‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 122 sur 165 · L'E$prit de la. Révolution, 1797, t. II, p · texte numérisé non relu

L'E$prit de la. Révolution, 1797, t. II, p

2. Procès de Mirie- Antoinette. — Campardo*. Tribunal révolutionnaire, (Paris, 1886,2 vol.), t. I, p. 111.

non paraîtra d ms le vis-à-vis à Saason ». Ilea rappelait tous les crions. Mais, ajoutait-il, à supposer qu'elle n'eu fut pas coupable, « n'a-t-elle pas été reine ? Ce crim3-ci suffit pour la faire raccourcir » \ Que penser d'une clientèle qui acceptait, sans broncher, une telle argumentation ?

L'exécution de la condamnée est «la plus grande des joies » du marchand de fourneaux. Le marquis de Sade qui fut,lui aussi, un révolutionnaire à outrance, n'aurait pas manifesté, dans un langage plus passionnément cruel, la volupté maladive qu'il eût éprouvée à « voir de ses propres yeux la tête du veto femelle séparée de son f... col de grue ». Le Père Duchesne qui raconte, avec force détails, les divers épisodes du procès, mais sans y parler de sa contribution spéciale, fait également le récit des dernières heures de la reine. Les «deux rosses » attelées à la fatale charrette, s'efforçaient, dit-il, de galoper pour arriver plus» vite au lieu du supplice. Et ce dernier trait, où il semble qu'on voit grimacer de dépit le masque de l'infâme spectateur : « La g... a été insolente et audacieuse jusqu'au bout ' ! »

Quelques jours après, comme s'il eût voulu flétrir jusqu'au delà du tombeau la mémoire de sa victime, Hébert demandait aux Jacobins qu'on « poursuivit les auteurs des journaux qui avaient rendu d'une manière fausse et perverse le jugement de la veuve Gapet ». — Jugement « inutile », pour nous servir d'une expression du temps ! — La Fortune était revenue sous les drapeaux de la France. L'Europe coalisée avait été battue à Wattignies et les Vendéens avaient dû repasser la Loire.

t. Le Père Dachesne, a* 298.

Ingérence tyrannique d'Hébert dans l'Administration. — Lettre de ristourne lies, ministre des contributions publiques. — Campagne contre le Comité de Salut public. — Premier choc d'Hébert et de Robespierre. — Les «Vingt et un » au tribunal révolutionnaire. — Débats pénibles. — Loi d'étranglement exigée par Hébert. — Remords tardifs de Camille Desmoulins.

Après la reine, les Girondins*

Et, simultanément, bien d'autres proies qu'Hébert poursuivait avec une égale furie I

Son arme n'avait pas varié : c'était la dénonciation à outrance ; mais il l'avait perfectionnée. Des correspondante, avoués ou secrets, signant, ou non, leur œuvre de délation, le renseignaient sur tous les services publics, dans les ministères, à la Ville, en province, aux armées et « marquaient », eux aussi, les suspects. Les procès-verbaux du Conseil général, les comptes rendus des assemblées populaires, les feuilles du Père Duchesne ont conservé les traces d'un mécanisme dont jouait supérieurement le principal intéressé.

Un exemple suffira pour démontrer comment procédait Hébert vis-à-vis de l'administration et avec queUe déférence apeurée lui répondait celle-ci.

Le 19 septembre, Louis Destournelles, alors « ministre des contributions publiques », avait reçu, avec une apostille d'Hébert, une lettre anonyme, adressée au rédacteur du Père Duchesne, lettre où son auteur dénonçait un « membre de la Commission des monnaies », comme coupable de cumul et d'incivisme. A l'exemple de tant d'bommes politiques de son temps, Destournelles était passé de l'opposition constitutionnelle au républicanisme le plus ardent. C'était le type

