquisition, des certificats d hospitalité délivrés par les officiers municipaux. Enfin la loi des suspects, adoptée le 17 septembre, sur le rapport de Merlin de Douai, loi qui frappait jusqu'aux indifférents, armait d'un pouvoir redoutable la Commune de Paris : car c'était elle seule qui accordait les certificats de civisme indispensables à la sécurité de tout citoyen.

Comme il fallait s'y attendre, Hébert s'efforça, en raison de ses fonctions officielles, de rendre plus atroce l'exécution de ces divers décrets, et plus implacable son œuvre de délation.

Le 9 septembre, aux Jacobins, il se plaint que les représentants en mission « partagent avec des généraux despotes la vie des Sardanapales ». 11 dénonce en outre le député Becker qui, contrairement à la loi, est allé soliciter auprès d'Audoin, adjoint du ministre de la Guerre, le grade de colonel pour son fils âgé de dix-huit ans2. Il dénonce encore Lecointre,de Versailles,qui a voulu soustraire àla/oi desétrang ers son protégé, l'Autrichien Steinof, et raconte l'entrevue du député avec le ministre. Celui-ci se refuse formellement

1. Au Comité, deux nouvelles recrues, Collot dHerbois l énergumène et l'impitoyable Billaud-Varennes, faisaient partioavec Barèredes gens révolntiontuires; Prieur, Carnot et Lindet étaient les gens d'examen; Robespierre, Coutbon etSainl-Just les gens de la hua te main.

2. A o lard. La Société des Jacobins . Séance du 9 septembre.

à consentir cette faveur. Lecointre l'appelle « imbécile et cochon >, le menace de destitution et passe dans les bureaux, où il inflige les mêmes épithètes aux commis en leur promettant de revenir les « chasser à coup de fouet» l.

Le surlendemain, aux Jacobins, après une sortie contre les généraux aristocrates qui font de la guerre de Vendée leur « pot-au-feu », Hébert prend à partie Bourdon de l'Oise, « calomniateur » de l'inepte Rossignol et le traite de « lâche », pour avoir « abandonné sa justification à la tribune sur de simples murmures ». Bourdon marche sur Hébert, en lui disant que personne ne lui a jamais tenu un tel langage. Son accusateur, se sentant soutenu, ne retire rien de ses paroles. Bourdon s'élance à la tribune. Des membres du club, croyant qu'il va provoquer Hébert, accourent et s'interposent, mais ne parviennent pas à le faire descendre *.

L'activité malfaisante du substitut de Chaumette ne se traduisait pas par de moindres violences à la Commune. La Convention ayant décidé, sur la proposition de Jean Bon Saint-André, que le Comité de Salut public chasserait de France les prostituées, le Conseil général avait arrêté, à son tour, que l'administration de la police éconduirait les < jolies solliciteuses ». Or, le 19 septembre, à la séance de la Commune, cette même administration fut accusée de les relaxer, imputation qu'Hébert vint encore aggraver de tout le poids de son autorité personnelle. Une femme de sa section, ditil, « avait crié jusqu'à la rue Saint-Denis qu'il fallait un roi et qu'elle poignarderait quiconque soutiendrait le contraire ». Arrêtée par le Comité de surveillance de la section, elle avait été mise aussitôt en liberté par les bureaux de la police '.A ce moment — coïncidence des plus piquantes — le Père Duc hesne , dans le même numéro où il félicitait la Convention d'avoir donné « un fameux coup de collier en ordonnant l'arrestation de tous les suspects », gourmandait aimablement les « commères des Halles et des marchés » qui, le

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