‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 127 sur 165 · Moniteur de 1793 (4 brumaire), n · texte numérisé non relu

Moniteur de 1793 (4 brumaire), n

LE PÈRE DCCIIESNK

était parfois difficile. M"* Roland en fait la confidence à Servan dans sa correspondance avec ce ministre: elle « ne sait où trouver un sage écrivain... et «depuis qneLouvet ne peut plus s'occuper de la Sentinelle, on a vainement essayé de trois personnes... Elle est tombée faute de faiseurs. 1 »

Au reste, la Gironde, qui avait conscience, avec tous les autres partis, de l'influence de cette force nouvelle qu'était la presse, ne se cachait nullement d'en rechercher et d'en rétribuer l'appui. Hébert crut cependant avoir fait une grande « découverte », raconte le conventionnel Dulaure dans ses Mémoires, quand il signala ces subventions devant le tribunal révolutionnaire. < Appelé en témoignage contre les députés décrétés le 2 juin et le 3 octobre, pour prouver les prétendus crimes de Roland et la complicité de ces députés avec le ministre », Hébert avait cité, en bon confrère, la souscription dont avait bénéficié le Thermomètre du Jour, qui avait pour rédacteur Dulaure, partisan convaincu et chaleureux de la Gironde.

Celui-ci avait été déjà mis en cause, cinq mois auparavant, par le Père Duchesne à l'heure de la victoire définitive de la Montagne. Hébert, qui ne regardait pas à un mensonge pour élargir le cadre de proscriptions qu'eût voulu restreindre Robespierre, Hébert avait compris Dulaure parmi les députés décrétés d'accusation le 2 juin, et il terminait son article sur cette réflexion : « Pourquoi aussi s'avisait-il de quitter les charmes de la citoyenne Lejay (une libraire du Palais-Royal) pour s'attacher à ceux de la vieille Roland ? >

Dulaure crut devoir protester, dans une réponse au Père Duchesne, et contre « la fausse nouvelle » qui le concernait, et contre « l'inculpation » qui visait M- Roland. « Je lui racontai très succinctement, écrit-il, de quelle nature avaient été mes liaisons avec le ministre et avec son épouse. Pour eux et pour moi, j'aurais été heureux de l'amener à une rétractation. »

Hébert se garda bien de rien rétracter ; mais il avait

1. Revue de U Révolution, par G. Bord, Documents inédits, t. III, p. 156.

déjà l'intuition de ce que notre siècle appelle le jeu des petits papiers. Il garda précieusement la protestation de son correspondant et dit au tribunal révolutionnaire :

— J'ai une lettre de Dulaure qui prouve que le ministre lui a acheté son journal et qu'il s'en servait pour corriger l'esprit public.

Et le député publiciste de s'exclamer douloureusement : « Ainsi Hébert avait l'impudence de me faire jouer publiquement le rôle odieux d'accusateur de l'infortuné Roland, tandis que mes expressions tendaient à sa défense! »

Or, ajoute Dulaure, ma collaboration, payée, était si peu c un mystère », que, « dans le compte rendu par Roland des fonds qui lui avaient été remis pour la formation de l'esprit public, cet article de dépense était porté tout au long et que ce compte fut imprimé, répandu et affiché dans Paris et dans toute la France. Mon crime consistait à avoir reçu dans l'espace de trois ou quatre mois pour 200 livres environ de souscriptions à mon journal. >

Le procès des Girondins allait fournir à leur lâche calomniateur une occasion nouvelle d'affirmer son antipathie contre ses confrères de la presse. Le député Chabot avait échafaudé, pour en écraser les prévenus, tout un système d'allégations artificieuses, aussi extravagant qu'inattendu, car l'ex-capucin avait paru jusqu'alors plutôt favorable aux accusés ; et précisément Hébert, qui avait ou se croyait des griefscontre lui, l'accablait à tout instant de brocards injurieux. Or, Chabot venait de contracter un riche mariage, dans de telles conditions 4, que sa probité ne pouvait qu'en sembler suspecte ; et, comme il craignait qu'Hébert, toujours sur la piste de scandales à exploiter, ne découvrit cette honteuse intrigue, il avait cru détourner l'orage par une exécution qu'il savait agréable au Père Duchesne.

En effet, le jour même où les Girondins montaient à l'éehafaud, Hébert s'était plaint amèrement aux Jacobins qu'aucun journal n'eût encore parlé du discours prononcé par Chabot contre « les manœuvres brissotines», et il avait

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