HÉBERT ET LA COMMUNS

achevé du révolutionnaire opportuniste, prudent, timoré, même trembleur, un autre Garât. Il avait fait partie de la Commune du 10 août et, s'en était évadé à temps pour devenir ministre des Finances. Il n'en était pas moins resté fort circonspect. Aussi, lorsqu'il crut devoir répondre, le 24 septembre, à son ancien collègue, « procureur de la Commune de Paris», pour couvrir son subordonné, s'empressat-il d'en faire précéder la défense de cette déclaration de principes: € La dénonciation doit être honorée et encouragée par les républicains ; car elle tient essentiellement au salut public.» Toutefois, pour se faire pardonner sa liberté grande de plaider la cause d'un prétendu suspect, accompagnait-il, manu propria, la justification de son agent de ce post-scriptum :

« Ne penses-tu pas,Père Ducbesne,que la dénonciation, pour inspirer de la confiance, doit être faite en face ou du moins signée, si l'on veut la rédiger par écrit ? L'anonymat a un caractère de faiblesse ou de haine qui doit toujours empêcher que le vrai républicain ne l'accueille. Que dis-tu de cela, toi qui es la franchise même, toi qui la prêches et la mets en pratique ?

Cet écrit clandestin n'est pas d'un honnête homme, Quand j'attaque quelqu'un, je le dois et me nomme,

« Ceci pour toi, Père Duchesne, et pour toi seul absolument ». »

Hébert dut hausser les épaules à cette lecture : car, pour lui, la délation, d'où qu'elle vint, était œuvre pie. Il savait en utiliser les méprisables services. «J'ai le bras long, quoique je ne sois qu'un misérable marchand de fourneaux », dit le Père Duchesne dans sa virulente sortie contre « la trahison » du général Houchard, « le palefrenier... qui décrottait les bottes du général Moustache... 1 » Et c'était Houchard qui avait dénoncé Custine 1

Dans le même ordre d'idées, Hébert, continuant la campagne que nous lui avons vu mener, pour la plus grande

U Bibliothèque de la VUle de Paris : Collection Charavay, n° 32. 2. Le Père Duchesne, 290.

gloire de Rossignol, contre les commissaires aux armées, les signalait comme « brûlant la chandelle par les deux bouts et faisant une poussière de princes avec les muscadins » ». L'attaque visait en outre le Comité de Salut public, à qui le club des Gordeliers et plus spécialement Vincent, l'ami intime d'Hébert, employé supérieur au ministère de la Guerre, ne pouvait pardonner d'en avoir assujetti les bureaux à la toute-puissance des représentants en mission. Des Montagnards, des Dantonistes, voire des réactionnaires faisaient cause commune avec les Cordeliers contre le Comité de Salut public. Pour en précipiter la chute, Hébert alla jusqu'à demander l'organisation du pouvoir exécutif constitutionnel. Ce fut aux Jacobins qu'il en présenta la motion ; et, « dans la bouche d'un homme qui avait une réputation de patriotisme et à qui on reconnaissait des connaissances et de l'esprit >», dit un des clubistes, cette proposition « produisit un grand effet ». Robespierre, chez qui le sectarisme n'excluait pas le sens politique, vint, dans une séance ultérieure, combattre l'argumentation d'Hébert. Il en eut si bien raison, que la Société des Cordeliers biffa spontanément d'une pétition adressée par elle à la Convention l'article où elle réclamait le rappel des commissaires aux armées. Robespierre ne devait pas remporter un triomphe moins éclatant à l'Assemblée Nationale, en obtenant un vote de confiance pour le Comité de Salut public, à qui incombaient de si lourdes responsabilités et qui allait donner à l'Europe déconcertée le spectacle inattendu de l'organisation de la victoire.

De cette époque date le premier conflit, qui passa d'ailleurs inaperçu, entre Hébert et Robespierre.

Aussi bien, le procès imminent des Girondins offrait au Père Duchesne l'occasion de prendre sa revanche sur d'illustres victimes.

