Lkpitrb. Quelques souvenirs
tait pas dictée par le plaisir, mais bien par l'espoir politique d'énerver le physique de cet enfant, que l'on se plaisait encore à croire destiné à occuper un trône et sur lequel on voulait, par cette manœuvre, s'assurer le droit de régner alors sur son moral. Que, par les efforts qu'on lui fit faire, il est demeuré attaqué d'une descente pour laquelle il lui a fallu mettre un bandage ; et, depuis que cet enfant n'est plus avec sa mère, il reprend un tempérament robuste et vigoureux1. »
La reine gardant un dédaigneux silence, un juré, vraisemblablement d'accord avec Hébert, insista pour obtenir une explication de l'accusée.
— c Si je n'ai pas répondu, dit Marie- Antoinette, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère ; j'en appelle à toutes celles qui se trouvent ici \» Un murmure favorable accueillit cette noble et fière protestation. Aussi Robespierre, dînant chez Venua en compagnie de Barère et de Saint-Just, ne put-il retenir, lui l'homme impassible, un mouvement de colère :
— c Cet imbécile d'Hébert, ce n'est pas assez qu'elle soit réellement une Messaline, il faut qu'il en fasse encore une Agrippine et qu'il lui fournisse, à ses derniers moments, un triomphe d'intérêt public 3 ! »
A en croire Napoléon, Robespierre aurait prêté au calomniateur des intentions autrement machiavéliques. Le but d'Hébert, dit le conventionnel à ses collègues, c'est < de provoquer le peuple à un soulèvement en faveur de cette princesse, en appelant l'intérêt sur elle » *.
Robespierre avait-il eu déjà l'intuition que cet « imbécile » était, au contraire, un politicien adroit, avisé, mais capable de toutes les audaces et de tous les crimes pour atteindre au pouvoir suprême, partant pour l'en débusquer, lui, Robespierre, même sous l'ignoble défroque du Père Duchesne? Cette déclaration, d'ailleurs très discutable quant à son origine, doit être rapprochée d'une note inédite et