‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 123 sur 165 · Moniteur du 4 brumaire, n · texte numérisé non relu

Moniteur du 4 brumaire, n

voile des départements contre le pouvoir central. Mais les Girondins n'avaient-ils pas le droit d'arguer de l'indignité de leurs adversaires ? De même que, quatre années auparavant, le peuple s'était soulevé pour secouer le joug de l'ancien régime, de même il lui était permis de reconquérir aujourd'hui sa liberté sur l'oligarchie démagogique et usurpatrice qui l'avait si brutalement confisquée. Les Girondins avaient peut-être la logique et le droit pour eux ; mais ils n'avaient plus ni la force, ni l'audace, ni l'esprit de suite qui caractérisaient la tactique jacobine. Ils devaient subir la loi de violence que leur exemple avait consacrée, et vérifier, par leur tragique aventure, le fameux aphorisme de leur chef le pins glorieux, Vergniaud: « La Révolution est semblable à Saturne : elle dévore ses propres enfants. >

Une lueur d'espoir parut relever leur courage, à l'heure où certains d'entre eux témoignaient, par le pénible désaveu de leur passé, d'une sorte de dépression morale. La faveur de l'opinion publique ne les avait pas complètement abandonnés. Les patriotes sincères ne pouvaient oublier avec quelle foi profonde, avec quelle ardeur chevaleresque, cette généreuse Gironde avait su défendre, au milieu des épreuves les plus difficiles, les justes revendications du peuple français. Elle ne payait que trop cher aujourd'hui ses erreurs et ses fautes. Et c'était grand'pitié de voir jetés en pâture à la férocité des haines implacables, des maîtres de l'éloquence tels que Vergniaud, des convaincus tels que Gensonné, des vaillants tels queDuprat, de jeunes héros tels que Ducos et Fonfrède, qui, sans avoir été touchés par le premier décret de la Convention, auraient cru manquer aux devoirs sacrés de l'amitié, en ne partageant pas le sort des proscrits l Les débats se traînaient péniblement depuis quatre jours, ît dans un sens plutôt favorable aux accusés, quand, soulain, les grands pontifes du Conseil général prennent ombrage de cette lenteur. Hébert et Chaumette courent aux Jacobins. Là, le procureur de la Commune tonne contre les Brissotins. Son substitut se montre encore plus agressif. Dans un discours heurté, décousu, qui rappelle les diatribes du Père Duchesne, il énumère tous les complices qu'on

<c n'a pas compris dans cette affaire > et qu'on € veut soustraire à la justice et à la vengeance du peuple > ; la < sœur de Capet » qui souffla tant de « démarches contre-révolutionnaires à son frère » ; « la femme Roland qui a fait tant de mal > ; Bailly, Manuel... € Tout cela doit-il échapper ? » Puis Hébert parle incidemment du procès de Marie-Antoinette : « Quel exemple c'eût été pour tous les rois de l'Europe, si, quand nous étions assaillis par eux au moment du jugement de cette femme, pas un seul homme, même sur l'ordre du tribunal, n'eût voulu se charger de sa défense. > Mais le fond de cette improvisation incohérente, c'était l'appréhension que les Girondins sortissent acquittés et triomphants de la salle où ils étaient entrés,* déjà condamnés par l'opinion publique ». Brissot, disait l'orateur, Brissot, Gensonné, Duchastel, Fauchet, € qui prêchaient la République et la loi martiale parmi les tripots du Palais-Royal, ne peuvent échapper, mais il est un phénix qu'on veut faire renaître de ses cendres, Vergniaud. Des femmes aimables publient qu'il se défend comme un ange. » Un autre charmeur qu'elles s'efforcent de sauver, c'est Ducos, « le furet de la Gironde », suivant le mot de M ara t. « Sa liaison avec M- Condorcet lui garantit le parti de toutes les femmes de sa clique. »

Il faut, concluait Hébert, < qu'une députation aille demander à la Convention le jugement de Brissot et consorts dans les vingt-quatre heures *. »

La société des Jacobins vota qu'elle irait en masse le réclamer ; elle invita les tribunes à lui servir d'escorte ; et des sociétés populaires défilèrent, qui lui promirent leur concours. La pétition fut, en effet, présentée le lendemain à l'Assemblée Nationale, qui, subissant une fois de plus la pression des passions révolutionnaires, rendit, sur la proposition d'Osselin, amendée par Robespierre, le plus inique des décrets. Aux termes de cet ukase restreignant la liberté delà défense, le prés dent du tribunal révolutionnaire pouvait, au bout de trois jours, arrêter les débats, s'il estimait que sa conscience et celle de ses collègues étaient suffisamment éclairées.

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