Annales de la République française, n9 du 19 septembre
fouet en main, arrachaient la cocarde aux femmes révolutionnaires *.
Dans une autre séance du Conseil général, Hébert faisait voter le refus de certificat de résidence aux religieux qui n'auraient pas prêté serment à la République, et leur incarcération comme suspects Car, pour cet implacable révolutionnaire, tout autre que « l'ouvrier et le pauvre >, les seuls c honnêtes et véritables républicains 3 », pouvait être, suivant Un mot célèbre, « suspect d'être suspect ». Cependant une pièce, la première de toutes, permettait de conférer à qui l'obtenait un diplôme de bon patriote : la carte de civisme. Elle n'était, bien entendu, délivrée qu'en parfaite connaissance de cause, et, comme nous l'avons dit, qu'avec le visa de la Commune. Les solliciteurs devaient venir défendre leur cause devant le Conseil général. C'était pour eux une question de vie ou de mort. Le régime de la Terreur tient tout entier dans la carie de civisme. A ce titre, il nous a paru curieux de donner l'aspect de certaines de ces séances dans la Grande Salle de l'Hôtel de Ville, d'autant qu'elles caractérisent nombre de scènes appartenant au drame de la Révolution et qu'Hébert en est un des principaux protagonistes.
2. Moniteur de 1793, n» 271. Dans cette séance du 25 septembre, le Conseil général confiait à Hébert la rédaction d'une pétition demandant à la Convention « le rétablissement de maisons nationales pour les in0rmes ». Il n'est pas rare do trouver dans les procès-verbaux de la Commune, et même dans le Pire Duchés ne, de semblables propositions émanant d'Hébert. Cet homme de sang ne pouvait pas toujours insulter, ni dénoncerai réclamer la guillotine. L'intérêt de sa popularité exigeait qu'il fit parfois acte de bon sens ou d'humanité. L'impartiale histoire nedoit pas négliger de telles indications.
La salle dos séances de la Commune à l'Hôtel de Ville. — Amphithéâtres, estrade, gradins, tribune. — Le certificat do civisme : son origine et son buU — L'abbé Morellet, postulant. — Une séance du soir: les Circés contrerévolutionnaires. — Défilés patriotiques et militaires. — Échec de l'abbé Morellet. — Une on quête laborieuse. — Nouvelles difficultés pour l'obtention du certificat de civisme. — Morellet jugé par Hébert. — Traitement de faveur réservé aux « vieux prêtres ».
La Commune de Paris siégeait dans la Grande Salle, dite Salle du Trône ,qui, en mai 1871, la veille de l'incendie de l'Hôtel de Ville, se trouvait à peu près telle que l'avaient consacrée deux siècles et demi d'existence.
Une notice, datée de 1855, en donne cette description, dont les contemporains, devenant chaque jour plus rares, confirment l'exactitude :
« La salle du Trône occupe toute la façade de l'ancien Hôtel de Ville. Elle a 28 m. 60 de longueur, 11 mètres de largeur et 7 m. 80 de hauteur. Deux cheminées monumentales se font face à ses deux extrémités. Celle du côté nord, qui est surmontée d'une horloge, est l'ouvrage de Biard, élève de Michel- Ange (?). Elle porte en bas-relief et coloriées les armes de la ville de Paris... La cheminée du côté sud, qui ne parait pas inférieure à sa rivale, a été sculptée par Bodin. La première date de 1608, la seconde de 1617 »
Pendant la Révolution, toutes deux avaient été masquées par des tribunes réservées au public, et que desservaient des escaliers de bois. L'un accédait, pour les tribunes du Midi, au