L'exécution du « sapajou 1 » Gorsas en fut comme le prologue. Elle provoque chez le journaliste une allégresse écœu-

2. Aulard , Là société des Jacobins,t. V, p. 420. Séance du 27 septembre 1?93.

rante L'arrestation à Paris de l'imprudent Girondin fait supposer au Père Duchesne que Roland, Pétion, Barbarouz et « le roi Buzot », jusqu'alors introuvables, sont cachés dans la capitale ou dans un faubourg, au fond d'un souterrain d 'où « ils distribuent des assignats aux gredines s'obstinant à assiéger les portes des boulangers, quoiqu'il soit prouvé que les farines ne manquent pas \ »

Et, non content de les désigner au « fonctionnaire Sanson », Hébert entendait encore les déshonorer. Ne voulaitil pas, le 2 octobre, aux Jacobins, qu'on ajoutât aux seize chefs d'accusation contre les Girondins celui de leur prétendue complicité dans le vol des diamants de la couronne 1 ?

Quand, le 24 octobre, les vingt et un comparurent devant le Tribunal criminel extraordinaire, qui dut à ce mémorable procès sa dénomination officielle de Tribunal révolutionnaire, le Père Duchesne, après avoir invité le bourreau à « graisser promptement ses poulies afin de faire faire la bascule à Brissot et consorts», fulmina contre eux les véritables griefs que lui dictaient ses rancunes d'ancien membre de la Commune insurrectionnelle.

« C'est vous, dit-il, qui avez empêché le peuple d'immoler le monstre et sa b... de race (au 10 août) ; qui avez accusé Robespierre et Marat de vouloir s'emparer de l'autorité ; c'est vous qui avez choisi le traître Servan (ministre de la Guerre) et le coquin Clavière (ministre des Finances) ; qui avez mis Dumouriez à la tête des armées, qui nous avez mis sur le dos toutes les puissances de l'Europe, dans le temps où nous n'avions ni argent ni munitions... * »

Cité comme témoin devant le tribunal révolutionnaire, Hébert y renouvela, et surtout contre Brissot, la plupart de ces accusations.

Il lui reprocha un projet de République fédérative qu'il

H. Le Père Duchesne, n° 296.

3. Aduaro. Là société des Jacobins. Séance du 3 octobre. Fabre d'Églantine eut l'infamie, quand il dé posa, comme témoin, dans le procès, € d'appeler sur lo vol du garde-meuble la responsabilité de Roland et de sa coalition >.

avaitlu àla tribune des Jacobins et sa coudai te aprèsl'échauffourée du Champ-de-Mars. C'était lui, Brissot, qui avait provoqué la journée par la pétition dont il était Fauteur; et, pendant que les patriotes étaient incarcérés, lui se promenait tranquillement dans les rues de Paris. Où la haine et la mauvaise foi d'Hébert se donnèrent plus librement carrière, ce fut dans la déposition du témoin sur les faits consécutifs à la révolution du 10 août : € Cette Commune qui avait renversé le trône portait ombrage à la faction ; elle était trop clairvoyante ;il fallait l'abattre...» Or, Hébert s'étant rendu, le lendemain du 10 août, cbez Pétion avec une députation de la Commune, Brissot vint à sa rencontre et lui dit : « Quelle est donc la fureur du peuple ? Est-ce que les massacres ne finiront pas ? »

— Je vois ici Hébert pour la première fois, répliqua Brissot. Je nie le propos ; je n'ai jamais blâmé le 10 août. Le 2 septembre, c'est autre cbose *.

Hébert ne ménageait pas davantage les autres accusés. Si le Comité des Douze l'avait fait arrêter, c'est parce qu'il « avait dénoncé la faction ». Celle-ci, complice de La Fayette, avait rallié tous les hommes de l'ancienne municipalité pour en former une sorte de Commune provisoire et l'opposer à la Commune du 10 août — crime abominable qui aurait pu étouffer dans l'œuf la fortune naissante d'Hébert !

Les débats du procès de la Gironde sont trop connus pour que nous les reprenions ici sur de nouveaux frais. Disons seulement que les vingt et un apportèrent à la défense de leurs opinions et de leurs actes la même passion et la même véhémence, mais aussi la même incohérence, les mêmes faiblesses et, faut-il l'avouer, les mêmes défaillances qui avaient marqué les phases diverses de leur lutte contre les éléments révolutionnaires. Sans doute, leurs ennemis pouvaient leur reprocher — et ce fut assurément là le point capital de l'accusation — d'avoir' cherché à mettre en péril l'unité et l'indivisibilité de la France, en suscitant la ré-

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