‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 114 sur 165 · Annales de U République Française, n» du 12 septembre · texte numérisé non relu

Annales de U République Française, n» du 12 septembre

Et, comme pour mieux leur retourner le poignard dans la plaie, Hébert leur signifie , au nom du Conseil général, que leur captivité sera désormais plus étroite et qu'elles n'auront plus personne pour les servir.

« À l'avenir, déclare-t-il, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le droit d'entrer ici \ >

Et, dans la journée, il faisait voter à la Commune l'arrêté suivant:

« Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment que tons les détenus dans les autres maisons d'arrêt et que, dés ce soir, il sera nommé une Commission pour aller faire exécuter cet arrêté au Temple. »

Le lendemain, toujours sur la réquisition d'Hébert, deui nouveaux arrêtés du Conseil général aggravaient encore l'odieux de ces mesures égalitaires, mesquines et ridicules, dans l'intérêt, disait cet bonnête homme, de «c la justice et de la morale publiques >.

« Du 22 septembre 1793, an H de la République une et indivisible.

« Le Conseil, considérant que la plus grande économie doit régner et être observée, arrête ce qui suit :

« 1" Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la volaille pour toute table sera supprimée;

« 2* Que les détenues n'auront à déjeûner qu'une sorte d'aliment ;

« 3* Qu'à leur dîner il ne leur sera donné qu'un potage, un bouilli et un plat quelconque. 11 leur sera délivré, en outre, une demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles ;

« 4* Au souper, elles auront deux plats. »

1. Du Beauchbs*b. Midnme Élisabeth (Paris, 18e9, 2 vol.), t. II, p. 517.

« 1* Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie dans l'intérieur de la Tour ; que les prisonniers ne seront plus éclairés qu'avec de la chandeUe, qu'il ne sera brûlé de bougie qu'au bureau du Conseil ;

c 2° Que l'argenterie, la porcelaine seront interdites et que Ton ne se servira plus que de couverts d'étain et de faïence commune.

« Les Commissaires de service au Temple : « Viallard, Robin, Tonnelier, Véron. »

Le jour où il avait si misérablement pontifié devant les détenues du Temple, Hébert s'était arrêté, avec son cortège, chez Simon. Là, il s'entretint seul, et longuement, avec le « gouverneur » du jeune prince; puis, après avoir constaté, non sans une joie secrète, l'état d'avachissement moral dans lequel commençait à s'engourdir le malheureux enfant, il se retira en disant à Simon :

— A bientôt l.

Quelles instructions le fonctionnaire avait-il données à son subordonné ? 11 est permis de les pressentir, si l'on tient compte des événements qui devaient se succéder à quelques jours d'intervalle. En tout état de cause, et comme s'il eût à cœur de justifier l'échéance prochaine du rendez-vous que lui assignait Hébert, Simon lui écrivait le 30 septembre :

€ Viens vite, mon ami, j'ai des choses à te dire et j'aurai beaucoup de plaisir à te voir. Tâche de venir aujourd'hui, tu me trouveras toujours franc et brave républicain... »

Et il ajoutait, manu propria, dans une orthographe que nous nous abstiendrons de reproduire, et sur ce ton de jovialité familiale qui se rencontre si fréquemment chez les révolutionnaires les plus exaltés du temps :

« Je te souhaite bien le bonjour, moi et mon épouse. J'embrasse ta chère épouse et ma petite bonne amie, ta petite fille, sans oublier ta chère sœur que j'embrasse. »

Mais Simon en revenait tout aussitôt à son début :

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