Aulard. La Société de* Jacobins. Séance du 24 octobre
chesne qui crossait d'une étrange manière les calotias... je fus insulté à toute outrance »
Pour ces sans-culottes intransigeants, c'était un crime de lèse- République que de conspuer des feuilles qui étaient en quelque sorte les organes officiels de la Révolution. Et — contradiction bien bumaine cbez un politicien de cette trempe ! — Hébert, si empressé à flétrir dans Roland le ministre présidant à « la formation de l'esprit public >, houspillait, avec le concours de ses farouches acolytes, les gens qui s'insurgeaient contre « sa formation de l'esprit révolutionnaire ». Car, c'était bien là le but poursuivi, à l'instigation de la Commune et des Jacobins, par le Comité de Salut public. Hébert en tira un double profit, un extraordinaire regain de popularité et des avantages pécuniaires, dont Camille Desmoulins allait lui reprocher, avec une verve si incisive, d'avoir singulièrement majoré le chiffre, déjà fort respectable.
Un mémoire de Bouchotte, ministre de la guerre, établit d'une manière irréfutable, une collaboration si chaudement encensée par les Jacobins en novembre 1793, et qu'Hébert revendiquait d'ailleurs comme un de ses plus beaux titres de gloire. En raison du crédit de seize millions (en assignats), mis le 17 avril 1793 à la disposition du Conseil exécutif, « pour avancer l'œuvre de la Révolution », le ministre de la guerre, disait Bouchotte, avait reçu douze cent mille livres qui devaient être consacrées à l'envoi de journaux patriotes aux armées et, parmi eux, figuraient « dans la proportion d'une feuille par jour pour cent hommes, la Montagne, les Hommes libres, le Père Duchés ne, Y Universel, le Batave, le Rougyff (anagramme du nom de son rédacteur, le conventionnel GufTroy), Y Anti- fédéraliste et le Journal militaire. »
Une note manuscrite de Bouchotte, accompagnant une lettre de ce ministre à Robespierre le 5 prairial an II, c'està-dire consécutive de plusieurs jours à l'exécution d'Hébert, confirme les faits avancés dans ce mémoire et démontre une