‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 128 sur 165 · Hjwiu D'AtuiHAB. Fàbre d'Églantine · texte numérisé non relu

Hjwiu D'AtuiHAB. Fàbre d'Églantine

fait voter l'impression de ce réquisitoire. Les seules dépositions rapportées par les journaux, disait-il, étaient « tronquées en faveur du fédéralisme ». Et la Société, sur la motion d'Hébert, avait arrêté : 1* que le Comité de Sûreté générale fût invité à surveiller les journalistes, et plus particulièrement <c ceux qui avaient rendu compte du procès de Marie-Antoinette » ; 2° que le Journal de la Montagne (organe officiel des Jacobins) continuât la publication du procès de Brissot \

Mais, si Hébert se donnait la satisfaction de mettre ses confrères au pilori, il ne souffrait pas qu'on touchât à son Père Duchesne. Le 20 octobre, aux Jacobins, il incriminait une fois de plus les agissements du Comité de Salut public, qui avait osé arrêter son journal à la poste et l'empêcher de circuler dans les départements, à cause de cette phrase : « Si les administrateurs en général valaient les administrés, les choses iraient bien et la République serait sauvée. » — Eh quoi! s'écriait Hébert, on prétend que je veux avilir les autorités constituées, alors que j'ai toujours prêché le respect aux bons magistrats du peuple et l'obéissance aux lois * !

Sommé de désigner plus clairement ses détracteurs, il nomma Fabricius, « autrefois dit Leroy », employé au Comité de Salut public. Et, pour mieux en flétrir l'imposture, Hébert, après avoir rappelé la fameuse scène aux Jacobins, pendant laquelle Danton l'avait embrassé et proclamé son meilleur ami, Hébert signalait ce propos de Fabricius à ses entours, « que Danton ferait l'impossible pour perdre l'auteur du Père Duchesne. »

LeCordelier Momoro émit des doutes sur la sincérité de ce patriote de fraîche date qu'était Fabricius; et Chabot déclara que, malgré Panimosité d'Hébert à son égard, il réclamait, par respect pour le principe, le bénéfice de la liberté de la presse au profit du Père Duchesne. Aussi la Société décidat-elle qu'elle enverrait des délégués à la Convention pour

1. Annales de la. République française. Séance du 31 octobre, a. Notes et pièces justificatives.

l'inviter à protéger le journal d'Hébert et à surveiller les opérations du Comité de Salut public *•

A quatre jours de là, un membre du Comité de surveillance du département de Paris venait rétablir la vérité des faits : il avait arrêté la distribution du Père Duchesne, en raison de cette phrase : « Si les b... qui nous gouvernent, au lieu de nous déchirer comme des vautours, étaient laborieux comme des fourmis, les choses n'en iraient que mieux, et nous pourrions être bien gouvernés. Mais chacun rapine de son côté. » Le même fonctionnaire attaquait, en outre, l'imprimeur Marquet, < l'associé littéraire d'Hébert », personnage obscur qui a laissé peu de trace dans l'histoire de la Révolution. Le Père Duchesne rencontra tout aussitôt d'ardents défenseurs. Dufourny, plus tard son adversaire, soutint que les« autorités constituées, ne devaient pas se considérer comme visées par l'article ». Montaut raconta qu'à l'armée de Gustine, les officiers, « tous aristocrates », ayant ensommeillé les soldats, « il avait fallu un journal pour en réveiller la curiosité ». Aussi les représentants en mission firent-ils des réimpressions du Père Duchesne aux frais de la République : dépense dont le bénéfice fut incalculable, car 300.000 hommes se trouvèrent ainsi « éclairés sur les fausses insinuations dont ils étaient les dupes ».Momoro fut plus explicite encore : « Le Père Duchesne, dit-il, a fait le même bien dans toutes les armées » ; et il obtint, aux applaudissements de l'assemblée, qu'une « réparation fût insérée au procès-verbal en faveur d'Hébert* ».

Les dames de la Halle étaient loin de partager cet enthousiasme pour le Père Duchesne ; car le 8 novembre, à la Commune, deux membres de la Société des amis de la République une et indivisible les dénoncèrent, comme s'étant permis d'insulter et de maltraiter des colporteurs qui criaient des papiers patriotiques, entre autres le Père Duchesne.

« Dernièrement, clamait l'orateur, je louais le Père Du-

Page 1